On ne va pas se mentir, après la claque visuelle et narrative du comics Supergirl : Woman of Tomorrow de Tom King et Bilquis Evely, j’attendais l’adaptation cinématographique de Craig Gillespie au tournant. Le matériel d’origine avait tout pour bousculer le cinéma de superhéros : une ambiance de western intergalactique, une profondeur psychologique rare sur le deuil, la vengeance et une esthétique spatiale à couper le souffle.

Le film vient de sortir sur nos écrans, et si l’expérience n’est pas un désastre absolu (on n’est pas sur Venom ou Shazam), le résultat laisse un arrière-goût de rendez-vous manqué, la faute à des choix de production frileux qui vident l’œuvre de sa substance.

Quand la poésie cosmique devient un catalogue de blockbusters passés

Imaginez un univers de space fantasy où chaque planète ressemble à un tableau texturé, à la fois onirique et poussiéreux. C’est ce que proposait la bande dessinée grâce au travail somptueux de la dessinatrice Bilquis Evely. À l’écran, cette identité visuelle si forte s’évapore au profit de paysages numériques assez génériques, qui rappellent davantage les décors froids de la science-fiction standardisée de ces dernières années. Rendez-moi les couleurs de Mat Lopes!

Le cœur du problème réside dans le changement de point de vue. Le comics fonctionnait parce qu’il adoptait le regard de Ruthye, une jeune alien obstinée qui racontait sa quête de vengeance aux côtés d’une Supergirl brisée et ivre. En basculant la narration sur Kara Zor-El pour en faire un parcours de superhéroïne plus traditionnel, le long-métrage perd l’intensité émotionnelle de cette relation.

Le récit se transforme en une succession de bastons spatiales et d’escales dans des tavernes cosmiques, sans que la complicité entre les deux voyageuses prenne le temps de s’installer. C’est une immense perte d’avoir fait ce choix de point de vue, surtout que cela n’empêchait pas les flashbacks sur Supergirl.

Et j’ai trouvé qu’il y avait une vraie flemme épique, y a une scène de combat en “rond”, assez folle, mais qui se prend une petite musique type bluette en fond. Pourquoi ??? Chaque moment qui aurait pu être épique est éclaté au sol, quel dommage.

Milly Alcock impeccable, Jason Momoa en roue libre

C’est mon coup de cœur du film : Milly Alcock insuffle à Kara une énergie brute, un côté punk et désabusé qui colle parfaitement à cette version de la cousine de Superman, élevée dans les ruines d’un morceau de Krypton survivant. Elle porte le film sur ses épaules avec une vulnérabilité touchante sous sa carapace de dure à cuire. Face à elle, Matthias Schoenaerts campe un méchant sadique avec une belle présence, même si son écriture reste malheureusement très linéaire… et que dire du costume, un rattage.

Le bât blesse plutôt du côté des ajouts purement marketing. L’introduction de Jason Momoa dans le rôle du chasseur de primes Lobo ressemble à un pur produit d’appel pour rassurer le public. “Ne vous inquiétez pas, il y aura un mec connu bien lourd et plein de muscles.” L’acteur fait du Jason Momoa, enchaîne les répliques potaches et brise régulièrement l’ambiance lourde et mélancolique que le film essaie de construire. Le contraste est permanent entre la noirceur des traumatismes de Kara et ces touches d’humour un peu datées.

Et puis il y a les ajouts, parce que c’est quelque chose de retirer de grands pans du comics, mais faire des ajouts ratés, c’est décevant. Je parle ici de l’attaque du vaisseau de transport par 3 rebelles (femmes), également de la mission des Brigands qui enlèvent des femmes (vierges, jeunes?!). Comme si le récit avait besoin de rajouter des “meufs” en plus et de mettre Supergirl en sauveuse des femmes. Et puis il y a le dénouement…

Un contresens thématique majeur en guise de conclusion

Le point de rupture le plus flagrant avec la bande dessinée se situe dans le dénouement. Là où Tom King proposait une réflexion subtile sur le poison de la vengeance et le refus de tuer, le film choisit une résolution radicalement différente et beaucoup plus violente. Ce revirement scénaristique contredit la trajectoire morale construite pendant près de deux heures et transforme ce qui devait être une leçon de résilience en un règlement de comptes classique de cinéma d’action.

En voulant plaire à tout le monde, entre fan service appuyé et cahier des charges des blockbusters à gros budget, cette version de Supergirl passe à côté de ce qui faisait la spécificité de son modèle. C’est un divertissement correct, porté par une actrice principale géniale, mais qui manque cruellement du panache et de la poésie nécessaires pour marquer les esprits.

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Blogueuse depuis 2009. Partage son temps entre les BD/Comics, les jeux vidéo, les séries TV, le cinéma et les podcasts.

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