Le mois de mai avance et avant de partir au Pays du Soleil Levant, quelques dernières lectures à partager. Cette semaine, ma sélection fait le grand écart entre l’intime, l’anticipation et l’onirisme pur. Voici quatre BD & Manga qui m’ont bousculée, intriguée ou simplement permis de m’évader un peu.

Quitter la glace : le poids de l’héritage
De Juliette Leyvraz Lagnaz chez Glénat
Imaginez que votre passé soit un bloc de givre qui refuse de fondre. C’est ce que vit Nève, trentenaire à la vie apparemment lisse, mais dont le couple s’effrite en silence. Le déclic ? Une proposition de vacances dans la belle-famille qui fait remonter à la surface l’absence de la sienne. On replonge alors vingt ans en arrière, dans ces montagnes où elle vivait avec un père aussi obsédant qu’absent.
J’ai eu besoin de deux lectures pour vraiment apprivoiser ce récit. La première fois, je suis restée un peu sur le seuil, comme si la pudeur du texte m’empêchait d’entrer ou comme si le sujet ne m’avait pas captée au départ. Et puis, au second passage, j’ai été touchée par ce “réalisme poétique”. Le dessin est impeccable, très doux, et j’ai adoré le personnage de Lucette, la voisine excentrique qui devient le catalyseur de la libération de Nève.
C’est une BD qui parle de cette part d’enfant en nous qui attend toujours une reconnaissance qui ne viendra peut-être jamais. Une lecture sensible, parfaite pour celles qui aiment explorer les méandres de la psyché familiale.

Le dernier écrivain, tome 1 : quand l’IA s’empare des mots
De Chitose Akai chez Glénat Manga
C’est mon coup de cœur surprise. On est en 2016, Yagura Sugai est un jeune écrivain sans succès à qui l’on annonce une maladie incurable. Pour sauver sa peau et parce qu’il n’a pas d’argent pour payer un traitement, il accepte d’être cryogénisé. Il se réveille en 2120 et découvre qu’il est devenu une star absolue. Pourquoi ? Parce qu’il est le dernier auteur pur, car depuis des années l’intelligence artificielle remplace tout le processus créatif et plus personne n’écrit vraiment.
Ce premier tome (sur quatre) pose des questions passionnantes. Dans ce futur, un logiciel nommé Turret génère des romans à la chaîne à partir de simples mots-clés (prompt). Est-ce qu’une machine peut vraiment susciter une émotion profonde sans avoir jamais vécu ? Le tout avec une histoire d’amour en fond car dans ce premier tome Yagura reçoit une lettre qui laisse entendre que son grand amour d’il y a cent ans pourrait être encore en vie.
C’est brillant, très actuel et le trait est d’une grande clarté. Un seinen que je recommande vivement, même si vous n’êtes pas des habitués du genre. La suite est prévue pour cet été, et une série en 4 tomes, c’est toujours une bonne nouvelle !

Goetz : la conquête spatiale au goût de fer
De ‘Fane et Didier Cassegrain chez Glénat
Ici, on change radicalement d’ambiance avec une fresque de science-fiction qui cache bien son jeu. Sur une planète lointaine, des colons terriens technologiquement avancés ont fini par asservir les populations locales qui vivent encore à l’âge de fer. Goetz, un chef de tribu un peu (beaucoup) fou et terriblement libre, va tenter de reprendre le contrôle.
C’est un album un peu déroutant. Visuellement, c’est somptueux, car Didier Cassegrain a un talent fou, mais j’ai été surprise par la structure très théâtrale du récit. Il y a finalement assez peu d’action pure et beaucoup de réflexion sur la morale et la nature prédatrice de l’homme. On rit jaune devant l’absurdité de certaines situations.
C’est une lecture plus exigeante, un peu moins “grand spectacle” que ce que la couverture pouvait laisser croire, mais diablement intelligente.

Une petite dose de tremblement : l’architecture des rêves
De Michael Conrad et Noah Bailey chez 404 Editions
On termine avec un objet graphique assez fascinant qui flirte avec le fantastique psychologique. Ginn, une étudiante, fait des cauchemars récurrents où apparaît un homme qu’elle ne connaît pas. Le jour où elle tombe sur un prospectus demandant “Avez-vous rêvé de cet homme ?”, elle bascule dans une réalité qui se décompose.
Le style au crayon est très particulier, presque granuleux, ce qui renforce cette sensation d’inconfort. Ce n’est pas une BD qui cherche l’explosion, mais plutôt celle qui mise sur les silences et les atmosphères flottantes.
J’ai trouvé que le rythme, volontairement lent, permet de s’immerger dans cette anxiété diffuse. C’est une exploration de nos zones d’ombre, de ce qui nous appartient vraiment quand on ferme les yeux. Un récit qui ne plaira pas à tout le monde par son côté contemplatif, mais qui reste en tête bien après avoir refermé la dernière page. Attention à l’Inception.
On se retrouve très vite pour une nouvelle pile de lecture, mais d’ici là, n’hésitez pas à me suivre sur Hardcover !