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[Critique Cinéma] Difret

448269.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxDifret est un film de Zeresenay Mehari

Date de sortie: 8 juillet 2015

Casting: Meron Getnet, Tizita Hagere, Haregewine Assefa

Synopsis : A trois heures de route d’Addis Abeba, Hirut, 14 ans, est kidnappée sur le chemin de l’école : une tradition ancestrale veut que les hommes enlèvent celles qu’ils veulent épouser. Mais Hirut réussit à s’échapper en tuant son agresseur. Accusée de meurtre, elle est défendue par une jeune avocate, pionnière du droit des femmes en Ethiopie. Leur combat pour la justice commence, mais peut-on défier une des plus anciennes traditions ?

Difret est d’emblée un film à part. Il s’agit d’un film de fiction éthiopien, le cinquième dans l’histoire cinématographique balbutiante du pays, qui possède pourtant une longue tradition de théâtre.

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Il ne faut surtout pas le réduire à la publicité qui en est faite d’un « film produit par Angelina Jolie ». Son implication dans le film est arrivée après que tout soit monté, elle n’est qu’un prête-nom pour permettre sa diffusion internationale.

L’initiative du réalisateur éthiopien Zeresenay Mehari de revenir en Ethiopie après ses études aux USA et de réaliser un  film avec un cast entièrement éthiopien et une équipe technique éthiopienne qu’il a formée lui-même est à souligner, cela ne pouvant avoir qu’un effet fortement positif sur le développement du cinéma dans le pays.

Difret s’inspire de l’histoire vraie de Aberash Bekele, dans une Ethiopie où perdure encore l’enlèvement des femmes dans le but d’en faire des épouses. Enlevée, elle parvient à s’enfuir et tue son prétendant. La loi, mais surtout la tradition, voulaient qu’elle soit condamnée à mort pour son crime. Elle sera défendue par Meaza Ashenafi, présidente d’une association de femmes avocates défendant les droits des femmes et son combat mènera à un jugement historique pour le progrès du droit des femmes en Ethiopie.

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Dans Difret, la jeune fille se nomme Hirut. Meaza Ashenafi apparaît, elle, sous son vrai nom, interprétée par Meron Getnet, star de la télévision éthiopienne.

La réalisation évite tout manichéisme. Les policiers sont compréhensifs, excepté le procureur qui n’est cependant pas un « méchant », les anciens se conforment aux traditions mais ne sont pas si bornés et cherchent le compromis. Le film illustre principalement le double système de justice éthiopien, les tribunaux étant souvent supplantés par le « conseil des hommes » du village qui juge selon les coutumes et traditions.

En effet le réel problème n’est pas l’évolution des droits mais celui des mentalités. Après le jugement de l’affaire Bekele en 1995 qui punit de prison les coupables d’enlèvement de femmes pour les épouser, ceux-ci ont diminué mais n’ont pas cessé. Le temps est passé, l’affaire tombée dans l’oubli et les enlèvements sont repartis à la hausse. Difret sert ici à rafraîchir les mémoires, sensibiliser et faire réfléchir sur les droits des femmes.

Le film devait faire l’objet d’une campagne de sensibilisation en Ethiopie pour être projeté dans les villages, servant de matériel pour promouvoir une évolution de la coutume et une prise de conscience par les femmes de leurs droits. Malheureusement un conflit légal avec Aberash Bekele qui n’est jamais citée ni créditée au générique et estime que l’on exploite son histoire pour la gloire de Meaza Ashenafi empêche actuellement sa diffusion dans le pays. Je vous invite à lire l’article de Charlotte Metcalf dans Newsweek, qui avait réalisé un documentaire sur Aberash Bekele (« Schoolgirl Killer ») durant le procès : http://www.newsweek.com/2015/01/16/rape-victim-who-fought-back-and-shamed-nation-297757.html

Espérons que tout cela se résolve afin que ce beau message de progrès puisse se diffuser autant qu’il le mérite.

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