Après Max et les Maximonstres Spike Jonze revient avec Her, une comédie dramatique racontant une histoire d’amour entre un homme et son OS. Ou du moins c’est ce qu’on nous avait vendu. La réalité aura été un peu différente !
014107Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

On avait placé en Her nos plus grands espoirs pour 2014. Un acteur qu’on adore, un sujet des plus original et surtout une bande annonce à vous coller les frissons… tout était réuni pour qu’on l’adore avant même de le voir ! Pour éviter l’effet Gravity, on a essayé de ne pas trop écouter les gens qui s’emballaient ici et là pour apprécier pleinement notre rendez-vous avec Spike Jonze.

Dans un Los Angeles déshumanisé (mais pas si futuriste) on fait la connaissance de Théodore. Incapable de prononcer des mots d’amour, il a fait de l’écriture de lettres manuscrites son métier. Solitaire et dépressif, il vit dans le souvenir de son mariage et d’une femme qu’il n’a jamais cessé d’aimer. Un être cassé par la vie qui va y retrouver goût grâce à un OS sexy configuré spécialement pour lui plaire…

Her

A partir de là, on se rend compte que contrairement à ce qu’on a beaucoup lu, Her ne sera pas une romance entre l’homme et le robot… Comment l’imaginer possible une seconde quand on prend conscience que Samantha est configurée selon les attentes de Théodore ? Aucune personnalité, aucun libre arbitre, elle est ce que Théodore a décidé qu’elle soit… Reflet de ses fantasmes et de son besoin d amour et rien d’autre. L’histoire d’amour sera ailleurs, celle ayant lié Théodore et Catherine (intégré d’abord grâce à des flashbacks malicieux) qui continue d’exister alors qu’ils sont sur le point de divorcer. Her raconte alors comment un amour défait peut continuer à vous hanter et vous empêcher de vivre… Her raconte surtout l’histoire d’une renaissance d’un homme qui pardonne et accepte enfin que la vie doit continuer. C’est cette histoire qui nous aura noué la gorge et non celle peu crédible d’un homme et de son système d’exploitation…

Et si l’amour n’était au fond pas le sujet principal du film ? Annoncé comme la comédie romantique 3.0 un peu partout on ne s’attendait pas à une telle claque… Oui car Her raconte avant tout la solitude qui dévore d’ êtres qui ont pourtant besoin d’aimer ! Ce portrait sombre et cynique d’une société en perdition nous aura fait froid dans le dos. Et si nous n’étions pas loin de ça ? A créer des “distributeurs d’amour” parce qu’on ne sait plus (on ne veut plus?) faire autrement ? Triste constat de voir sous nos yeux des dizaines de dizaines d’hommes et de femmes qui ont refusé les rapports humains pour vivre uniquement dans un monde digital… Quelques scènes d’une beauté inquiétante nous feront réfléchir sur l’état actuel de notre société et l’addiction certaine de millions de gens aux réseaux sociaux… Le film prend alors un tout autre sens et nous pousse à réagir. Finalement parler le soir à un téléphone, échanger par textos toute la journée, pendant sa pause déjeuner ou en vacances avec des inconnus nous le faisons déjà…À en croire le film cette situation pourrait s’aggraver et devenir le nouveau fléau de notre époque. Et vu le malaise ressenti devant certaines scènes on se dit qu’on a intérêt de l’éviter.

Her

Her est alors un film à part qui se dévoile dans sa touche fin et qui s’illumine complètement. Grâce à sa fin, le film prendra tout son sens et vous fera dès la sortie de la salle réfléchir encore et encore… Si les idées fusent ici et là (mention spéciale aux jeux-vidéos complètement fous et géniaux inventés pour le film) la mise en scène nous aura complètement subjugué. Et ce n’était pas simple avec un seul acteur à l’écran… Enfin c’était sans compter sur la présence magnétique d’un Joaquin Phoenix qui emporte tout le film à chaque apparition. Film après film on est subjugué face à la capacité de l’acteur qui n’en finit plus de se surpasser !

Her apparaît souvent comme un mariage entre Sofia Coppola et un Spike Jonze nouveau… Une union entre un homme à Los Angeles et une femme à Tokyo. Comme s’il n’y avait qu’un pas entre Charlotte et Samantha…

Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

Comments

  1. Carole THI-BEN - שלי Reply

    J’ai pleuré devant la bande annonce et j’ai très envie de le voir…

  2. Carole THI-BEN - שלי Reply

    J’ai pleuré devant la bande annonce et j’ai très envie de le voir…

  3. Green is beautiful Reply

    C’est très bien décrit, belle critique. On a l imprssion que le sujet
    de fond n est pas l amour mais le deuil d un amour, la depression qu il
    entraine et l incapacité du héros à vivre sans béquille. Her, au fond c
    est l antidepresseur qui l empeche de sombrer…mais il faut bien aller
    chercher les ressources en soir pour vivre et aller au bout de ce
    deuil…et l issue n est pas dans un systeme d exploitation ;)

  4. Green is beautiful Reply

    C’est très bien décrit, belle critique. On a l imprssion que le sujet
    de fond n est pas l amour mais le deuil d un amour, la depression qu il
    entraine et l incapacité du héros à vivre sans béquille. Her, au fond c
    est l antidepresseur qui l empeche de sombrer…mais il faut bien aller
    chercher les ressources en soir pour vivre et aller au bout de ce
    deuil…et l issue n est pas dans un systeme d exploitation ;)

  5. Critique très intéressante, ce film a en effet de quoi faire réfléchir sur le virtuel et notre société… Merci :)

  6. Critique très intéressante, ce film a en effet de quoi faire réfléchir sur le virtuel et notre société… Merci :)

  7. Ally Pitypang Reply

    C’est marrant j’ai aussi pensé à Lost in Translation en voyant le film. Jolie chronique, je suis plutôt d’accord avec ce que tu dis. Finalement cet OS est un paliatif, et au lieu de discuter avec de frais personnes, il s’enferme encore plus. Après le coup du livre et de l’éditeur, ça m’a <3

  8. Ally Pitypang Reply

    C’est marrant j’ai aussi pensé à Lost in Translation en voyant le film. Jolie chronique, je suis plutôt d’accord avec ce que tu dis. Finalement cet OS est un paliatif, et au lieu de discuter avec de frais personnes, il s’enferme encore plus. Après le coup du livre et de l’éditeur, ça m’a <3

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