On ne va pas se mentir, retourner voir Spider-Man au cinéma provoque toujours ce petit frisson particulier. Après avoir passé des années à suivre les aventures de Peter Parker sous toutes ses formes, chaque nouvelle étape débarque avec son lot d’attentes monumentales. Je suis sortie de la salle un peu partagée, le regard braqué sur les gratte-ciels, balançant entre une réelle jubilation et une franche frustration scénaristique.

Manhattan sous son meilleur jour
Visuellement, le film de Destin Daniel Cretton est une merveille. On retrouve enfin ce qui manquait cruellement aux précédents opus : un Spider-Man ancré dans sa ville. Manhattan vibre, la caméra virevolte entre les buildings avec une fluidité folle et les scènes d’action au ras du bitume rappellent les meilleures heures des jeux vidéo récents. C’est dynamique, généreux et soutenu par une bande-son qui rythme parfaitement les pirouettes de notre homme-araignée préféré. On sent une vraie recherche dans la photographie, une volonté de rendre à New York son rôle de personnage à part entière.
Même constat côté rythme et comédie. Tom Holland gagne en assurance dans ses collants, débarrassé de son carcan d’adolescent sous tutelle pour embrasser une solitude urbaine plus mûre et touchante. Les échanges fonctionnent, les blagues fusent avec piquant et l’énergie globale ne faiblit presque jamais pendant plus de deux heures.

Le problème des méchants : une équation mal résolue
C’est là que le bât blesse, et plutôt sévèrement. Si la fausse piste incarnée par la première menace fonctionne très bien pour lancer l’intrigue et poser des enjeux de tension dramatique, le révélateur du véritable antagoniste frôle le ratage complet.
Sadie Sink fait ce qu’elle peut avec ce qu’on lui donne, mais l’écriture de son personnage pose un vrai problème de fond. Non seulement ses motivations frôlent l’absurde, mais le récit refuse tout simplement de résoudre son arc de manière satisfaisante.
Et puis, on nous parachute un autre “vrai” méchant d’une gravité extrême dont les actions restent à peine questionnées, laissant une sensation désagréable de pétard mouillé. Utiliser une figure qui devrait incarner la droiture pour en faire une menace chaotique sans lui offrir de porte de sortie narrative crédible, c’est un choix dur à avaler pour quiconque s’attache à la cohérence d’un univers. POUQUOI ?

Un raccourci scénaristique qui fait tiquer (spoiler)
Plus troublant encore : les ramifications pour le reste de la franchise. Je dois avouer que j’ai énormément de mal avec l’idée d’un Peter Parker à l’origine indirecte du dispositif bloquant les pouvoirs des mutants. Faire peser la création de cette technologie sur les épaules de Spider-Man juste pour préparer le terrain aux futurs films X-Men ressemble à une contorsion narrative assez artificielle. Spider-Man n’a pas besoin de porter les clés technologiques de tout le MCU pour être pertinent dans son propre quartier.
En voulant absolument connecter le film aux étapes suivantes de la franchise, le scénario s’éparpille et perd de vue l’émotion brute qu’il avait si bien installée dans sa première heure.

La bande de copains et le choc des titans
Ce qui sauve vraiment le film de la simple routine super-héroïque, c’est toute la dynamique qui gravite autour de Peter. Retrouver Jon Bernthal en Punisher face à Tom Holland, c’est comme voir débarquer un oncle volcanique au milieu d’une réunion de famille : l’alchimie entre les deux acteurs est immédiate et apporte une tension brute qui manquait cruellement aux précédents opus. Côté Bruce Banner, Mark Ruffalo fait le job pour réinjecter un peu de science et de dualité, même si sa présence ressemble parfois à une pirouette du studio pour remettre Hulk sur ses rails.
Mais le vrai cœur battant du récit reste la relation fragile entre Peter, MJ et Ned. Zendaya apporte une maturité folle à ses scènes, et voir ces trois-là tenter de se reconnecter sans trop savoir pourquoi réjouira les plus romantiques d’entre nous.
Spider-Man : Brand New Day reste un divertissement très efficace, porté par une mise en scène remarquable et un univers visuel réussi. C’est un superbe spectacle de cinéma, mais qui laisse un goût amer dès lors qu’on se penche sur la résolution de ses enjeux principaux.