L’automne daigne enfin de pointer son nez, le retour du plaid et de la tisane le soir m’a bien aidé à descendre ma pile à lire. Entre la noirceur poignante de Neyef, la bonne humeur d’Aldebert, la mélancolie rurale de Jeff Lemire et le monde mystérieux de Papayou, cette sélection va-t-elle tenir ses promesses ? Installez-vous avec une boisson chaude, je vous raconte.

Les Enfants Perdus : La claque visuelle et narrative

de Neyef chez Rue de Sèvres / Label 619

J’attendais Neyef au tournant après le succès d’Hoka Hey ! au sein du Label 619. La barre était placée haut, et autant vous dire que je n’ai pas été déçue du voyage. On suit une bande de gamins (Wendy, Casper, Milo, Rufus et les jumeaux Paddy et Dany) livrés à eux-mêmes dans un univers de ruines. Ils skatent, traînent et tentent tant bien que mal d’occuper leurs journées tout en faisant bloc pour survivre face à la dureté des adultes et la violence du monde qui les entoure.

Ce qui m’a attrapée au cœur, au-delà de l’action brutale et de l’intensité, c’est cette manière fascinante d’interroger la tribu qu’on se choisit. Neyef nous livre une relecture très personnelle, grunge et poignante du mythe de Peter Pan. Il prend le temps d’ancrer ses personnages, de nous faire aimer ces gosses cabossés qui recréent leur propre système de solidarité dans un monde complètement détraqué. On y ressent toute la fragilité de l’enfance qui essaie de préserver sa poésie face à la noirceur ambiante.

Graphiquement, c’est une claque monumentale. Le trait est souple, d’une nervosité folle, et les grandes cases panoramiques vous étalent des décors à couper le souffle. La palette de couleurs est maîtrisée avec une efficacité redoutable, alternant des ambiances étouffantes et des respirations contemplatives sublimes. Le découpage pense vraiment en séquences de cinéma avec une générosité visuelle folle.

Un album de près de 200 pages que j’ai lu d’une traite, et qui confirme tout le génie de son auteur. C’est viscéral, humain, parfois cruel, mais surtout beau. Une pépite qui prend aux tripes et qu’on ne referme pas sans un petit pincement au cœur.

Super Mamie – Tome 1 : Vers la famille et au-delà !

de Aldebert et Liroy chez Glénat (Collection Tchô !)

On ne va pas se mentir : quand j’ai vu passer cet album scénarisé par Aldebert et illustré par Liroy chez Glénat, j’ai foncé les yeux fermés ! On sait déjà à quel point Aldebert adore son personnage de la super grand-mère, j’avais hâte de découvrir ça. Ici, pas question d’envoyer la grand-mère en maison de retraite : Super Mamie est une adepte de skate et de rock qui déboîte, prête à utiliser ses superpouvoirs pour sauver le monde à sa façon !

Derrière les gags qui fusent et le rythme rocambolesque de ce premier tome, le récit recèle une vraie tendresse. Aldebert aborde le lien entre les générations et c’est une vraie bulle d’énergie qui prône la liberté de vieillir comme on l’entend et la nécessité absolue de préserver sa part d’émerveillement et de folie, peu importe les années qui passent.

Côté dessin, Liroy réalise un travail ultra-rafraîchissant. Son trait expressif et très dynamique insuffle une vitalité démoniaque à chaque planche dans la veine des autres titres de la collection Tchô!. Les bouilles des personnages sont choupies, la mise en page regorge de petits détails amusants à dénicher et les couleurs pétillantes font du bien. Mention spéciale pour les petites planches hommages en bonus en fin d’album (notamment par Zep ou Dabs) qui accueillent chaleureusement le titre dans la collection!

Bref, c’est typiquement la lecture doudou et réconfortante qui remonte le moral après une grosse journée. Ça se dévore avec le sourire aux lèvres, c’est frais, bienveillant sans jamais être mielleux, et ça parle autant aux enfants qu’aux parents qui ont gardé leur âme de gosse.

