Au programme : la satire sociale de Mark Russell, un retour aux sources avec la Chose, un trip poétique de Linnea Sterte, et la suite des aventures de ma sorcière préférée. Bref, du beau monde, de superbes éditions et pas mal d’émotions au fil des pages. Installez-vous confortablement, je vous embarque dans mes lectures !

Thanksgiving : La satire sociale
de Mark Russell et Mauricet chez Delcourt
Dès qu’un titre porte la signature de Mark Russell (Not all robots, Prez…) mon niveau d’attention monte d’un cran. Cet auteur a un don unique pour disséquer l’Amérique contemporaine et ses travers sous couvert de comédie ou de récits de genre. Avec Thanksgiving, dessiné par Mauricet, il s’attaque de front à l’une des fêtes les plus sacrées des États-Unis pour en faire le théâtre d’une comédie de mœurs sanglante. On y suit une réunion de famille qui dérape, où les non-dits, le matérialisme et les tensions politiques & sociales viennent joyeusement ruiner la dinde.
Ce qui m’a attrapée, c’est que sous le cynisme et les répliques cinglantes, Russell conserve une empathie pour ses personnages. Il ne s’arrête pas à la caricature facile du repas de famille qui tourne au vinaigre : il montre avec beaucoup de lucidité la difficulté de faire corps avec les siens quand tout nous sépare. Le récit décortique ces moments d’incompréhension intergénérationnelle et cette solitude moderne que même les grandes tables de fête ne parviennent plus à combler.
Visuellement, le trait expressif de Mauricet colle à merveille au propos. Les expressions des visages sont maitrisées et réussissent à faire passer un malaise, un regard en coin ou un fou rire étouffé. Le découpage donne un bon rythme théâtral qui rend la lecture particulièrement savoureuse.
Un album corrosif, drôle mais malheureusement un poil réaliste, qui confirme une fois de plus la plume acérée de son scénariste. Si vous aimez les histoires qui grattent là où ça fait un peu mal tout en faisant rire, foncez !

La Chose : Le roi de Yancy Street : Nostalgie du caillou au cœur tendre
de Tony Fleecs et Leonard Kirk chez Panini Comics
Changement total de décor avec une petite parenthèse comics consacrée à l’un des personnages les plus sous-côtés : Ben Grimm, alias la Chose des Quatre Fantastiques. Dans Le roi de Yancy Street, le scénariste Tony Fleecs ramène le colosse de pierre dans le quartier de son enfance à New York. Sollicité par un ancien voisin dont il était le souffre-douleur à l’époque, Ben accepte de mettre ses rancœurs de côté pour retrouver une femme disparue.
Au-delà de la baston et des coups distribués dans les règles de l’art, j’ai adoré cette manière de revenir aux racines humaines du personnage. L’album parle magnifiquement du pardon, du poids des souvenirs et de cette dualité permanente chez la Chose, coincé entre son apparence de monstre et sa sensibilité à fleur de peau. C’est un récit qui rappelle pourquoi Ben Grimm est une figure si touchante : il reste un gars ordinaire au cœur d’or malgré ses super-pouvoirs.
Le dessin de Leonard Kirk (associé aux couvertures de Tony Fleecs) rend un hommage très propre à l’esthétique classique des comics. Le trait est solide, généreux dans les détails de la brique new-yorkaise, et la mise en couleur donne une vraie patine rétro sans faire daté. La narration va droit au but sans s’embarrasser de continuités complexes, ce qui rend le livre hyper accessible.
Une chouette aventure divertissante qui fait honneur à l’esprit Marvel des origines !

In-Humus : Le cycle du vivant
de Linnea Sterte chez Les Éditions de la Cerise
Vous savez à quel point le travail de l’autrice suédoise Linnea Sterte m’émerveille par sa poésie visuelle. Avec In-Humus, son premier roman graphique réédité aux Éditions de la Cerise, elle nous plonge dans une fable écologique et fantastique d’une beauté saisissante. Le point de départ : dans un désert lointain, une gigantesque baleine céleste s’échoue et meurt. Sa putréfaction progressive devient alors le théâtre d’un ballet incroyable où insectes, créatures et tribus nomades s’installent dans sa carcasse au fil des époques.
Ce récit s’aborde comme une méditation sur la métamorphose et la continuité de la vie. Linnea Sterte utilise très peu de dialogues, laissant la narration passer par l’observation fine des cycles biologiques et des rites païens qui se créent autour du cadavre du cétacé. C’est une réflexion d’une infinie douceur sur le fait que la mort des uns nourrit inexorablement l’existence des autres, sans jugement ni morale, juste dans la grande logique du vivant.
Sur le plan artistique, c’est à tomber par terre. Le trait est d’une finesse chirurgicale, évoquant la minutie de Moebius tout en affichant une fraîcheur contemporaine sublime. La palette de couleurs pastel confère à l’ensemble une atmosphère ouatée et onirique qui donne envie de s’attarder sur chaque case pendant de longues minutes. Linnea Sterte nous incite à vraiment passer du temps sur chacune de ses cases, c’est pas un roman graphique qui s’engloutit, il se savoure en douceur.
Un objet sublime, mystique et hypnotique qui demande de se poser pour mieux se laisser porter par ses images. Une véritable œuvre d’art narrative qui confirme tout le talent visionnaire de son autrice.

Brume (Tome 05 : La Cité d’Ys) : Le retour de ma sorcière préférée
de Jérôme Pélissier et Carine Hinder chez Glénat (Collection Tchô !)
Impossible de résister au plaisir de retrouver la petite sorcière Brume, son fidèle cochon noir Hubert et son ami trouillard Hugo dans un tout nouveau tome ! Dans La Cité d’Ys, la barrière magique qui protégeait le village a fini par céder, et pour ne rien arranger, Hubert a disparu ! Brume va devoir réactiver des formules bien trop dangereuses pour son niveau et s’aventurer dans les profondeurs d’un mystère passé.
Jérôme Pélissier continue de faire grandir sa série avec une maîtrise parfaite des ingrédients qui font son succès. Ce cinquième volume gagne encore en maturité en abordant les secrets de famille, la peur de l’abandon et la nécessité de faire confiance à ses proches quand la tempête approche. L’humour est toujours aussi percutant grâce aux répliques savoureuses de l’héroïne et aux attitudes hilarantes de son petit cochon, dont on apprend les origines !
Côté illustration, Carine Hinder nous en met une fois de plus plein la vue. Ses personnages hyper expressifs dégagent une sympathie immédiate, et les décors aquatiques ou fantastiques de cet album sont d’une richesse incroyable. Le travail sur la lumière sous-marine et les teintes bleutées donne une ambiance épique et immersive qui émerveillera autant les enfants que les adultes.
Une série jeunesse d’une qualité constante et une aventure captivante, drôle et touchante qu’on dévore avec un immense sourire aux lèvres. D’ailleurs pour prolonger l’aventure des puzzles ont été produits pour la licence, je vous recommande d’y jeter un oeil !
On referme la pile pour aujourd’hui !
De la satire grinçante aux super-héros du quotidien, en passant par le voyage poétique et la magie de l’enfance, j’ai encore passé un super moment de lecture. Et vous alors, vous lisez quoi en ce moment ? Dites-moi tout en commentaire ou venez me retrouver sur Hardcover pour qu’on compare nos piles à lire !