Il y a des séries qu’on laisse traîner dans sa watch-list pendant des années sans trop savoir pourquoi. Quand Hulu a annoncé l’annulation de The Great fin 2023 après seulement trois saisons, j’avais poussé un soupir d’agacement avant de ranger l’info dans un coin de ma tête. C’est finalement cette année que je me suis décidée à tout enchaîner d’un coup après avoir “subi” une vague d’extraits de la série sur TikTok.

Lancer une série en sachant pertinemment qu’elle n’aura jamais de vraie fin industrielle est toujours un pari risqué. Mais je vous le dis d’emblée : ces trois saisons valent absolument le voyage, annulation ou pas.

Savoir que c’est annulé change-t-il l’expérience ?

C’est la grande question quand on attaque une série stoppée en plein vol. L’avantage avec The Great, c’est que la série n’a jamais cherché à suivre un plan de vol classique ni une trajectoire historique rigide.

Dès les premières minutes, le ton est donné avec son sous-titre facétieux : « An Occasionally True Story ». Tony McNamara (déjà à l’écriture sur La Favorite) s’amuse avec les faits historiques, on ne regarde pas cette série pour avoir un cours d’histoire sur Catherine II de Russie, mais pour son impertinence, sa modernité et sa violence feutrée.

Le fait de connaître la fin prématurée de la série m’a presque permis de savourer davantage le rythme effréné des dialogues et la folie des situations, sans attendre anxieusement une saison 4 qui ne viendrait jamais.

Un duo Elle Fanning / Nicholas Hoult absolument magistral

Au-delà des décors somptueux et du ton irrévérencieux, la série tient avant tout sur la dynamique incendiaire de ses deux interprètes principaux.

  • Elle Fanning incarne une Catherine fantastique : naïve et idéaliste à son arrivée à la cour, puis progressivement calculatrice, pragmatique et impitoyable. Son évolution au fil des trois saisons est un vrai plaisir.
  • Nicholas Hoult livre une prestation incroyable en Pierre III. Il parvient à rendre hilarant et paradoxalement attachant un despote inculte, narcissique et cruel.

La relation entre ces deux personnages, oscillant constamment entre tentative d’assassinat, manipulation politique et vraie passion toxique, offre des scènes de comédie noire jubilatoires. Je comprends facilement pourquoi ces extraits sont finalement arrivés jusqu’à moi 3 ans après l’annulation.

Une comédie de mœurs moderne habillée en drame d’époque

Quand on aime les séries en costumes, on a l’habitude d’un certain cahier des charges : des corsets rigides, des chuchotements dans les couloirs de palais, un protocole pesant et une retenue très britannique ou bourbonienne. The Great prend exactement ces codes pour les faire exploser en vol. Ce qui frappe en enchaînant les épisodes, c’est à quel point le propos de Tony McNamara reste ancré dans nos enjeux contemporains.

Le XVIIIe siècle russe sert ici de miroir déformant à nos propres travers. La série aborde avec une ironie mordante la place des femmes dans les sphères de pouvoir. Catherine ne se bat pas seulement contre son mari, elle se heurte à un système patriarcal où une femme intelligente est perçue soit comme une anomalie, soit comme une menace. Sa volonté d’apporter l‘inoculation contre la petite variole ou d’éduquer les femmes de la cour se heurte à un obscurantisme religieux et populaire qui résonne étrangement avec nos débats actuels sur la science.

Côté direction artistique, le plaisir est total. Les costumes signés Sharon Long (Star Wars, épisode I) & Emma Fryer (Shakespeare in Love) sont absolument splendides, jouant sur des couleurs éclatantes, des bleus impériaux, des roses poudrés, des opulences de soie et de velours, qui contrastent violemment avec la brutalité du quotidien de la cour russe.

La lumière soignée et les banquets décadents ne sont pas de simples décors : ils deviennent le théâtre du grotesque. On dîne au milieu des têtes coupées, on brise des verres en hurlant « Huzzah ! », on débat de philosophie des Lumières entre deux orgies.

Les dialogues ultra-rythmés, truffés d’un langage contemporain décalé et d’un humour noir tranchant, empêchent toute nostalgie poussiéreuse. C’est brillant, irrévérencieux, et visuellement somptueux.

Le bilan : Faut-il la regarder aujourd’hui ?

Un grand oui, sans hésitation. Même si la saison 3 laisse forcément un sentiment de « on en reprendrait bien un morceau », elle boucle suffisamment d’arcs pour ne pas laisser un goût d’inachevé amer.

Si vous cherchez une série drôle, piquante, magnifiquement jouée et qui refuse de se prendre au sérieux, accordez-vous ce marathon. Huzzah !

La série est disponible sur Netflix

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Blogueuse depuis 2009. Partage son temps entre les BD/Comics, les jeux vidéo, les séries TV, le cinéma et les podcasts.

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