Après plusieurs semaines à jongler entre les sorties, voici enfin le temps de vous parler de ma dernière pile de lecture. Au programme cette fois : du super-héroïsme crépusculaire, une amitié qui bouscule tout, un drame aérien dans le ciel de la Seconde Guerre mondiale et un témoignage intime sur la dépression et la guérison. Une sélection éclectique, à l’image de mes étagères. Installez-vous confortablement, je vous raconte.

Daredevil : Enfer Glacé : Le crépuscule d’un héros
de Charles Soule et Steve McNiven chez Panini Comics
Charles Soule renoue avec Matt Murdock pour ce qui ressemble à un baroud d’honneur, ouvertement inspiré de The Dark Knight Returns. On retrouve un Daredevil vieilli, dépourvu de ses pouvoirs depuis longtemps, dans une New York en ruines qu’il a fini par abandonner. Une explosion radioactive lui rend temporairement ses facultés, et Captain America le rappelle au combat pour une dernière mission : protéger une jeune fille d’un Bullseye devenu plus redoutable que jamais.
Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont le scénario refuse la surenchère gratuite pour se concentrer sur une introspection spirituelle très ancrée dans la mythologie catholique du personnage. La foi, la justice, la question de savoir ce qu’on doit encore au monde quand on n’a plus rien à y gagner : Soule prend le temps de poser ces questions plutôt que de les esquiver. Le résultat est une réflexion crépusculaire plus que nostalgique, portée par un dessin de Steve McNiven sombre et viscéral qui colle parfaitement au propos.

Montagnes russes : L’amitié qui bouleverse tout
de Gwénola Morizur et Camille Benyamina chez Grand Angle (Bamboo Édition)
Aimée et Jean rêvent d’un enfant, mais les tentatives de PMA s’enchaînent et se soldent par des échecs répétés. À la crèche où elle travaille, Aimée croise le chemin de Charlie, mère célibataire de trois enfants, et se lie d’amitié avec l’un d’eux. De cette rencontre naît une connexion inattendue entre les deux femmes, de celles qui n’étaient prévues nulle part et qui finissent par tout redistribuer.
Le titre résume bien le programme : une histoire faite de hauts et de bas, où le désir d’enfant, le deuil d’un projet de vie et la force insoupçonnée de l’amitié se répondent sans jamais sombrer dans le pathos facile. Gwénola Morizur écrit avec une sincérité qui évite les grands discours, et le dessin de Camille Benyamina accompagne cette montée en émotion avec beaucoup de douceur. Une lecture qui prend par surprise, et qui reste en tête bien après la dernière page.

This is London Calling : Dans le ciel de la RAF
de Caryl Férey et Alex Mach chez Glénat
Louise est acrobate et mécanicienne, passionnée d’aviation. En 1940, après la débâcle française, elle perd les siens et fait un choix radical : se faire passer pour un homme afin de s’enrôler dans la Royal Air Force. Sous l’identité de “Louis”, elle devient pilote de chasse et découvre la camaraderie de trois officiers anglais, un amour qu’elle doit taire, et la violence brute des combats aériens.
Caryl Férey signe un roman graphique qui tient autant du récit de guerre que du portrait intime, celui d’une femme qui doit se dissimuler pour exister pleinement dans un monde d’hommes. La trajectoire de Louise, de l’acrobatie aux carlingues, est traversée par une tension permanente entre l’ivresse du vol et la brutalité de la guerre, jusqu’à en faire un vibrant hommage à une génération sacrifiée. Le dessin d’Alex Mach donne au ciel autant de présence qu’aux visages, ce qui n’est pas rien pour une histoire qui se joue autant dans les airs que dans les silences.

La Voie des dieux : Un chemin vers la guérison
de Julie Dachez et Mlle Caroline chez Glénat (service de presse, sortie le 23 septembre 2026)
Julie Dachez y raconte son propre parcours face à une dépression chronique qui résiste aux thérapies et aux traitements médicamenteux successifs. Le déclic survient un soir, devant un reportage sur les effets bénéfiques de la psilocybine, le principe actif des champignons hallucinogènes, sur la dépression sévère. « Le chemin le plus long est celui qu’on fait jusqu’à soi » : c’est peu dire que ce saut dans l’inconnu donne le ton du récit.
Ce qui fait la force de l’album, c’est l’équilibre trouvé entre la gravité du sujet et une autodérision constante qui allège sans jamais minimiser la souffrance traversée. Julie Dachez ne cherche pas à vendre une solution miracle : elle raconte le doute, les hésitations, les faux départs, jusqu’à sa retraite de psilocybine en Jamaïque, avec une honnêteté qui fait du bien. La première fois que “Dieu” est évoqué, j’ai serré les dents, mais plus loin elle revient sur l’utilisation de ce mot et j’ai mieux compris.
Le dessin de Mlle Caroline, qui intègre par endroits des explications scientifiques directement dans la narration visuelle, ajoute une vraie dimension pédagogique sans jamais casser l’intimité du témoignage.
Petit supplément d’âme pour qui suit les deux autrices : c’est aussi des retrouvailles, dix ans après leur collaboration sur La différence invisible (2016). On sent cette complicité à chaque page, et l’envie commune, assumée, d’« apporter leur pierre à la renaissance psychédélique ». Un album nécessaire sur un sujet encore trop peu traité en BD, à mettre entre toutes les mains dès sa sortie le 23 septembre.
On referme la pile
Et voilà pour cette sélection, entre superhéros fatigués, amitiés salvatrices, ciel de guerre et quête de guérison. Et vous, quelles sont vos dernières belles lectures BD ?
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