Avec la première rentrée du petit, j’ai été mise KO cette semaine, mais j’avais un peu d’avance dans mes lectures. Voici les dernières pépites de ma pile à lire. Dans cette sélection : de la magie, des névroses, des réseaux sociaux et de la route. Installez-vous confortablement, je vous raconte.

Zatanna: Bring Down the House : Magie et démons du passé
de Mariko Tamaki et Javier Rodriguez chez Urban Comics (DC Black Label)
J’ai toujours eu un faible pour la magie dans les comics, et voir une héroïne comme Zatanna débarquer sous le label DC Black Label avec Mariko Tamaki (<3) avait tout du rendez-vous immanquable. On la retrouve installée à Las Vegas, mais bien loin des grands projecteurs : traumatisée par une erreur de jeunesse liée à ses véritables pouvoirs, elle s’est retranchée dans un casino miteux pour enchaîner des tours de passe-passe sans risque. C’est le calme plat, jusqu’au jour où une brèche surnaturelle s’ouvre sur scène et l’oblige à replonger dans son passé.
Avec le scénario de Mariko Tamaki, le récit prend le temps de poser un vrai regard sur l’isolement et la reconstruction après un traumatisme. On évite l’écueil de la surenchère d’action pour se concentrer sur ce tiraillement constant entre la peur de sa propre puissance et la nécessité de faire face à ses vieux démons. L’écriture reste fluide, juste et accessible, sans qu’il soit besoin de connaître sur le bout des doigts soixante ans de continuité.
Visuellement, Javier Rodriguez livre un travail remarquable. C’est une vraie démonstration de narration graphique, où la couleur joue un rôle à part entière dans l’histoire. Les palettes évoluent selon les époques et les émotions, oscillant entre des tons néon éclatants et des teintes rétro impeccablement maîtrisées. Le découpage des pages insuffle un rythme très vif qui rend la lecture particulièrement prenante du début à la fin.

Calvitie : La chute du cheveu comme obsession
de Florence Dupré la Tour chez Vents d’Ouest
C’est toujours un vrai plaisir de retrouver le travail de Florence Dupré la Tour, même si elle s’éloigne ici de son registre purement autobiographique pour signer une fiction piquante. L’histoire suit Emmanuel, un jeune homme séduisant et très narcissique, convaincu que son pouvoir de séduction et sa réussite professionnelle reposent entièrement sur sa magnifique chevelure. Tout s’effondre le jour où un stagiaire lui fait remarquer qu’il commence à perdre ses cheveux, le plongeant immédiatement dans une crise d’angoisse existentielle.
L’autrice s’empare de cette panique capillaire pour composer une satire mordante de la virilité fragile et du culte de l’apparence. À travers les tentatives désespérées d’Emmanuel pour sauver ses cheveux, entre lotions miracles, gadgets futuristes et traitements douteux, la BD pointe avec ironie la superficialité de nos sociétés. Les répliques font mouche, en particulier quand le personnage se fait remettre à sa place par son entourage face à ses obsessions démesurées.
Côté dessin, on retrouve un trait rond et expressif. Ce contraste entre un dessin très doux et le comportement détestable du protagoniste crée un décalage comique très efficace. Même si la structure narrative reste plutôt classique et prévisible dans son déroulement, le livre offre une chronique de mœurs particulièrement divertissante et idéale à offrir à nos amis dont la calvitie s’est bien installée.

Sangliers : Superficialité numérique
de Lisa Blumen chez L’Employé du Moi
Après s’être illustrée dans une science-fiction poétique et mélancolique, Lisa Blumen revient avec un roman graphique ancré dans les travers de notre époque. On y suit Nina, maquilleuse professionnelle plus connue sous le pseudo NINA MAKEUP, qui passe le plus clair de son temps à alimenter ses réseaux sociaux en tutoriels beauté. Mais derrière l’image parfaite renvoyée par l’écran, le quotidien s’avère étouffant : entre la pression des partenariats, la solitude et l’ombre d’un rôdeur, le vernis commence sérieusement à craquer.
L’album aborde avec beaucoup de finesse le poids de la marchandisation du corps, les injonctions faites aux jeunes femmes et la violence insidieuse du harcèlement en ligne. Lisa Blumen évite les raccourcis faciles sur le métier d’influenceuse pour montrer toute la vulnérabilité d’une jeune fille piégée par un système qui exige d’elle une disponibilité constante. L’apparition du sanglier, métaphore étrange et inquiétante issue d’une anecdote du récit, amène une tension psychologique constante.
Sur le plan visuel, la proposition est superbe. Le travail aux feutres à alcool offre des teintes pastel et des déclinaisons de rose qui rappellent directement l’univers du maquillage, créant un contraste saisissant avec la lourdeur du sujet. La régularité du découpage en cases, évoquant les cadrages resserrés d’un téléphone portable, renforce cette sensation d’enfermement. Une lecture intime, troublante et particulièrement marquante.

Des bâtons dans les roues : Anatomie d’une relation automobile
de Maribel Carod chez Glénat
On a tous en tête cette imagerie américaine où conduire rime avec liberté absolue et cheveux au vent. Maribel Carod prend ce cliché à contre-pied complet en racontant son propre parcours de conductrice rongée par l’anxiété au volant. Du permis obtenu dans la douleur jusqu’à la découverte des bouchons, de l’agressivité des autres automobilistes et de la phobie du créneau, elle retrace son histoire compliquée avec la voiture depuis l’enfance.
Le récit part d’un vécu très personnel pour ouvrir sur une réflexion beaucoup plus large sur la place de l’automobile dans notre quotidien. Sans tomber dans le discours moralisateur, l’autrice s’interroge sur notre dépendance collective à la voiture, le coût financier de cet équipement et le lien étroit entre culture automobile et virilité. C’est traité avec une grande justesse et une honnêteté rafraîchissante qui pousse à questionner nos propres habitudes.
Le dessin, très expressif et teinté de l’héritage de la presse satirique, sert à merveille l’autodérision (auto, vous l’avez?) du propos. Les situations de stress au volant sont retranscrites avec beaucoup d’humour et de dynamisme, rendant la lecture extrêmement fluide. Un album très réussi qui parle à tous les conducteurs et fait un bien fou.
On referme la pile
Et voilà pour cette sélection, j’ai encore quelques BD d’avance pour la prochaine fois. Et vous, quelles sont vos dernières belles lectures BD ?
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