Minor Arcana (Tomes 1 & 2) : La mélancolie de Lemire

de Jeff Lemire chez Delcourt

Vous commencez à me connaître, Jeff Lemire, c’est un peu un de mes chouchous. Dès qu’un nouveau titre pointe le bout de son nez, je ne réfléchis pas longtemps avant de l’ajouter à ma pile à lire ! Dans Minor Arcana, il s’inspire du symbolisme du tarot pour nous faire voyager dans les méandres de l’Amérique profonde. On suit Theresa, de retour à Limberlost pour s’occuper de sa mère atteinte d’un cancer. Le souci ? La maman est une voyante cartomancienne un brin excentrique que sa fille a toujours considérée comme une arnaqueuse… jusqu’à ce que la magie commence à sembler bien réelle.

Lemire excelle pour dépeindre ces petites bourgades rurales isolées où le temps semble suspendu, lourd de secrets enfouis et de rancœurs familiales. La relation entre Theresa et sa mère est complexe, électrique et pétrie de non-dits. L’auteur prend le temps d’installer son décor, laissant flotter une atmosphère sourde où la frontière entre superstition, drame social et véritable fantastique devient de plus en plus floue.

Sur le plan visuel, on retrouve toute la griffe de l’auteur : un dessin à l’encre brut, faussement anguleux. Lemire a cette capacité unique de faire passer une mélancolie folle à travers un simple regard ou une case muette. Les visages sont profondément humains, les paysages désolés ont une vraie personnalité, et le découpage insuffle ce rythme lancinant dont il a le secret.

Ces deux premiers volumes se lisent d’une traite et posent des bases captivantes. On sent qu’on s’embarque dans une fresque humaine et mystique qui promet d’être marquante. Si vous aimez les histoires de rédemption, les trajectoires de vie cabossées et l’ambiance des petites villes américaines pleines de fantômes, foncez ! J’ai cru comprendre que le tome 3 qui sort en Janvier 2027 bouclerait cet arc.

L’Éther – Tome 1 : Au dernier jour de l’enfance

de Papayou chez Morgen

Pour clore cette sélection, j’ai plongé dans le premier tome de L’Éther signé Papayou, et c’est une très belle découverte. On y fait la connaissance de trois enfants (Grulter, Ulla et Agell) qui vivent dans un petit village reculé. Alors qu’une bête sauvage menace la communauté, une battue d’adultes s’organise. Les trois gamins les suivent en secret, mais la traque tourne à la catastrophe… L’intervention in extremis de Draven, un Éthérien capable de manier la magie de l’Ether, leur évite le pire, mais scelle leur destin : ils doivent abandonner leur foyer pour prendre la route vers la grande cité de Lumistel.

Derrière cette trame de quête initiatique et de fantasy, le récit m’a beaucoup touchée par ce qu’il raconte du passage à l’âge adulte. Ce premier volume capte avec une grande pudeur ce moment précis où le cocon protecteur de l’enfance vole en éclats face à la brutalité du monde réel. On ressent très fort la perte des illusions chez ces jeunes héros soudainement projetés sur les chemins. Leurs doutes, leurs peurs et l’amitié solide qui les lie rendent leurs réactions particulièrement attachantes.

Visuellement, l’album est une petite merveille de délicatesse. Papayou déploie une palette de couleurs douces et enveloppantes qui retranscrit à merveille les environnements : on sent la fraîcheur du vent et le froid de la neige sur les planches ! La mise en page est très aérée, laissant de belles marges blanches qui offrent une vraie respiration au récit. Le voyage est immersif, poétique et soutenu par une narration visuelle qui prend le temps de faire ressentir les choses plutôt que de tout expliquer au chausse-pied.

L’album se termine en plus sur un super cahier graphique qui me tease la suite avec beaucoup d’envie. Une entrée en matière réussie et pleine de charme, qui donne hâte de voir comment ces jeunes aventuriers vont grandir face à leurs nouveaux destins!

On referme la pile pour aujourd’hui ! Du récit de survie poignant à la comédie familiale qui donne la banane, en passant par de la mélancolie rurale et du conte initiatique, j’ai passé de sacrés bons moments sur les planches.

Et vous alors, vous lisez quoi en ce moment ? Dites-moi tout en commentaire ou venez me retrouver sur Hardcover pour qu’on compare nos piles à lire !

Author

Blogueuse depuis 2009. Partage son temps entre les BD/Comics, les jeux vidéo, les séries TV, le cinéma et les podcasts.

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