C’est la reprise et le retour des soirées à bouquiner sur mon canapé. Cette fois-ci, les albums que j’ai sortis de ma pile à lire avaient un point commun assez frappant : les obsessions, qu’elles soient historiques, intimes, fantastiques ou politiques. Des mystères de la grande Histoire aux spectres de Los Angeles, en passant par l’angoisse des injonctions maternelles et la vie d’une femme d’exception effacée par la renommée de son mari, ces quatre BD ont bien occupé mes soirées. Installez-vous confortablement, je vous raconte.

Histories : mystères & obsessions : Vulgarisation historique

de Pauline Darley et Da Coffee Time (David Lanaspa) chez Caurette Éditions

Curieuse de voir comment la vulgarisation historique pouvait s’incarner en bande dessinée, j’ai ouvert cet album sans trop savoir à quoi m’attendre. L’ouvrage ne cherche pas à faire de la biographie académique, mais choisit d’aborder quatre figures bien connues par leurs petits secrets et leurs travers. On y croise ainsi une Sissi très éloignée du cliché cinématographique, la mystérieuse inconnue de la Seine, l’étrange disparition d’Agatha Christie pendant onze jours et les innombrables soucis de santé du Roi Soleil.

Sur le fond, Pauline Darley réussit son coup : elle rend la grande Histoire captivante en tirant sur le fil de l’anecdote. À travers le portrait d‘Élisabeth d’Autriche, par exemple, c’est toute la question du contrôle de son image et de son corps qui ressort. Le ton reste accessible, un brin humoristique, et les petits dossiers qui terminent chaque chapitre permettent d’aller plus loin pour les plus curieux.

Visuellement, le travail de David Lanaspa (Da Coffee Time) apporte un vrai coup de frais. Son trait vivant et expressif dépoussière le genre historique avec beaucoup de fluidité. Les planches sont dynamiques, les couleurs fonctionnent très bien et l’ensemble se lit avec plaisir. Un premier tome très chouette qui prouve que les petites histoires font souvent très bien comprendre la grande, j’espère qu’il y aura une suite à tout ça.

Ghosted in L.A. : Quête d’identité et fantômes

de Sina Grace chez Delcourt (collection Waves)

C’est la jolie couverture et la promesse d’une comédie fantastique un peu douce-amère qui m’ont donné envie de plonger dans ce gros pavé. On y suit Daphné, qui débarque à Los Angeles pour ses études en pensant s’installer avec son copain, avant de se faire larguer dans la foulée. Un peu perdue et isolée, elle finit par trouver un toit dans un vieux manoir peuplé de fantômes issus de différentes époques.

L’album aborde avec beaucoup de douceur les étapes un peu rudes du passage à l’âge adulte : la rupture, la quête d’identité, la découverte de sa sexualité et la création de nouveaux liens d’amitié. Si le sujet est touchant et très moderne, le scénario souffre parfois de quelques facilités et d’un manque de place (alors qu’on est sur un bon pavé). La galerie de spectres est si fournie qu’on n’a pas toujours le temps de s’attacher à chacun d’eux, ce qui rend la fin un peu rapide.

Côté dessin, le style résolument Young Adult mise sur des formes rondes et des visages expressifs. Les teintes pastel fonctionnent bien et adoucissent le côté macabre pour mettre l’accent sur les relations humaines. Malgré un petit manque de profondeur par moments, c’est une lecture agréable qui rappelle gentiment qu’il faut profiter de l’instant présent.

Hysteria : Héritage et pression maternelle

de Elizabeth Holleville chez Glénat (collection 1000 Feuilles)

J’attendais le nouvel album d’Elizabeth Holleville avec pas mal d’impatience après les très bons Immonde ! et L’été fantôme, et je l’ai ouvert un soir de pluie/orage/tempête, l’ambiance parfaite pour une histoire d’angoisse. On suit Garance, une trentenaire réalisatrice de films d’horreur en pleine séparation, qui va s’isoler dans le manoir décrépit de ses grands-parents. Sur place, le silence pesant et les lieux figés dans le temps font remonter une mémoire familiale étouffante et d’étranges rituels.

Le récit pose un regard acéré sur la pression sociale liée à la maternité et le regard posé sur les femmes qui font d’autres choix. En transformant cette emprise familiale et patriarcale en une vraie menace horrifique, l’autrice livre une histoire captivante. Elle s’approprie les codes du cinéma d’épouvante des années 70 pour parler de nos libertés et de la réappropriation de nos corps.

Visuellement, c’est une superbe réussite. Le travail sur le manoir Art nouveau instaure une ambiance étouffante dès les premières pages, et la palette de couleurs très restreinte renforce ce malaise grandissant. Le découpage est précis, l’atmosphère poisseuse à souhait, et la tension ne relâche jamais. Une lecture marquante et dérangeante qui confirme tout le talent d’Elizabeth Holleville.

Mrs Orwell : Femme de l’ombre

de Andrea Chalupa et Brahm Revel chez Rue de Sèvres

Ayant un faible pour les coulisses de la création et les histoires engagées, cet album m’a tout de suite attirée. Ce roman graphique revient sur le parcours d’Eileen O’Shaughnessy, une femme brillante diplômée d’Oxford, poétesse, et épouse de George Orwell. De leur engagement pendant la guerre d’Espagne aux discussions autour de romans comme La Ferme des animaux, le livre remet en lumière le rôle intellectuel majeur de cette femme trop longtemps restée dans l’ombre de son mari.

Andrea Chalupa signe un scénario solide qui évite d’en faire une figure parfaite pour mieux montrer toute sa complexité. En observant la vie de ce couple, on réalise à quel point les idées et le regard d’Eileen ont alimenté l’œuvre d’Orwell, tout en soulignant les limites qu’on imposait aux femmes de l’époque. C’est une histoire qui résonne encore très fort aujourd’hui quand on pense à la désinformation et au pouvoir des mots.

Le dessin vif de Brahm Revel donne un vrai rythme à l’ensemble. Son style proche du comics marche aussi bien dans les moments de tension en Espagne que dans l’intimité des conversations du couple. La mise en page est dynamique, les expressions sont justes, et l’histoire se lit d’une traite. Une excellente biographie dessinée qui rend enfin justice à une personnalité fascinante.

On referme la pile

C’est toujours un bonheur de voir à quel point le neuvième art sait aborder des sujets forts avec autant de variétés de styles. Et vous, quelles sont vos dernières belles lectures ? N’hésitez pas à me suivre sur Hardcover, la meilleure application de tracking de lecture !

Author

Blogueuse depuis 2009. Partage son temps entre les BD/Comics, les jeux vidéo, les séries TV, le cinéma et les podcasts.

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