L’enfer de la canicule donne des envies de se mettre à l’ombre, un thé glacé à la main, les pieds dans une bassine et un bouquin à côté. C’est le moment idéal pour vider sa pile de lecture en retard et faire de la place aux nouveautés de cette année 2026.
Entre adaptations attendues au tournant, ovnis graphiques et récits d’initiation, ma table de chevet/bibliothèque/table basse a débordé ces dernières semaines. Je vous propose un petit tour d’horizon de mes dernières découvertes, à glisser d’urgence dans vos bagages.

La Passe-Miroir : Les Fiancés de l’hiver, le pari fou de l’adaptation
Christelle Dabos, Vanyda – Gallimard Bande Dessinée
Étant moi-même une fan de la première heure de la saga de La Passe-Miroir de Christelle Dabos, j’attendais cette adaptation graphique au tournant, avec une exigence forcément très haute. Adapter un univers aussi dense que celui d’Ophélie et de Thorn sans en perdre la substance relevait du défi d’équilibriste. C’est Vanyda qui s’y colle avec un premier pavé de près de 300 pages, et le résultat est une vraie réussite.
Le scénario prend le temps d’installer le monde d’Anima et la Citacielle sans étouffer le lecteur sous les descriptions. Graphiquement, la patte de Vanyda apporte une réelle douceur grâce à des couleurs pastel qui rappellent l’aquarelle. Les décors fourmillent de détails, et les personnages collent parfaitement à ce qu’on pouvait imaginer (je suis aphantasique donc bon, je me fie aux autres sur ce coup). L’objet est superbe, le papier de grande qualité, et la frustration est immense : il va falloir attendre la suite et vu la charge de travail, on souhaite beaucoup de courage à Vanyda !

Sous un magnolia en fleur : une douceur douce-amère
Golo Zhao – Glénat
Golo Zhao revient avec un recueil d’histoires courtes produites sur une dizaine d’années. On y retrouve son sens inné de la poésie du quotidien, des déambulations romantiques et un rapport à la nature magnifiquement mis en images par un trait hérité du manga. Visuellement, c’est un enchantement absolu, les couleurs sont somptueuses et invitent à ralentir le rythme.
Pourtant, malgré toute cette beauté plastique, le voyage m’a laissée un peu sur ma faim. Enchaîner ces tranches de vie très brèves m’a parfois perdue dans la chronologie et les liens entre les personnages.
C’est joli et délicat, mais le format (trop) court m’empêche souvent de m’impliquer émotionnellement. Les amateurs de récits atmosphériques et contemplatifs y trouveront leur compte, mais si vous préférez les histoires bien développées, vous risquez de trouver l’ensemble un peu flottant.

Beneath the Trees Where Nobody Sees : Rite of Spring, le retour de l’ourse tueuse
Patrick Horvath, Hassan Otsmane-Elhaou – Ankama Éditions
C’est l’ovni absolu de ma sélection. Si vous avez manqué le premier tome l’an dernier, imaginez un croisement improbable entre la série Dexter et l’univers des Bisounours. Nous revoici à Woodbrook aux côtés de Samantha, cette ourse bienveillante et sympathique qui cache, sous ses airs mignons, une activité de tueuse en série particulièrement méthodique. Dans cette suite, elle se retrouve traquée par la sœur d’une de ses anciennes victimes et décide de jouer avec elle comme un chat avec une souris.
Le décalage entre le dessin anthropomorphe tout doux et l’horreur des meurtres fonctionne toujours aussi bien. C’est grinçant, dérangeant et diablement bien écrit. Mon seul bémol concerne la construction narrative : les allers-retours entre le présent, les flash-back et l’enfance de Samantha manquent parfois de clarté visuelle, ce qui m’a un peu sortie du récit par moments.
Cela reste une lecture fascinante pour les amateurs d’humour noir.

Bon vent ! : le grand saut vers l’inconnu
Jules Bakes, Niki Smith – Rue de Sèvres
Inspiré de la propre enfance de l’autrice, cet album nous embarque sur un voilier aux côtés de Janey. Après avoir passé des mois à terre, ses parents décident de tout quitter pour reprendre leur vie sur la mer. Pour l’adolescente, c’est le drame : adieu l’école, les repères et surtout la meilleure amie. Au fil des escales dans les Bahamas, le voyage va pourtant se transformer en une magnifique aventure humaine.
Les illustrations de Niki Smith sont lumineuses et soufflent un vent marin salvateur en cette période estivale. J’ai bien aimé la justesse avec laquelle sont traitées la peur du changement et la difficulté de s’adapter quand tous les repères s’effondrent.
C’est un récit d’apprentissage tendre, positif et rafraîchissant, qui évite les clichés et montre comment l’amitié peut naître au milieu de l’océan grâce à une simple radio. Un très beau moment d’évasion. Et le raccrochement à la réalité à la fin est une excellente chose.
Le mot de la fin
Il ne vous reste plus qu’à faire de la place dans votre valise ou vos bibliothèques pour accueillir ces nouvelles lectures, notamment en cette période difficile pour les libraires et les maisons d’édition. Je vous invite à lire cet article sur le sujet.
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