Après le très décevant Le Caiman, Nanni Moretti revient en grande forme en racontant l’histoire d’un Pape qui ne voulait pas être Pape. Une vraie réussite.

Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d’élire son successeur. Plusieurs votes sont nécessaires avant que ne s’élève la fumée blanche. Enfin, un cardinal est élu! Mais les fidèles massés sur la place Saint-Pierre attendent en vain l’apparition au balcon du nouveau souverain pontife. Ce dernier ne semble pas prêt à supporter le poids d’une telle responsabilité. Angoisse ? Dépression ? Peur de ne pas se sentir à la hauteur ? Le monde entier est bientôt en proie à l’inquiétude tandis qu’au Vatican, on cherche des solutions pour surmonter la crise…

Connu pour son franc-parlé et pour sa capacité à filmer l’Italie sous ses bons et surtout mauvais côtés, Nanni Moretti s’attaque ici à l’institution la plus sacrée du pays : la religion catholique. En prenant pour toile de fond une élection papale, le réalisateur italien a bien failli créer le scandale.  Sans être véritablement une critique de la religion catholique, Habemus Papam met en lumière les dogmes parfois ridicules de la religion et ne manque pas de mettre en doute la parole divine. Un exercice fort intéressant qui aura valu à son réalisateur une interdiction formelle de tourner dans l’enceinte du Vatican.

Nanni Moretti se met en scène pour infiltrer l’Eglise, Cardinaux et Évêques coupés du monde le temps d’une élection qui tourne un peu à la catastrophe. D’abord intrigué, Nanni Moretti soulève des questions sur les bien fondés du christianisme tout en découvrant la personnalité de chacun des hommes d’Église. Nanni Moretti est alors excellent en psychanalyste un peu névrosé, remettant tout en question sauf l’humanité de ses nouveaux colocataires. On prend alors plaisir à découvrir ces hommes souvent décris comme froids et sérieux, partager des scènes de vie ou jouer au Volley à l’occasion d’un immense tournoi complétement improbable.

La vie est alors au cœur du projet du réalisateur de La Chambre du Fils. Si le sujet pouvait rétracter certains, il faut préciser qu’il en est nullement l’intérêt du film. Au fond, Habemus Papam n’est que l’histoire d’un homme qui se perd sous le poids d’une trop lourde responsabilité. On ne pensait pas que devenir le porte-parole d’une religion pouvait être une tache si difficile pour un homme et que la nomination avait plus des allures de punition que de bénédiction… Habemus Papam s’intéresse alors à l’homme, à ses doutes, ses interrogations et suit son parcours alors que des millions de fidèles attendent de le découvrir enfin. Nanni Moretti réussi à rendre une histoire très atypique parfaitement universelle. Et pour incarner l’homme en perdition, le réalisateur fait appel à un géant du cinéma : Michel Piccoli qui nous prouve encore une fois son statut d’immense acteur incroyablement attachant et doté d’un charisme solaire. Il porte le film sur ses épaules et joue avec une grande justesse ce Pape qui ne voulait pas être Pape. On se dit alors que l’interprétation masculine cannoise n’aurait pas été volée si Jean Dujardin n’avait pas fait des claquettes en même temps !

Si le film est quelque peu long à démarrer, on trouve dès l’arrivée de l’acteur-réalisateur dans l’enceinte du Vatican un dynamisme et une fluidité inespérés. Nanni Moretti a réussi à créer de l’action pour un sujet qui en manquait sur le papier. Il réussit à créer un film un mouvement alors que le monde autour s’est arrêté.

Cynique, drôle, touchant, très tendre, Habemus Papam fait parti de ces films plaisant à voir qui en plus ont le mérite de vous éduquer et de vous faire poser des questions sur la nature humaine et le bien-fondé des dogmes religieux. Un film à voir sans aucune hésitation ne serait-ce que pour la performance implacable du grand Michel Piccoli.

M.

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