Submarine aurait bien pu passer complètement inaperçu tant son casting et son réalisateur sont peu connus. Pourtant, un pitch sympathique, une affiche originale, la présence du film à de nombreux festivals et surtout la pâte d’Alex Turner (Artic Monkeys) à la B.O avaient de quoi donner envie d’aller voir le film. Une fois encore, le cinéma britannique nous donne une bonne leçon sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte.

Oliver Tate a 15 ans. Dans son collège, pour éviter les moqueries il faut s’affirmer, s’imposer et surtout trouver une copine… C’est chose faite lorsqu’il rencontre Jordana. Maintenant il n’a plus qu’une idée en tête : perdre sa virginité. Adolescent cultivé et sur de lui, Oliver va devoir faire face à un nouveau problème : ses parents s’éloignent de plus en plus et sa mère est en train de retomber dans les bras d’un ancien amant devenu gourou. Il va falloir agir pour sauver ce mariage et devenir le petit-ami idéal.

Submarine fait parti de ces films difficilement classables tant il est original dans sa forme et dans ses propos. Le film gravite autour d’Oliver, un adolescent au charisme fou, qui va voir son enfance se terminer et commencer son entrée dans l’âge adulte. Notre héros loin des clichés des adolescents si chers à nos compatriotes américains (puceau+ boutonneux+idiot) est absolument divin. Parfois adorable et touchant, parfois détestable. Sa répartie est absolument exquise.

Richard Ayoade choisi d’en faire un anti-héro, un être cruel et froid par moments et terriblement attachant par d’autres. Un anti-héro qui pleure, qui se laisse aller et ne fais pas toujours ce que l’on attend de lui. Un être humain en fin de compte! Une sorte de héros à la Salinger, d’ailleurs en plus de la citation directe dans le film, la ressemblance avec Holden est frappante! Cultivé, curieux, sans limite, en avance pour son âge, romanesque, un peu égoïste, aventureux, Oliver est un être profondément complexe et des plus intéressants! Submarine repose entièrement sur ses épaules, et quelles épaules! Graig Roberts est pour son premier rôle au cinéma très juste et une véritable révélation! Quant au reste du casting il fonctionne à merveille! Sa partenaire, Yasmin Paige est troublante de sincérité et de complexité, Sally Hawkins (Be Happy, Never Let Me Go) et Noah Taylor sont absolument géniaux en parents déconnectés de la réalité.

Submarine se distingue par une mise en scène originale. D’abord par le biais d’une voix off (le film est raconté à la première personne) et par une caméra sans cesse en mouvement. Le second degré et le cynisme sont d’autant d’éléments positifs qui rythment le film. Ici, le tout est raconté avec une telle légèreté, un tel détachement, que Submarine devient à la fois loufoque et profondément humain. Ainsi, les tromperies, les mensonges et les coups-bas sont décris avec un tel naturalisme, une telle simplicité. Personne ne prend de gants et c’est terriblement efficace!

D’un autre côté, Submarine est un film profondément mélancolique. Par sa mise en scène d’abord, par ses décors (comment oublier cette plage désertique où les vagues se déchainent indifféremment ?), par son héros si romanesque et surtout par sa musique d’une beauté indéniable. En confiant sa bande originale à Alex Turner, Richard Ayoade a fait le bon choix! Les titres composés par le leader des Arctic Monkeys sont absolument magnifiques! Ils apportent à la légèreté du film une sorte de seconde lecture, beaucoup plus profonde, beaucoup plus intimiste. Ce héros en apparence si sûr de lui est en définitive un être profondément mélancolique, malheureux, en proie à des doutes et à des interrogations qu’il ne maîtrise pas. La B.O, immense, donne de l’épaisseur au film et nous fait comparer Submarine à des petits bijoux du cinéma indépendant : Garden State, Eternal Sunshine of the Spotless Minded, La Famille Tenenbaum…
Par moment le film tourne un peu trop en rond et ce que nous avions pris pour un élément original commence à être répétitif. La voix off, les mauvais choix du héros, cette insensibilité ambiante, dérangent par moment. Fort heureusement, le sentiment ne dure pas et s’estompe une fois l’épilogue entamé.
Submarine est un film profondément touchant, hanté par une mélancolie omniprésente. On se retrouve dans Oliver, jeune adolescent aux questionnements pourtant si universels. Et la B.O d’Alex Turner se pose comme un voile délicat sur une vie profondément imparfaite. Génial!

M.

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