On ne va pas se mentir, remplir sa valise de bandes dessinées avant de partir en vacances relève souvent du défi logistique. Entre le poids des albums et la peur d’abîmer ces beaux objets à couverture rigide, on finit souvent par renoncer. Glénat semble avoir entendu nos complaintes de lecteurs nomades en déclinant plusieurs de ses titres phares dans un format poche très pratique, proposé au tarif unique de 10 euros. L’occasion idéale de (re)découvrir ces récits sans sacrifier son budget ni son espace de stockage.
J’ai jeté un coup d’œil à la sélection, et il y a du très lourd pour occuper vos longues après-midis sur la plage.

Mon ami Pierrot : les pièges de la passion
C’est mon coup de cœur de cette sélection. Sous ses airs de conte merveilleux aux couleurs chatoyantes, cet album cache un récit d’une noirceur absolue sur la fin de l’innocence et l’amour toxique. On y suit le destin d’une jeune femme noble qui choisit de fuir son mariage arrangé pour suivre un mystérieux magicien.
Le graphisme est d’une richesse incroyable, évoquant par moments les plus belles heures de l’animation fantastique. Mais ne vous y trompez pas, l’histoire aborde avec beaucoup de finesse des mécanismes psychologiques complexes et douloureux. Une œuvre psychologique forte, qui reste en tête bien après avoir refermé le livre.
Un avion sans Elle : le mystère de la survivante
Fred Duval, Nicolaï Pinheiro (d’après Michel Bussi)
Si vous aimez les intrigues policières bien ficelées, cette adaptation du célèbre roman de Michel Bussi devrait vous plaire. Tout commence par le crash d’un avion en 1980. Une seule survivante : un bébé de trois mois. Deux familles que tout oppose, l’une riche et l’autre modeste, se déchirent pour obtenir la garde de l’enfant. Dix-huit ans plus tard, un détective privé s’apprête enfin à révéler l’identité de la jeune fille.
Le rythme est soutenu et le découpage de l’album restitue parfaitement la tension du thriller d’origine. Les auteurs parviennent à condenser les fausses pistes et les secrets de famille sans jamais perdre le lecteur en route. Un très bon divertissement.

Brindille : une quête d’identité féerique
Frédéric Brrémaud, Federico Bertolucci
Changement radical d’ambiance avec ce dyptique fantastique ici réuni en une intégrale. Une jeune fille amnésique se réveille au cœur d’une forêt mystérieuse habitée par des créatures étranges. Traquée par des ombres menaçantes, elle va devoir comprendre qui elle est et apprivoiser des pouvoirs naissants pour survivre.
Le dessin est particulièrement dynamique et expressif. On sent une vraie maîtrise de la part du dessinateur pour donner vie à ce bestiaire fantastique. L’histoire reste assez classique dans sa structure de quête initiatique, mais l’efficacité de la mise en scène graphique l’emporte largement.
Henri Désiré Landru : l’ombre du tueur
Christophe Chabouté
Chabouté s’attaque ici à une figure majeure du fait divers français. En se penchant sur le procès de Landru en 1922, l’auteur ne cherche pas à faire du sensationnalisme. Il s’intéresse plutôt à la psychologie de cet homme ordinaire qui a séduit et assassiné plusieurs femmes pendant la Première Guerre mondiale sans jamais avouer ses crimes.
Le travail sur le noir et blanc est, comme toujours avec cet auteur, d’une efficacité redoutable. Les silences, les regards et l’ambiance pesante des salles d’audience sont retranscrits avec une grande force graphique. Un portrait glaçant et rigoureux.
Lino Ventura : le portrait d’un mythe pudique
Arnaud Le Gouëfflec, Stéphane Oiry, Noël Simsolo
Cette bande dessinée prend la forme d’un entretien fictif avec un journaliste pour retracer la vie et la carrière de la légendaire figure du cinéma français. On y découvre l’homme derrière la brute de l’écran : ses doutes, sa pudeur légendaire, ses amitiés fidèles et surtout son combat personnel à travers la fondation Perce-Neige pour les enfants handicapés.
Le ton est juste, respectueux et évite le surplus d’éloges. Le dessin ligne claire renforce l’aspect intime et nostalgique du récit. C’est une lecture très agréable pour tous les amateurs du cinéma (de papa).

Terra Australis : l’enfer des bagnards anglais
Laurent-Frédéric Bollée, Philippe Nicloux
Cette fresque historique imposante, divisée en deux volumes, retrace l’expédition de la première flotte britannique vers l’Australie à la fin du dix-huitième siècle. À son bord, des centaines de bagnards, hommes et femmes, entassés dans des conditions insalubres pour un voyage sans retour vers une terre inconnue.
L’album frappe par son réalisme et sa dureté. Le scénario documenté montre la violence coloniale, la détresse des prisonniers et la survie quotidienne dans ce nouvel environnement hostile. Le style graphique brut colle parfaitement à cette épopée sombre et trop méconnue.
Ce qu’on en pense
Cette initiative éditoriale est une excellente nouvelle pour démocratiser la lecture de bandes dessinées en voyage. À l’heure où les albums classiques dépassent régulièrement les vingt euros et le format A4, pouvoir s’offrir des récits complets et graphiquement exigeants pour le prix d’un ticket de cinéma est une vraie opportunité. Le format réduit ne nuit pas à la lisibilité et permet d’emporter ses histoires préférées partout avec soi.
C’est aussi une bonne idée de cadeau accessible !