Mon dieu, Batman: Arkham Knight est sorti il y a déjà onze ans. Face à ce terrible constat de vieillissement et pendant que Rocksteady essuie les plâtres du naufrage Suicide Squad, Warner s’est dit qu’il fallait faire un retour à une valeur sûre. Voici donc TT Games qui nous propose un nouveau jeu LEGO Batman, intitulé L’Héritage du Chevalier Noir sur PS5. Une proposition intrigante sur le papier : fusionner le gameplay exigeant de la trilogie Arkham, l’humour potache des petites briques, et un gigantesque best of des films dédiés au justicier de Gotham.

En tant que grande habituée des productions LEGO, je passe beaucoup de temps sur les anciens opus via ma PS Vita depuis des années, et je ponce actuellement Batman 3 sur PS Vita tout en ayant commencé DC Super-Vilains en co-op sur PS4, j’attendais ce titre au tournant. Après avoir parcouru cette version PS5, le constat est savoureux, même si mes vieux réflexes ont été un peu bousculés.

Un deuil familial à la sauce brique : la magie du ton LEGO

Le scénario de cet Héritage du Chevalier Noir est un immense point fort pour quiconque a grandi avec les différentes itérations ciné de Batman. Le jeu ne choisit pas entre l’adaptation pure et l’histoire originale, il pioche partout : l’entraînement chez Ra’s al Ghul de Batman Begins, la naissance du Joker de The Killing Joke, la poursuite de The Batman, ou la scène du musée de Tim Burton. C’est un pèlerinage jouissif dans la pop culture blindé de références diverses (même à Dirty Dancing).

Évidemment, pour coller à la cible familiale, la tragédie inhérente à l’univers de Gotham est passée au filtre de l’absurde. Les parents de Bruce Wayne disparaissent sagement hors caméra, et Double-Face ne doit pas ses cicatrices à de l’acide, mais à une avalanche d’objets reçus sur la moitié du visage. Cette légèreté narrative est portée par une version française de qualité, où les comédiens s’en donnent à cœur joie dans le surjeu dramatique. C’est le support idéal pour transmettre le mythe à un enfant de dix ans sans lui infliger le traumatisme du Joker de Heath Ledger (PEGI 7).

Visuellement, le titre offre un contraste somptueux entre la noirceur poisseuse de Gotham et les éclats colorés des briques. C’est beau, et même la direction artistique sonore est excellente, avec les sons qui sortent de la manette (j’adore ça), les petits bruits des briques <3.

Des combats plus dynamiques… qui bousculent nos habitudes

Côté gameplay, TT Games a essayé de copier le système de combat des jeux de Rocksteady. On y retrouve les contres, les esquives, la jauge de combo pour déclencher des K.O., et même des animations de pose de gel explosif calquées sur l’œuvre d’origine. Les combats gagnent en fluidité, et les déplacements à travers les quatre îles de l’open world, que ce soit en planant ou au grappin, sont d’une souplesse absolue. J’ai d’ailleurs eu un petit effet “Spider-man” lors des premières traversées (vous savez, ce côté balancier entre les buildings).

Par contre, mes habitudes de joueuse LEGO ont été un peu bousculées. La touche traditionnelle pour construire n’est plus la même (en tout cas par rapport aux jeux sur PS Vita), la gestion des multiplicateurs de score a changé (Débloqué via briques rouges), … Et la chasse aux briques rouges historiques prend une autre forme et utilité car pour dynamiser la progression, un arbre de compétences a fait son apparition. Une complexification bienvenue pour le grand public, mais qui demande un petit temps d’adaptation pour les puristes de la formule classique.

La rançon de la brique : répétitivité et petits manques

Malgré toutes ses qualités, le jeu souffre du syndrome inhérent aux productions du studio. En solo, les niveaux tirent parfois en longueur à cause d’une section de trop, et les énigmes tournent rapidement en rond : actionner le gadget de l’un, construire un objet avec l’autre, et recommencer. L’expérience devient nettement plus digeste en coopération locale, d’autant que le scénario intègre intelligemment un partenaire à chaque chapitre (Talia, Robin, Catwoman, Gordon…). Dommage que la technique ne suive pas totalement : dès que l’écran se scinde, le jeu s’effondre à 30 images par seconde, ce qui pique un peu les yeux en 2026, même sur une console de salon véloce.

Enfin, en tant que collectionneuse compulsive, j’ai éprouvé une légère frustration face au contenu global. Si la Batcave interactive est immense, sa personnalisation reste superficielle. Surtout, le catalogue manque cruellement de certains détails cultes côté comics, où sont les costumes de Flashpoint, de New 52 ou de la série animée ? Même déception pour les versions de la Batmobile. Peut être que TT Games a dû revoir ses ambitions à la baisse par rapport aux promesses initiales, ou qu’une partie du roster a été verrouillée derrière des partenariats…, comme ces skins liés à un compte HBO Max.

Une lettre d’amour perfectible

LEGO Batman : L’Héritage du Chevalier Noir remplit son contrat avec mention. En une quinzaine d’heures pour la trame principale (mais qu’on a du mal à faire d’une traite tellement il y a de choses à faire en ville), et le double pour viser le 100 %, il offre une synthèse joyeuse et spectaculaire du mythe de Batman. S’il n’évite pas les travers de la répétitivité et quelques rigidités techniques en coop, sa générosité et son respect du matériau d’origine l’imposent comme un excellent divertissement, digne héritier des précédents jeux Lego & Arkham.

Une jolie manière de patienter en attendant que Gotham retrouve un jour sa splendeur côté adulte, et en attendant une valeur sûre à faire en solo ou à deux.

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Blogueuse depuis 2009. Partage son temps entre les BD/Comics, les jeux vidéo, les séries TV, le cinéma et les podcasts.

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