Un trajet en métro plus long que prévu et deux soirées pluvieuses m’ont permis de descendre un peu de ma pile à lire de la semaine. Des sommets brumeux de l’Himalaya, au récit intime en passant par les ruelles poisseuses de Gotham, cette sélection fait un grand écart ! Installez-vous confortablement, je vous raconte.

Himalaya Vaudou : le Père Noël est une ordure

de Fred Bernard et Jean-Marc Rochette chez Glénat

J’aime énormément les dessins de neige de Jean-Marc Rochette et donc c’était un plaisir de découvrir que Himalaya Vaudou allait ressortir dans une nouvelle édition chez Glénat, j’avais totalement raté sa sortie à l’époque. Les premières planches sont d’ailleurs très encourageantes : un dessin grand format par page, et double page, qui nous plonge immédiatement dans le froid, la neige et la beauté brute des sommets.

On y suit l’ascension improbable de trois figures politico-médiatiques venues interviewer Noël Bodombosso, un éco-terroriste adepte du vaudou qui s’est mis en tête de transformer les puissants de ce monde en animaux pour sauver la planète. Sur le fond, l’album se veut une critique de la société humaine et des destructions qu’elle engendre sur la nature.

Mais la recette ne prend pas. Ce qui partait comme une satire loufoque glisse très vite dans une charge lourde, un récit moralisateur privé de toute subtilité. Visuellement, le constat est tout aussi mitigé. Si le début et la toute fin de l’album offrent de superbes panoramas alpins, tout le milieu déconcerte par des choix graphiques déroutants. Le contraste entre le réalisme des premières pages et la folie grotesque qui s’ensuit m’a complètement sortie du récit. Une grande déception pour cette BD, je pensais que la réédition annonçait un meilleur récit.

Tongues : Une odyssée mythologique et hypnotique

de Anders Nilsen chez Atrabile

Je l’ai d’abord découvert dans un format numérique un peu étriqué, mais la claque visuelle était telle que j’ai immédiatement ressenti le besoin de me procurer le bel objet physique pour lui rendre justice. Cette relecture contemporaine du mythe de Prométhée nous transporte dans un désert intemporel où un personnage enchaîné subit son supplice, tandis qu’autour de lui gravitent un jeune orphelin armé, un singe savant et des conflits humains bien réels.

Le récit analyse avec une grande lucidité les cycles de la violence, l’impérialisme et la destruction du vivant. Anders Nilsen détourne la mythologie pour mieux évoquer les tensions de notre monde actuel, interrogeant l’incompréhension fondamentale entre les individus et les espèces. C’est un travail dense, exigeant, qui laisse une empreinte durable par la profondeur de son propos.

Je vais être honnête, j’ai mis plus de 100 pages avant d’entrer dans le récit, c’est quand même bon à savoir. Le croisement des différents récits et la complexité pour l’aborder me paraissaient insurmontables et tout d’un coup ça s’est libéré, mais soyez prévenu !

Côté dessin, c’est beau, c’est doux et agressif à la fois. Le dessin est clair, important. Le découpage très structuré impose un rythme nouveau dans la lecture, presque méditatif. Les séquences muettes sont spectaculaires, on passe du temps sur chaque page, faites-vous une idée en librairie, vous verrez à quel point c’est saisissant. Une œuvre monumentale et pourtant trop discrète qui mérite d’être découverte par tous.

Bat-Man – Second Knight : L’ombre du chevalier des années 40

de Dan Jurgens et Mike Perkins chez Urban Comics (DC Black Label)

J’avais beaucoup aimé First Night, et j’étais curieuse de me replonger dans cette version de Bat-Man. Nous sommes en 1940 : alors que le fascisme ravage l’Europe et que le spectre de la Guerre mondiale plonge Gotham dans la paranoïa, un tueur en série terrorise la ville en signant ses crimes macabres d’un nœud coulant. L’enquête de Bat-Man croise la route d’un Jonathan Crane manipulant la peur et d’un certain gaz toxique destiné aux nazis. L’affaire prend une ampleur folle quand la journaliste Lois Lane débarque à Gotham pour couvrir l’avant-première du film de Julie Madison, l’actrice et compagne de Bruce Wayne, attirant dans son sillage un Clark Kent qui offre à l’Homme d’Acier et au Chevalier Noir l’occasion de fascinants échanges philosophiques.

L’album brille par son côté historique et sa réflexion sur la montée des extrémistes. En confrontant ce Batman, les traumatismes de Gordon dans les tranchées de 14-18 et l’ombre planante du fascisme, le scénario explore la manipulation de la terreur de masse et la vulnérabilité d’une société au bord du gouffre. C’est un récit riche, intelligent, qui utilise les figures majeures du panthéon DC pour questionner la crise démocratique et l’engagement moral face à l’horreur. Genre la réflexion de Superman face à sa possible intervention dans la Seconde Guerre Mondiale…

Graphiquement, Mike Perkins réalise un travail d’orfèvre en hommage aux pulps des années trente et quarante. Son encrage sombre, lourd et poisseux colle parfaitement à la paranoïa de l’époque et aux scènes de crimes morbides. Le découpage est classique mais on ressent une vraie tension de polar noir, le tout avec un Bat-Man rétro sans gadgets et au costume à oreilles très emblématique. J’ai passé un excellent moment à découvrir ce comics.

Je prends feu trop souvent : L’embrasement intime du corps

de Charlotte Gosselin chez Station T

Attirée par la promesse d’une démarche introspective et par la sensibilité du titre, je me suis plongée dans cet album sans trop savoir à quoi m’attendre. Le récit retrace une traversée intérieure centrée sur la surcharge émotionnelle, la perception du corps et l’hypersensibilité. On suit un personnage confronté à des vagues de sensations d’une intensité débordante, cherchant à trouver sa place dans un monde souvent trop agressif.

L’autrice aborde la santé mentale et l’acceptation de soi avec une sincérité désarmante. Il y a une grande justesse dans cette manière de dépeindre la vulnérabilité non pas comme une faiblesse, mais comme un territoire de création et de résistance. L’album explore la difficulté de poser des frontières quand tout nous traverse avec fureur.

Sur le plan artistique, la proposition est d’une liberté totale. Le trait au crayon, vibrant et saturé, traduit physiquement la surchauffe des sens et l’embrasement intérieur. La mise en page affranchie des cases traditionnelles laisse le dessin déborder sur la page comme un flux de conscience. Un premier album poignant qui touche juste au cœur.

On referme la pile

Cette traversée montre une fois de plus la vitalité de la bande dessinée, capable d’osciller entre le polar historique, la fable mythologique, le voyage mystique et le journal intime le plus vibrant. C’est précisément ce grand écart permanent qui me donne envie de dévorer de nouveaux albums chaque semaine.

Et vous, quelles sont vos dernières belles lectures ?

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Author

Blogueuse depuis 2009. Partage son temps entre les BD/Comics, les jeux vidéo, les séries TV, le cinéma et les podcasts.

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