Entre deux trajets de métro et quelques heures de calme le soir, j’ai pris le temps de me plonger dans ma pile de bandes dessinées. Cette fois-ci encore la lecture est variée, passant d’un univers monastique mystérieux à un récit historique bouleversant, sans oublier un détour par les superhéros et la SF sociale. Installez-vous confortablement, je vous raconte.

La Langue des vipères : le coup de cœur qui prend son temps

de Juliette Brocal chez Rue de Sèvres

J’ai acheté l’édition collector de La Langue des vipères de Juliette Brocal suite à sa campagne Ulule, et quel plaisir de manipuler un si bel objet. Dos toilé, dorures, pages épaisses : on sent tout de suite la fabrication soignée.

L’histoire nous emmène à l’abbaye de Réol, dans un monde inspiré de la Renaissance italienne. On y suit Iodis, une étudiante qui apprend la Langue, une magie sacrée qui répond aux questions par des visions. Quand un moine peintre disparaît, elle mène l’enquête, persuadée que sa rivale Halcyon cache un lourd secret.

Je ne vous cache pas que le début demande un petit effort d’adaptation pour bien apprivoiser la géographie et les codes religieux de cette abbaye. Mais une fois le cap passé, c’est un vrai bonheur. L’autrice évite le piège de la rivalité féminine classique pour construire une relation en miroir très fine entre ses deux héroïnes.

Graphiquement, c’est une claque. Le style s’inspire des retables médiévaux et des vitraux, avec une minutie incroyable dans les détails. Les couleurs chaudes du jour contrastent superbement avec les violets électriques de la nuit. Une œuvre magnifique, justement récompensée au Festival du Livre de Paris, qui montre tout le talent de cette jeune autrice diplômée des Gobelins.

Resurrection Man : une introspection cosmique et sombre

par Ram V chez Urban Comics

Changement d’ambiance avec Resurrection Man, écrit par Ram V chez Urban Comics. Je lis beaucoup de comics, et j’avoue que celui-ci sort clairement des sentiers battus. On y découvre Mitch Shelley, un homme qui ressuscite après chaque mort avec un nouveau pouvoir lié à son décès. Après avoir réussi à mener une vie normale jusqu’à la vieillesse, il se réveille avec la lourde mission de sauver l’univers d’un monstre issu de ses propres erreurs passées.

Ce n’est pas le récit de super-héros le plus accessible, et l’intrigue joue beaucoup sur des sauts temporels qui peuvent perdre en route. On retrouve la complexité et l’ambiance sombre de la grande époque de la collection Vertigo de DC.

Visuellement, le travail d’Anand RK est très particulier : son trait est organique, presque mouvant, créant une atmosphère onirique et parfois un peu glauque. Ce n’est pas une lecture grand public, mais si vous aimez les histoires denses qui font réfléchir sur la mémoire et l’identité, l’expérience vaut le détour.

Lili, toujours debout, jusqu’au bout ! : transmettre l’essentiel

de Boris Golzio et Lili Keller-Rosenberg chez Glénat

Il y a des livres qu’on referme avec une boule au ventre, et cet album en fait partie. Boris Golzio met en images le témoignage de Lili Keller-Rosenberg, déportée à onze ans avec sa mère et ses deux petits frères en 1943. De la prison de Loos jusqu’à l’horreur des camps de Ravensbrück et Bergen-Belsen, on suit dix-huit mois de survie au quotidien.

Le récit adopte les mots simples et directs de l’enfant qu’était Lili, ce qui rend la lecture profondément émouvante. Le dessin de Boris Golzio est gris, sobre, sans aucune fioriture ni voyeurisme, mais il montre la dure réalité de la faim et de la maladie.

La force de la BD réside aussi dans sa structure : après le témoignage de Lili, l’auteur prend la parole pour apporter des repères historiques précieux et partager sa propre émotion lors de sa rencontre avec elle. C’est un album difficile, parfois insupportable sur le fond, mais absolument nécessaire pour que la mémoire reste vivante.

Shin Zero (Tome 2) : la désillusion des héros du quotidien

de Mathieu Bablet et Guillaume Singelin chez Label 619 (Rue de Sèvres)

On termine avec le deuxième tome de Shin Zero par le super duo Mathieu Bablet et Guillaume Singelin. On retrouve nos cinq colocataires en costume de sentai quatre ans plus tard, et l’ambiance au sein du groupe a bien changé. L’entrée dans l’âge adulte est passée par là, les trajectoires se séparent et les désillusions s’accumulent. Surtout, la grande menace des monstres géants a muté : elle est devenue invisible, sous forme de micro-particules polluant l’eau.

Le scénario de Bablet croise avec beaucoup de justesse des thématiques très actuelles comme l’éco-anxiété, la précarité et l’isolement social. Le dessin de Singelin est toujours aussi incroyable, ultra-détaillé et dynamique. Le choix de laisser les planches en noir et blanc pour ne colorer que les costumes des héros est une excellente idée visuelle, soulignant leur décalage avec une société grise et routinière. C’est une excellente suite qui confirme la qualité de ce triptyque. Hâte de voir comment ils vont finaliser tout ça !

On referme la pile

Cette sélection montre bien toute la richesse de la bande dessinée actuelle, capable de nous faire voyager dans l’ésotérisme, de bousculer nos certitudes sociales ou de nous toucher en plein cœur avec notre histoire collective. Et vous, quelles sont vos dernières belles lectures ?

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Author

Blogueuse depuis 2009. Partage son temps entre les BD/Comics, les jeux vidéo, les séries TV, le cinéma et les podcasts.

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