On ne va pas se mentir, avec ce début de printemps qui joue avec nos nerfs entre deux averses, mon seul refuge reste mon canapé, mon plaid tout doux et une pile de nouvelles BD. Entre deux tasses de thé oubliées sur la table basse, j’ai dévoré cinq titres qui m’ont tour à tour plongée dans une fantasy déjantée, dans la paranoïa d’un écrivain, dans une Transylvanie féministe et dans les recoins sombres de l’âme humaine. Voici mes dernières lectures !

Bande de Barbares : Le jeu de rôle qui déraille
de Matt Kindt et Ramon Villalobos chez Bliss Éditions
Si vous aimez les récits qui ne vous mâchent pas le travail et les haches dans la tronche, c’est pour vous. On suit une équipe de mercenaires improbables (un barbare ivrogne, une diablesse, un assassin muet) chargés de protéger une cité pacifiste. C’est visuellement sublime : le trait de Villalobos est d’une précision folle, entre Frank Quitely et Chris Burnham.
On a l’impression de lire une partie de JDR où le maître du jeu serait un petit farceur et tordrait tous les codes. C’est bourrin, c’est drôle, et ça ne se prend jamais au sérieux. Une lecture extrêmement captivante qui mérite qu’on s’y penche, ne serait-ce que pour la claque graphique (j’aime les boyaux).

Criticopolis : La tyrannie de l’avis
de Marie Baudet chez Glénat
C’est sans doute le livre le plus intrigant de ma pile. Marie Baudet imagine un écrivain qui bascule dans l’obsession après avoir reçu une critique assassine. Il se met à épier son bourreau, et le récit glisse doucement vers un thriller psychologique absurde.
Le parti pris graphique est fort : les personnages n’ont pas de visage (pas d’yeux, pas de bouche). Au début, ça peut rebuter, mais ça renforce incroyablement cette sensation d’homme dépossédé de lui-même par le regard des autres. À l’heure où tout est noté et commenté sur les réseaux, cette réflexion sur la critique est aussi acide que nécessaire. Un album original, intelligent, et beaucoup plus profond qu’il n’en a l’air.

Saigneurs : À mort le vampiriarcat !
de Lou Lubie chez Delcourt
J’attendais avec impatience le nouveau Lou Lubie (Racines), et quelle réussite ! Elle nous transporte dans une Transylvanie où vampires et humains cohabitent, mais où les suceurs de sang dominent clairement la société.
C’est une métaphore filée absolument géniale pour dénoncer le patriarcat et les violences faites aux femmes. Quand un personnage se fait “mordre” et qu’on lui demande s’il portait bien une écharpe pour protéger son cou, le parallèle avec la réalité est glaçant de justesse. C’est didactique, militant, mais surtout très émouvant grâce à ses trois colocataires hyper attachant.e.s. Une pépite à partager d’urgence, surtout avec les ados.

Le Pépère : Méfiez-vous des petits vieux
de Emmanuel Moynot chez Glénat
On change radicalement d’ambiance avec ce récit social très noir. Pépère est un vieux garçon tranquille qui vit seul dans sa maison familiale à Bordeaux… jusqu’au jour où il commence à creuser des trous dans sa cave pour y enterrer ses victimes.
Emmanuel Moynot signe une fable cruelle et grinçante sur la solitude et la misère sociale. On y croise Vanessa, une jeune marginale qui pense avoir trouvé en lui une proie facile, mais le twist final est aussi surprenant qu’ironique. C’est sombre, c’est gris, mais c’est d’une efficacité redoutable. Je vous parie qu’après ça, vous ne regarderez plus votre vieux voisin de la même façon.

Chagrin : Le prix de l’ambition
de Rodolphe et Griffo chez Glénat
Enfin, un peu de romantisme noir avec cette adaptation libre de La Peau de chagrin de Balzac. On y suit Raphaël, un auteur désargenté qui acquiert une peau magique : elle exauce ses vœux, mais rétrécit à chaque fois, consumant sa vie par la même occasion.
Le dessin de Griffo est un pur bonheur, nous plongeant direct dans le Paris des années 1830 avec un trait élégant et gothique. C’est une réflexion passionnante sur nos désirs et ce qu’on est prêt à sacrifier pour le succès. On sent la mélancolie monter au fil des pages. Une très belle manière de redécouvrir un classique avec un souffle moderne et visuellement envoûtant.
On se retrouve très vite pour une nouvelle pile de lecture, mais d’ici là, n’hésitez pas à me suivre sur Hardcover !