Quand James Gunn a annoncé relancer le DCU avec une série sur les Green Lanterns pensée comme un polar poisseux au fond du Nebraska, j’ai eu un petit frisson de curiosité. Et soyons honnêtes cinq minutes : je fais partie de cette étrange minorité qui a un affect totalement coupable et un peu malsain pour le film Green Lantern de 2011 avec Ryan Reynolds. Oui, celui avec le costume en images de synthèse douteuses et le masque collé au visage ! Du coup, voir Tom King (oui encore lui), Damon Lindelof (Watchmen, Leftovers) et Chris Mundy (Ozark) réinventer le mythe avec un ton adulte et hyper ancré dans le réel, c’était la promesse d’un grand écart risqué… mais sacrément excitant.

Après huit épisodes engloutis, le verdict est sans appel : quelle claque, et quel bonheur de voir DC reprendre enfin des couleurs !

Crédit : HBO Max

Un True Detective cosmique qui prend son temps

Ce qui surprend d’emblée dans cette première saison, c’est ce choix ingénieux de mettre la science-fiction spectaculaire un peu en veilleuse pour nous plonger dans une enquête poisseuse, presque étouffante. On oublie les défilés de lasers vert fluo à chaque minute : l’intrigue se concentre sur un meurtre bien mystérieux dans la petite ville de Rushville, en naviguant entre deux époques, 2016 et 2026.

Ici, l’anneau magique sert avant tout d’outil de terrain. La série prend le temps de respirer, d’installer des silences lourds et de développer ses relations humaines. On passe plus de temps à voir nos deux flics intergalactiques s’écharper dans une voiture de patrouille ou cuisiner la shérife locale qu’à voler au milieu des galaxies. On pense tout de suite à la première saison de True Detective ou au travail de déconstruction qu’avait fait Lindelof sur Watchmen. C’est mélancolique, c’est crédible, et ça fait un bien fou de voir une adaptation de comics qui traite son public avec autant d’intelligence et de maturité.

Crédit : HBO Max

Un duo au sommet et la révélation Aaron Pierre

Si la série fonctionne si bien, c’est parce que son duo principal fonctionne du feu de Dieu dès la première scène :

  • Kyle Chandler incarne un Hal Jordan vieillissant, cynique et bien fatigué. Il apporte cette présence usée mais terriblement attachante qui tranche avec l’image du héros invincible.
  • Aaron Pierre est tout simplement magistral en John Stewart. Sans jamais en faire trop, avec une posture impeccable et une intensité folle dans le regard, il crève l’écran. L’épisode 3, centré sur ses origines et sur sa façon d’apprivoiser la peur, est à mes yeux l’un des plus beaux moments de télévision qu’on ait vus cette année dans le genre.

Même la shérife Kerry, jouée par Kelly Macdonald, apporte cette touche de vulnérabilité très humaine qui crédibilise chaque scène de recherche sur le terrain.

Crédit : HBO Max

Le parfait équilibre entre polar terrestre et clins d’œil comics

Alors oui, les puristes qui espéraient un opéra spatial avec des milliers d’aliens et des batailles gigantesques sur Oa trouveront peut-être que la série reste très “terrestre”. Même l’apparition de Sinestro reste mesurée, presque intimiste. Mais pour moi, c’est exactement ce qui fait sa force : au lieu de nous noyer sous les effets spéciaux, Lanterns choisit de faire monter la pression doucement.

La fin de saison offre une conclusion d’une belle sensibilité, notamment avec la passation de flambeau entre Hal et John. L’enquête se boucle naturellement, les pièces du puzzle s’assemblent, et la série réussit le tour de force d’installer John Stewart comme le nouveau héros incontournable du DCU sans jamais précipiter son récit.

Un pari réussi

Lanterns est un pari audacieux, mature et terriblement réussi. En choisissant la sobriété, l’émotion et la force du polar classique, HBO nous offre probablement l’une des meilleures séries de super-héros depuis des années. C’est prenant, magnifiquement joué, et ça donne une confiance aveugle pour la suite de cet univers. Si vous cherchiez une bonne série policière avec ce petit supplément d’âme geek, vous pouvez y aller les yeux fermés !

Author

Blogueuse depuis 2009. Partage son temps entre les BD/Comics, les jeux vidéo, les séries TV, le cinéma et les podcasts.

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