Après Loin d’elle et avant Stories We Tell, Sarah Polley proposait Take This Watlz. Le film avec un casting pourtant bien convaincant et un synopsis intriguant n’a pas bénéficié en France d’une sortie salle. Un petit scandale quand on voit les navets qui arrivent à trouver une distribution correcte alors qu’on ne laisse pas à de vrais bijoux leur chance de trouver leur public. On espère que la sortie de Take This Waltz en DVD et Blu-Ray le 15 mai corrigera cette erreur.

Take_This_WaltzTake This Waltz c’est l’histoire de Margot. A 28 ans et mariée à Lou qu’elle adore, Margot va voir toutes ses certitudes s’effondrer lorsqu’elle rencontre Daniel. L’alchimie entre les deux est immédiate mais Margot pense que ce petit flirt n’ira pas plus loin que le trajet qui les ramène au Canada. Quand elle se rend compte que Daniel est son voisin, les choses se compliquent. Que faire alors, céder à la tentation du neuf ou resister quitte à passer à côté d’une belle histoire d’amour ?

La première chose qui frappe quand on découvre Take This Waltz c’est le constat de départ. Habituellement dans ce genre de film, on part d’un postulat que celle qui va tomber amoureuse n’est pas heureuse. Ici Margot et Lou forment le couple idéal. Heureux, complices, ils pensaient finir leur vie ensemble. Oui mais la vie ne fait pas toujours ce que l’on veut et elle avait pour Margot bien d’autres projets. Margot ne fuit pas son couple et tente de lutter contre cette attirance qu’elle n’a pas choisi. Malheureusement pour elle, l’attirance est trop forte et elle va commencer à ronger son couple. C’est là toute l’ambition de Take This Waltz qui ne tombe jamais dans la facilité du genre qui reproduit le schéma Malheur / Rencontre / Bonheur. Ici tout est plus compliqué, moins évident et les sentiments plus confus.

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De même, Sarah Polley ne fait pas l’erreur de prendre parti. Alors que l’usage voudrait qu’on défende les choix de Margot, on arrive tour à tour à s’identifier à chacun des personnages et à comprendre leurs réactions. Personne n’étant vraiment parfait ou sans reproches de Margot l’indécise dont l’immense fragilité qui l’habite nous donne des frissons à Daniel qui la cherche alors qu’il la sait mariée en passant par Lou incapable de la rattraper. On comprend alors que la vie est loin d’être un long fleuve tranquille et que l’amour fait plus souvent souffrir qu’il ne rend heureux.

Il y a dans Take This Waltz une grande désespérance qui n’a pas l’habitude d’habiter des films de ce genre. Avec son affiche mignonne et son casting surprenant (Seth Rogen qu’on connait bien chez Appatow) on ne pouvait soupçonner une telle claque. Sarah Polley parvient à saisir l’insaisissable, l’indicible dans une valse langoureuse dans laquelle les corps se fondent et se mélangent pour se perdre à nouveau. Pris par le tourbillon, l’espoir ne nous est jamais trop longtemps permis. La réalisatrice parvenant à rendre à l’écran ce sentiment de vacuité, de lutte interne dans une mélancholie presque irréelle. On aimerait qu’ils soient heureux, qu’ils brulent leur vie en se criant je t’aime ou que Margot se rende compte que Lou n’était peut-être pas le bon. Sarah Polley s’en moque et va jusqu’au bout de son idée nous enlevant tout espoir d’une Happy End. Nous valsons alors en attendant que la danse s’arrête pour reprendre notre souffle.

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Assez simple dans sa mise en scène, Sarah Polley nous crèvera le coeur avec des plans d’une beauté à couper le souffle. La scène à la piscine où les amants platoniques jouent à s’effleurer ou encore celle dans le manège où les regards ne se quittent plus sont d’une intensité et d’une beauté rare. Avant Take This Waltz on ne pensait pas que Video Killed the Radio Star puisse être aussi tragique …

S’inscrivant parfaitement dans son époque, Take This Waltz donne à Michelle Williams un des meilleurs rôles de sa carrière. Lumineuse et fragile elle interprète avec un aura irréel cette femme au bord du gouffre. À ses côtés, Seth Rogen surprend par sa subtilité et montre qu’il peut faire de jolies choses quand il ne fait pas l’idiot chez Appatow. Luke Kirby, que l’on découvre ici, fait figure d’immense révélation.

Même si on voudrait voir présents plus de bonus, on est quand même séduit par le making off des plus intéressants qui vient accompagner ce très beau film. On comprend mieux les intentions de Sarah Polley et les ambitions du film.

Loin de la comédie romantique classique, Take This Waltz ressemble à un Feel Bad Movie. Rarement un film n’avait dépeint la complexité des rapports amoureux avec une telle force et un tel réalisme. On n’en ressort un peu sonné, un peu perdu, ne sachant plus trop si on doit ou non croire à l’amour. Beau et puissant. Lumineux et tragique.

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Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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