On ne va pas se mentir, avec ce début de printemps qui joue avec nos nerfs entre deux averses, mon seul refuge reste mon canapé, mon plaid tout doux et une pile de nouvelles BD. Entre deux tasses de thé oubliées sur la table basse, j’ai dévoré trois titres qui m’ont tour à tour plongée dans une nuit mystérieuse, dans l’histoire oubliée du sport automobile et dans les coulisses de la création américaine. Voici mes dernières pépites.

Nocturnos : L’élégance du mystère
de Laura Pérez chez Morgen
Si vous aimez les récits qui ne vous mâchent pas le travail, Nocturnos est une expérience pour vous. On est ici dans l’onirisme pur. Laura Pérez explore ce moment où le jour bascule et où la nuit s’installe avec ses propres règles. Il n’y a pas vraiment de scénario classique, mais une succession d’ambiances, de non-dits et de présences invisibles.
C’est visuellement sublime : un trait épuré, des nuances de vert fascinantes et une mise en scène qui joue avec notre malaise. L’autrice ne cherche pas à tout expliquer, elle nous laisse avec nos propres incompréhensions, comme dans un rêve dont on se réveille avec une sensation étrange sans trop savoir pourquoi. Un titre atypique, un peu absurde, parfait pour ceux qui aiment les lectures contemplatives et singulières.

Three Rocks : La bible du comic strip
de Bill Griffith chez Delcourt (coll. Outsider)
C’est sans doute le livre le plus dense de ma pile, mais quelle claque ! Bill Griffith nous raconte la vie d’Ernie Bushmiller, le génie derrière le strip Nancy. Mais attention, ce n’est pas une biographie classique. C’est une réflexion passionnante sur l’art de la BD, préfacée par Art Spiegelman lui-même.
On y apprend comment Bushmiller a créé un langage visuel tellement minimaliste et efficace qu’il en devenait surréaliste (les fameux “trois rochers” du titre qui suffisent à dessiner un décor). Griffith mélange sa propre narration avec des archives et des analyses théoriques. C’est un hommage vibrant à l’âge d’or de la presse américaine et une leçon de dessin pour tous ceux qui pensent qu’une bonne BD doit forcément être complexe. Un indispensable pour votre culture G graphique.

La Dernière Danse : Un Grand Prix historique
de Youssef Daoudi chez Futuropolis
On change radicalement d’ambiance avec ce récit qui nous propulse le 3 septembre 1939, à Belgrade. Alors que l’Europe est sur le point d’exploser, se joue un dernier Grand Prix automobile dominé par les “Flèches d’argent” allemandes.
Youssef Daoudi signe une fresque hyperdocumentée où la passion mécanique se cogne à la violence de l’Histoire. Le trait est nerveux, électrique, on sent presque l’odeur de la gomme brûlée et de l’essence à chaque page. Ce qui est bouleversant, c’est de voir ces pilotes contraints par la propagande nazie de courir alors que les premiers Panzer s’élancent vers la Pologne. C’est haletant, tragique et visuellement percutant. Une lecture nécessaire qui remet en lumière un événement oublié du sport automobile mondial.
On se retrouve très vite pour une nouvelle pile de lecture, mais d’ici là, n’hésitez pas à me suivre sur Hardcover !