Après Du Vent dans Mes Mollets et Cherchez Hortense c’est à un nouveau film français d’affoler la critique. Noémie Lvovsky réalise un retour en grâce avec Camille Redouble et assure au cinéma français une rentrée 2012 fort prometteuse.

Camille a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric. Ils s’aiment passionnément et Camille donne naissance à une fille…
25 ans plus tard : Eric quitte Camille pour une femme plus jeune.
Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé.
Elle a de nouveau seize ans. Elle retrouve ses parents, ses amies, son adolescence… et Eric.
Va-t-elle fuir et tenter de changer leur vie à tous deux ? Va-t-elle l’aimer à nouveau alors qu’elle connaît la fin de leur histoire ?

Bizarrement, malgré des critiques dithyrambiques, on n’y croyait moyennement à ce Camille Redouble. La Bande Annonce très kitch et la prise de risque de laisser la femme de 40 ans incarner la jeune fille de 16 ans ne nous avaient pas vraiment convaincu. A un moment il faut pourtant oublier les à priori et se laisser tenter. Camille Redouble ne serait pas adoré par la critique et ne serait surtout pas en tête du box office s’il était si mauvais …

Premier constat et premier choc : Camille Redouble ne sera pas la comédie annoncée. Au premier plan on rencontre Camille, 40 ans, en plein divorce qui s’accroche à son appartement, parle à son chat, alcoolique (ou pas loin) et qui sent que sa vie bascule vers une solitude qu’elle n’aurait jamais imaginé. Un postulat de départ pas franchement gai qui ne s’arrange pas quand on la voit débarquer en titubant à sa soirée du réveillon. Là, elle retrouve ses trois acolytes qu’elle a quand même évité depuis 5 ans. Sa solitude et sa désespérance font peine à voir. Noémie Lvosky ne va pas plus loin et nous fait très vite voyager dans le temps. Camille a pris sa première cuite, elle a 16 ans à nouveau et se réveille à l’hôpital. Tout peut alors recommencer.

Et là c’est un vrai régal. Nous replongeons avec Camille dans notre adolescence. La bande de copines inséparables, les profs lourds, les cours chiants, les premiers émois, les fêtes le samedi soir, la rébellion contre l’autorité, les 400 coups réalisés … Tout y est ! Bien sur les années 80 n’avaient pas grand chose en commun avec nos années 2000 mais c’est un pied énorme que de redécouvrir une vie qu’on a quelque part nous aussi vécue. Pas de nostalgie ici mais juste de la vie. Une vie fumante, débordante, pleine. Une vie qu’on ne peut pas regretter quand on regardera les photos 10, 20 ou 30 ans plus tard. Camille et sa bande se baignent nues le soir dans la piscine public évidement interdite d’accès, boivent de la bière, fument, font un pied de nez à un professeur trop machiste, sèchent, et profitent de chaque moment qui leur est offert. Une vie en grand à l’époque des tenues sans queue ni tête, des ensembles en jean, des jupes hautes, des collants multicolores et des looks improbables. Et cette vie tout feu tout flamme nous donne sacrément envie d’avoir eu des copines aussi folles et intrépides que Camille, Josépha (une révélation !! ) Alice et Louise et de faire partie d’une bande aussi cool.

Derrière cette apparente légèreté Camille Redouble s’envole vers des thématiques plus sombres. Le temps qui passe inexorablement, l’amour périssable et la crainte de la mort seront ultra-présents dans le film. Camille Redouble devient alors plus une réflexion métaphysique sur la vie qu’une gentille comédie sur une bande de copines. La crainte de la perte des parents (sans doute autobiographique pour la réalisatrice) servira de fil conducteur au film. Comment empêcher la mort d’un proche lorsqu’on la sait inévitable ? Camille sait que sa mère doit mourir d’une rupture d’anévrisme quelques mois après ces 16 ans. Elle sait quand ça arrivera et tente tout pour éviter le drame. Pourtant, quand elle annonce qu’elle est enceinte, Camille sait que sa mère décédera le lendemain. La scène de la révélation, la nuit qui suit puis le lendemain dans la cuisine sont d’une puissance émotionnelle qu’on n’aurait soupçonné. Il en est de même lorsque Camille sur son vélo toujours choqué se passe en boucle la voix de sa mère tentant d’aider une pauvre abeille …

D’autres questions se voient alors posées : Peut-on empêcher les choses d’arriver ? Sommes-nous maitre de notre destin ? L’amour peut-il durer toujours ? Vaut-il mieux ne pas aimer plutôt que d’avoir mal ensuite ? Si on pouvait remonter le temps, changerait-on le futur ? Construisons-nous réellement notre futur ? Quand devient-on adulte ? Des questions importantes sur la destinée, l’amour et la foi qui agiteront en nous de nombreux sentiments.

Camille Redouble n’aurait sans doute pas été le même film sans son casting absolument divin. Même si Noémie Lvovsky porte le film sur ses épaules, on ne peut que saluer le piff de la réalisatrice pour le choix de ses seconds rôles et même des rôles plus que anecdotiques. Dans la peau de Josépha, la copine torturée à la dent dure, Judith Chemla crève juste l’écran. Il en est de même pour India Hair et Julia Faure qui sont absolument incroyables. Outre la présence solaire de Yollande Moreau et le charisme charmeur de Podalydès qu’on n’argumente plus, la présence de Mathieu Amalric, de Vincent Lacoste et de Riad Sattouf sont des petites réjouissances.

Loin d’être la gentille comédie de copines à laquelle on s’attendait, Camille Redouble surprend par sa maturité, sa faculté à poser de vraies questions et à faire réfléchir vraiment. Un diamant brut qui vous touchera droit au coeur et qui vous fera prendre conscience de la fatalité de la vie et de la cruauté du temps qui passe.

La phrase choc : Est-ce que c’est la vie qui abîme l’amour ou est-ce que l’amour a forcément une fin ?

M.

Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

Comments

  1. Je n’ai pas lu en entier car j’ai toujours peur d’être un peu spoilé… Cependant le début et la fin de ta critique me donnent envie d’aller le voir :)

  2. Je n’ai pas lu en entier car j’ai toujours peur d’être un peu spoilé… Cependant le début et la fin de ta critique me donnent envie d’aller le voir :)

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