Au programme : de la science-fiction sous haute tension avec Scott Hoffman, l’éternel retour du Fantôme de l’opéra par Tyler Boss, une pépite mythologique par Felicia Day, et le retour du maître James Tynion IV. Bref, du beau monde, de superbes éditions et pas mal d’émotions au fil des pages. Installez-vous confortablement, je vous embarque dans mes lectures !

Warm Fusion : La SF viscérale

de Scott Hoffman et Alberto Ponticelli chez Delcourt

J’attendais avec une sacrée curiosité ce titre signé par Scott Hoffman (plus connu pour sa carrière musicale avec les Scissor Sisters !) et dessiné par l’excellent Alberto Ponticelli. Sorti à l’origine chez DSTLRY et arrivé chez nous chez Delcourt, l’album nous plonge au cœur d’une métropole futuriste poisseuse et décadente. L’intrigue s’ouvre sur une série de meurtres particulièrement sordides ciblant des travailleur.euse.s du sexe. L’enquête nous mène rapidement dans les arcanes d’une mégacorporation de la biotechnologie qui développe la “Fusion Chaude”, une technologie révolutionnaire censée remplacer les prothèses traditionnelles… mais qui masque un projet bien plus monstrueux.

J’aime beaucoup les polars noirs futuristes, ce mélange parfait entre Blade Runner et le body horror viscéral de David Cronenberg. Hoffman propose une enquête rythmée et un regard acéré sur la dérive des corps marchands, la manière dont la technologie répare ou défigure les êtres, et l’exploitation des plus vulnérables par des élites scientifiques sociopathes. C’est sombre, dérangeant, avec une vraie tension dramatique qui tient en haleine tout au long du récit.

Visuellement, Alberto Ponticelli (avec la superbe mise en couleur de Lee Loughridge) réalise un excellent travail. Son trait brut, organique, poisseux, colle à merveille à la noirceur du sujet et aux mutations biologiques et mécaniques qui parsèment l’histoire. Les décors urbains ont une vraie texture, le découpage insuffle un rythme d’une efficacité redoutable et les apparitions monstrueuses font leur petit effet.

Un bon comics de science-fiction poisseuse et adulte qui ravira les amateurs de polars cyberpunk sombres et de récits qui n’ont pas peur de gratter sous la surface des corps.

Le Fantôme de l’Opéra : L’horreur gothique et peinte

de Tyler Boss et Martin Simmonds chez Urban Comics

Quand j’ai vu qu’Urban Comics sortait Le Fantôme de l’Opéra dans sa superbe collection prestige dédiée aux Universal Monsters, je me suis jetée dessus. D’autant plus qu’au dessin, on retrouve Martin Simmonds, dont le travail d’illustration peint sur Dracula m’avait totalement bluffée ! Le scénariste Tyler Boss s’empare ici du mythe de Gaston Leroux pour nous livrer un récit qui tire davantage vers l’enquête policière sombre que vers la pure épouvante fantastique.

L’histoire nous plonge dans un Paris du XIXe siècle poisseux, où l’Opéra Garnier devient le théâtre d’une série de meurtres particulièrement sanglants. Pour mener l’enquête, le récit réinvente le personnage de Raoul, qui n’est plus le riche prétendant de Christine, mais un détective cherchant à démêler le vrai du faux. Entre la voix mystérieuse qui murmure dans les combles et les secrets du théâtre, l’album installe un suspense policier, bien rythmé et plein de tension.

Visuellement, c’est une véritable claque. Martin Simmonds déploie un style peint, vaporeux et presque halluciné qui colle à merveille à la folie du Fantôme. Sa façon de faire du personnage une ombre vivante faite de brume, de drapés et de contrastes violents est tout simplement hypnotique. Chaque planche ressemble à une peinture de maître où le rouge bordeaux des rideaux de scène affronte la noirceur des coulisses.

Ajoutez à cela la qualité d’édition d’Urban Comics, et on tient là une très belle relecture gothique. Une œuvre sombre, magnifique à regarder, qui fait honneur au patrimoine des monstres classiques !

The Lost Daughter of Sparta : un peu plus de mythologie

de Felicia Day et Rowan MacColl chez Gallery Books (Lu en VO)

Ceux qui me suivent connaissent ma passion pour la mythologie grecque, d’autant plus que je suis en pleine « année mythologique » entre les romans de Madeline Miller, Hades 2, le comics Absolute Wonder Woman et l’Odyssée de Christopher Nolan ! Bref, je dévore tout ce qui touche aux mythes antiques. Et comme je suis aussi une fan absolue de Felicia Day, impossible de passer à côté de son roman graphique The Lost Daughter of Sparta, illustré par Rowan MacColl. L’album n’étant pas encore traduit chez nous, je me suis empressée de le lire en VO.

