Après l’irregardable The Paperboy, Lee Daniels revient sur nos écrans avec Le Majordome. Ce film qui fait un carton aux USA et qui aurait fait pleurer Obama mérite-t-il vraiment sa réputation ?

Le jeune Cecil Gaines, en quête d’un avenir meilleur, fuit, en 1926, le Sud des États-Unis, en proie à la tyrannie ségrégationniste. Tout en devenant un homme, il acquiert les compétences inestimables qui lui permettent d’atteindre une fonction très convoitée : majordome de la Maison-Blanche. C’est là que Cecil devient, durant sept présidences, un témoin privilégié de son temps et des tractations qui ont lieu au sein du Bureau Ovale.
À la maison, sa femme, Gloria, élève leurs deux fils, et la famille jouit d’une existence confortable grâce au poste de Cecil. Pourtant, son engagement suscite des tensions dans son couple : Gloria s’éloigne de lui et les disputes avec l’un de ses fils, particulièrement anticonformiste, sont incessantes.
À travers le regard de Cecil Gaines, le film retrace l’évolution de la vie politique américaine et des relations entre communautés. De l’assassinat du président Kennedy et de Martin Luther King au mouvement des “Black Panthers”, de la guerre du Vietnam au scandale du Watergate, Cecil vit ces événements de l’intérieur, mais aussi en père de famille…

Bon, il faut dire qu’on y allait à contrecoeur. Lee Daniels maître dans la provoc aura réussi à nous dégouter de son cinéma en seulement deux films. Il faut dire qu’entre Precious et The Paperboy, le réalisateur américain nous aura profondément agacé par sa prétention et sa volonté de toujours mettre en lumière une violence gratuite. Bref, vous comprenez que depuis on ne portait plus vraiment Lee Daniels dans notre coeur. Toujours est-il qu’après avoir regardé la bande-annonce plus que classique et lu les retours dithyrambiques, on avait presque envie de laisser sa chance au Majordome. Presque !

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Et on doit avouer que pendant trente minutes, on y a cru. Bien sur on aura un peu serré les dents à la première scène (viol de la mère, meurtre du père) mais cette histoire de jeune garçon qui veut s’en sortir dans un monde gouverné par les Blancs, nous aura pas mal emballée. On suit alors avec intérêt les aventures de Cecil, gamin pommé qui va trouvé un sens à sa vie en servant les grands de ce monde. Intelligent et cultivé, il va petit à petit trouvé sa place et devenir LE majordome d’un pays.

Malheureusement, Lee Daniels aurait du s’arrêter à ce récit initiatique et à cette biographie. Dès qu’il sort de la vie au sein de la Maison Blanche, le réalisateur agace à vouloir résumer l’histoire américaine en deux petites heures. Si le casting prend toute la moitié de l’affiche, c’est uniquement parce que Le Majordome sera une succession de seconds rôles complètement anecdotiques. Lee Daniels ne prenant jamais le temps de poser sa caméra et son histoire une minute se contentant ainsi de faire un inventaire de tous les présidents américains en grossissant (quand il n’invente pas…) complètement leurs traits. Pas le temps alors de s’attacher au personnage ni même de comprendre quoi ce soit à ses motivations.

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Il faut dire aussi que dans Le Majordome, le personnage principal est des plus agaçants. Décrit comme un homme intelligent et cultivé qui va s’entendre avec les blancs au lieu de subir leur autorité, on a beaucoup de mal à cerner le personnage au fil de son histoire. Alors qu’il veut prouver en s’immisçant parmi les plus grands, que son peuple peut être perçu comme égal, Cecil n’hésitera pas une seconde à envoyer son fils au Vietnam ou à critiquer violemment l’implication de son autre fils pour le droit des noirs. Héros d’une bêtise sans nom qui révisera son jugement quand il comprendra qu’on a écrit des livres sur son fils ainé et que du coup il est un héros… Héros qui soutiendra corps et âme Obama pour sa couleur de peau alors que jusque là, il acceptait sans problème que son pays soit gouverné par les blancs…

Entre les clichés du genre (les noirs sont gentils, les blancs sont méchants…) et d’énormes fautes historiques, on s’impatiente gentiment sur son siège jusqu’à l’implosion finale (des phrases d’une betise sans nom comme “l’Allemagne a eu des camps de concentration pendant 10 ans, en Amérique on en a eu pendant 200 ans…”).

Avec son casting presque inexistant à l’exception de Forest Whitaker potable, Le Majordome se dote d’une mise en scène digne d’un téléfilm. Lee Daniels n’ayant rien trouvé de mieux que de filmer de vieux postes de télévision pendant au moins un quart de film…

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Un film moralisateur et interminable qui aurait pu être sauvé si Lee Daniels s’était contenté de raconter une histoire personnelle et non pas de vouloir mettre en lumière la traite des noirs entre les années 50 et 2000. Malheureusement on sait qu’il cartonne aux USA et qu’il devrait logiquement être bien représenté aux Oscars…

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Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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