On va se dire les choses franchement : quand j’ai vu arriver Le Royaume sans nom, j’ai eu très envie de sauter dessus. Un nouveau récit avec des animaux en costumes ? Après les 5 Terres, Blacksad, De Capes et de Crocs ou encore Solo, j’avais très envie de découvrir cette nouvelle BD. Et puis le temps a passé, je l’ai mise de côté en attendant que la trilogie sorte complètement et en mai 2025 elle s’est terminée.
J’ai enfin pris le temps de lire les 3 tomes, et j’ai pris un immense plaisir à me faire balader par les auteurs. Voici pourquoi vous devriez laisser une chance à cette trilogie, maintenant qu’elle est complète et disponible.

Un démarrage classique mais ultra efficace
Le premier tome pose des bases connues : un vieux roi fatigué, une reine mère cruelle et un héritier qui semble plus intéressé par sa sieste que par la couronne. C’est du classique, mais c’est fait avec une élégance folle. On rentre directement dans le vif du sujet sans subir des pages entières d’explications laborieuses.
L’effort sur le bestiaire est aussi super gratifiant : les oiseaux servent d’éclaireurs, les singes sont des assassins agiles… Il y a un vrai sens des proportions, comme lors de la scène du bal où l’on voit des éléphants gigantesques côtoyer de minuscules rongeurs.
La montée en puissance : le “Game of Thrones” animalier
C’est au tome 2 que j’ai vraiment accroché. Vous connaissez l’expression “il faut se méfier de l’eau qui dort” ? Elle a été inventée pour l’héritier de ce royaume. Ce personnage, qu’on pensait fainéant et un peu bêta, se révèle être un stratège politique absolument redoutable. Sa force ? Tout le monde le sous-estime.
Le scénariste Erik Hanna écrit des dialogues savoureux, un peu précieux mais jamais pompeux, qui donnent une vraie dimension tragique au récit. Les enjeux politiques sont clairs (ni trop simples, ni inutilement alambiqués) et les retournements de situation s’enchaînent sans nous laisser respirer. On sent l’influence des drames de Shakespeare : c’est violent, c’est tendu, et personne n’est à l’abri d’un coup de poignard (ou de griffe) dans le dos.

Un final “gonflé” qui change tout
Le vrai tour de force arrive avec le troisième et dernier tome. Là où beaucoup de séries s’essoufflent, Le Royaume sans nom réussit une pirouette scénaristique géniale. Les auteurs s’amusent avec nos perceptions de lecteurs : ce qu’on croyait avoir compris des “gentils” et des “méchants” vole en éclats.
C’est un véritable basculement de perspective : un simple détail sur le passé d’un personnage vient éclairer d’un jour nouveau tout ce qu’on a lu précédemment. C’est brillant, jouissif et, avouons-le, un peu frustrant de quitter cet univers après seulement trois tomes. La fin est d’ailleurs assez controversée (très “Game of Thrones” dans l’esprit), mais elle est d’une cohérence absolue avec le propos de la série sur le pouvoir et ceux qui finissent par le ramasser.
Une esthétique proche de l’animation adulte
Loin d’un style enfantin, le dessin de Redec propose une vraie maturité visuelle. On est frappé par le travail sur la lumière : les couchers de soleil baignent les personnages dans des ambiances dorées dignes d’une photographie de cinéma.
Le trait est d’une précision incroyable et le découpage est tellement fluide qu’on a l’impression de regarder un très bon film d’animation. Les visages des animaux sont vraiment très expressifs : on y lit la ruse ou la tristesse dans un simple regard. C’est un régal visuel qui donne une crédibilité folle à cet univers.

Pourquoi je vous le recommande ?
- Pour le format : Une trilogie, c’est parfait. Ça va droit au but, pas de tomes de remplissage, on connaît la fin rapidement.
- Pour le style graphique : Un trait soigné et des ambiances immersives, proches de d’animation adulte de grande qualité.
- Pour le scénario : Un jeu de manipulation intelligent qui respecte l’intelligence du lecteur.
On fonce en librairie !!