La transposition cinématographique d’un best-seller est toujours attendue avec beaucoup d’appréhension. Mais quand c’est l’auteur lui même qui s’occupe de celle-ci (avec son frère) et qu’il confie le rôle principal à la discrète Audrey Tautou on est un peu plus rassuré. Et quand on apprend qu’Emilie Simon s’occupe de la BO on y court les yeux fermés. Au final, un film aussi poétique que bouleversant sublimé par une musique enchanteresse.

Nathalie a tout pour être heureuse. Elle est jeune, belle, et file le parfait amour. La mort accidentelle de son mari va couper son élan. Pendant des années, elle va s’investir dans son travail, se sentir en parenthèse de sa vie sensuelle. Mais subitement, sans qu’elle comprenne vraiment pourquoi, elle embrasse un de ses collègues. Markus, un homme très atypique. S’ensuit alors la valse sentimentale de ce couple hautement improbable qui va susciter interrogation et agressivité au sein de l’entreprise. Choisit-on vraiment par quel moyen on renaît à la vie ? Nathalie et Markus vont finir par fuir pour vivre leur histoire et leur émerveillement à l’abri de tout. Cette histoire de renaissance est aussi celle de l’étrangeté amoureuse.

Premier long-métrage pour David Foenkinos et Stéphane Foenkinos et premier grand défi relevé avec brio. Difficile était la tache que de transposer à l’écran cette histoire aussi bouleversante que pleine d’espoir. Pourtant les frères Foenkinos l’ont fait !

Dès le début du film, l’ambiance est ancrée. Nathalie et François sont amoureux et vivent ensemble une vie en tout point parfaite. Pio Marmaï est irrésistible en amoureux transit aux allures de Prince charmant des années 2000 qui offrent en guise de bague de fiançailles un porte clef… La première demi-heure du film nous rappelle les films à la Besançon, et cette merveilleuse histoire d’amour nous enchante. Et puis petit à petit on se dit que le drame va arriver et celui-ci n’en sera plus que terrible. On aimerait que François n’aille jamais courir et que le conte de fée se termine de la plus belle des manières. Malheureusement il n’en sera pas le cas et le film bascule alors dans un tout autre style.

Si la musique d’Emilie Simon retransmettait avec grâce ce conte de fée moderne, dès la mort de François elle prend un tout autre sens. La scène où Nathalie sort en pyjama de chez elle et erre dans la rue sous Bel Amour d’Emilie Simon est bouleversante. Les mots d’Emilie Simon n’ont jamais sonné aussi justes. Il faut dire que la sublime Emilie a vécu la même chose et que La Délicatesse c’est un peu sa propre histoire. Septembre 2009, son compagnon François Chevalier meurt subitement et tragiquement des suites de la Grippe A. Dévastée mais courageuse elle lui offre un album hommage “Franky Knight“, une poignante déclaration d’amour. Ainsi les mots et les images n’ont jamais aussi bien collé. Et l’histoire d’Emilie Simon et celle de Nathalie n’ont jamais eu autant de profondeur. L’image sert la musique d’Emilie Simon et sa musique sert l’image. Et quand Nathalie se retrouve en boite de nuit à danser sur Franky’s Princess, la douleur et le désespoir de celle-ci n’ont jamais été aussi grands. Poignant.

C’est cette partie du film qu’on appréciera le plus. La douleur du deuil et le difficile retour à la vie quand un drame vient bouleverser votre équilibre. Mais le retour petit à petit à la vie et l’apparition presque irréelle de François Damien, un employé suédois pas forcément beau garçon, font une nouvelle fois basculer le film dans un nouveau registre. Pour une fois il joue un rôle sérieux et nous montre la véritable étendue de son talent d’acteur. Juste et touchant, François Damien s’affirme. Et l’histoire naissante entre son personnage et Nathalie est aussi magnifique que désolante. Alors que les deux compères semblent éprouver des sentiments amoureux ils doivent faire face à la morale, aux regards des autres pas toujours tendres. Et le film pose très justement la question du paraitre et de l’amour qui dépasse l’attirance physique. Et également celui du regard des autres: peut-on aimer quelqu’un que ses amis trouvent pas assez bien pour soi ? Audrey Tautou n’a jamais aussi bien répondue à celle-ci en prenant le contre-pied de l’opinion publique.

Tout en délicatesse, le film de David Foenkinos et Stéphane Foenkino sonne juste. Ils n’en font jamais trop, jonglent avec nos émotions avec une grande aisance et signe un très touchant premier film, la musique d’Emilie Simon aidant beaucoup.

Des places sont à gagner jusqu’au 28 Décembre en jouant ici

M.

Author

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Pin It