L’histoire s’empare d’une figure oubliée des textes anciens : Philonoé, la quatrième sœur méconnue d’Hélène de Troie, de Clytemnestre et de Timandre. Née avec une tache de naissance rouge vif barrant son visage, considérée comme un signe d’augure néfaste par ses parents Tyndare et Léda, elle a été élevée à l’écart. Lorsqu’on la rappelle pour un mariage politique, elle découvre que sa famille souffre d’une malédiction lancée par Aphrodite, condamnant les sœurs à trahir leurs époux. Bien décidée à prouver sa valeur et à obtenir l’amour des siens, Philonoe passe un marché avec la déesse de l’amour : accomplir trois quêtes impossibles pour lever la malédiction. C’est sans compter sur l’intervention d’Artémis, la déesse chasseresse, qui vient remettre en question le sens même de ce voyage.

Sur le fond, j’ai adoré cette relecture féministe et émouvante du parcours du héros traditionnel. L’album prend le contre-pied des quêtes épiques classiques : ici, les « monstres » que croise Philonoe ont leur propre histoire à raconter et lui apprennent que la recherche de la perfection est une prison. C’est un récit poignant sur l’acceptation de soi, la sororité et la reconstruction de son propre sentiment de valeur, porté par des dialogues très contemporains et une belle touche de romance sapphique.

Graphiquement, le travail de Rowan MacColl est très bon. L’utilisation du noir et blanc rehaussé d’une unique touche de rouge brique (rappelant la tache de naissance de l’héroïne) donne un côté brut et poétique aux planches. Les figures féminines y sont représentées loin des clichés d’objets de beauté : elles sont fortes, expressives et terriblement humaines.

Une très belle découverte, touchante et originale, qui offre une voix magnifique à une oubliée de l’Histoire antique. En effet on ne connait d’elle que son sort “final” mais le récit qui y a mené est inconnu, alors le roman graphique invente 90% de son histoire. Si vous aimez les mythes revisités à la sauce moderne et que lire en anglais ne vous effraie pas, foncez !

La Fille au blouson léopard : Sanglante et survitaminé

de James Tynion IV, Elsa Charretier et Jordie Bellaire chez Delcourt (VO chez DSTLRY)

Dès que le tandem James Tynion IV et Elsa Charretier a annoncé un projet chez l’éditeur DSTLRY (chez Delcourt sous le titre La Fille au blouson léopard, et The City Beneath Her Feet en VO), j’ai sauté dessus les yeux fermés ! Si vous aimez les histoires d’amour compliquées, bordéliques, intenses et saupoudrées de baston survoltée, cet album est une véritable pépite.

On y suit Zara, une autrice un peu paumée à New York, dont la vie bascule le jour où elle croise Jasper Jayne : une tornade amoureuse, saignante et fascinante, arborant son fameux blouson léopard. Après une nuit mémorable où Zara la recueille blessée (et où le chat de Jasper se met à détester Zara), la mystérieuse jeune femme disparaît… avant d’inspirer le roman à succès de Zara. Le problème ? Jasper n’était pas une simple muse excentrique, mais l’une des assassins les plus dangereuses de la ville. Et quand Jasper est abattue en lui léguant sa fortune, ses anciens « collègues » tueurs à gages se mettent à traquer Zara, persuadés qu’elle en sait trop.

Sur le fond, c’est une romance d’action qui traite de la manière dont une rencontre orageuse peut transformer une existence. Tynion IV signe une ode aux amours désastreuses mais salvatrices et à la magie imprévisible de New York, où le destin bascule sur un simple quai de métro. C’est drôle, touchant, hyper rythmé et servi par une dynamique de personnages captivante (mention spéciale à la partenaire assassin Liz et au chat toujours aussi teigneux !).

Graphiquement, le duo Elsa Charretier et Jordie Bellaire livre une prestation formidable. Le trait élégant, souple et furieusement dynamique d’Elsa fusionne à la perfection avec la palette de couleurs explosives et vibrantes de Jordie. Le découpage grand format est un festival pour les yeux, complété par le lettrage percutant d’Aditya Bidikar. Chaque page est un chef-d’œuvre de pop-art et d’énergie pure.

Une lecture coup de poing, ultra stylisée et pleine de cœur, qui prouve qu’une grande histoire d’amour peut aussi être un véritable feu d’artifice de sang et d’action. À dévorer d’une traite !

On referme la pile pour aujourd’hui !

De la SF brutale à la relecture d’un classique, en passant par le voyage mythologique et l’amour pop coloré sanglant, j’ai passé de très beaux moments de lecture.

Et vous alors, vous lisez quoi en ce moment ? Dites-moi tout en commentaire ou venez me retrouver sur Hardcover pour qu’on compare nos piles à lire !

Author

Blogueuse depuis 2009. Partage son temps entre les BD/Comics, les jeux vidéo, les séries TV, le cinéma et les podcasts.

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