Toujours pendant les vacances, j’ai profité du calme normand pour bouquiner le soir. Cette fois encore la lecture est variée, passant d’un portrait intime d’une cinquantenaire à un voyage punk et hanté, sans oublier un drame zombie touchant et une aventure écolo-spatiale. Installez-vous confortablement, je vous raconte.

La nuit retrouvée : le tendre portrait d’une liberté retrouvée
de Lola Lafon et Pénélope Bagieu chez Gallimard BD
J’étais très curieuse de voir ce que donnerait la rencontre entre la plume engagée de Lola Lafon et le trait vif de Pénélope Bagieu. J’en avais entendu beaucoup de bien mais pas encore eu le temps de le parcourir. Et le résultat est un véritable petit bonbon à déguster, une ode aux femmes de plus de 50 ans et à leur droit d’avoir des désirs, loin des clichés.
L’histoire commence simplement : Hélène réunit ses trois grands enfants dans sa maison des Landes pour fêter son anniversaire. Alors que les garçons vont se coucher ou sortent faire la fête, Hélène reste seule avec sa fille Faustine. Au fil des discussions et des souvenirs de vacances ravivés, la mère finit par lui confier une parenthèse intime vécue des années plus tôt lors d’un championnat de surf à Hossegor, une rencontre qui aurait pu tout faire basculer.
Ce qui rend cet album particulièrement jouissif, c’est le décalage savoureux entre ce qu’Hélène choisit de révéler pudiquement à sa fille et ce que le dessin nous montre de la réalité. On explore toute la charge mentale d’une maman solo qui, le temps d’un été, décide de s’offrir un pas de côté.
Graphiquement, le style de Pénélope Bagieu gagne encore en maturité. Ses couleurs vives, joyeuses et pleines de sensibilité apportent une énergie folle à ce récit. C’est court, c’est drôle, infiniment délicat et ça aborde sans tabou la vie sentimentale des femmes mûres. Une très belle réussite à offrir ou à s’offrir.

Home Sick Pilots : entre punk 90’s et maison hantée
de Dan Watters et Caspar Wijngaard chez Urban Comics
Changement d’ambiance radical avec l’intégrale de Home Sick Pilots, scénarisée par Dan Watters chez Urban Comics. Si vous aimez l’esthétique des années 90, la musique punk et les monstres géants, cette lecture de 400 pages va carrément vous régaler.
On y suit Ami, la chanteuse d’un groupe de rock lycéen qui cherche un lieu mémorable pour organiser un concert. Elle jette son dévolu sur la “Old James House“, une bâtisse hantée légendaire réputée pour tuer ses visiteurs. Mais en s’y aventurant, Ami ne meurt pas : la maison la choisit pour devenir son hôte. Dépouillée de ses artefacts magiques des années plus tôt, la demeure charge la jeune fille de parcourir la Californie pour tous les retrouver, transformant la bâtisse en une sorte d’armure mécha hantée.
Dan Watters réussit un savant mélange entre le récit de fantômes traditionnel et le sous-texte très fin sur le deuil et les traumatismes de l’adolescence. Le tout est porté par une énergie authentiquement punk qui refuse les solutions trop faciles.
Visuellement, Caspar Wijngaard livre une prestation fantastique avec une palette de couleurs ultra-saturée avec des roses néon et des verts spectraux qui jaillissent sur fond noir. C’est dynamique, visuellement bluffant et terriblement efficace de bout en bout.

Tout ce qui meurt & agonise : la beauté tragique du deuil
de Tate Brombal et Jacob Phillips chez Urban Comics
Il y a des récits de zombies qui cherchent à faire sursauter, et d’autres qui préfèrent serrer le cœur. Cet album écrit par Tate Brombal fait clairement partie de la seconde catégorie en proposant un angle d’une grande humanité sur l’apocalypse.
Dans une communauté agricole reculée des États-Unis, Jack Chandler est le seul humain épargné par une terrible épidémie. Mais plutôt que de massacrer ses voisins ou de fuir, Jack s’accroche désespérément à son quotidien : il continue d’entretenir sa ferme et de s’occuper de son mari et de sa fille adoptive, tous deux transformés en mort-vivants. Convaincu qu’une étincelle d’humanité réside encore en eux, il répète les gestes d’avant, une éternelle routine. Jusqu’au jour où un groupe de chasseurs débarque avec la ferme intention de purifier la zone.
J’ai adoré le twist autour du comportement de Jack, qui s’efforce de nourrir et de protéger sa famille contaminée pour préserver un semblant de normalité. L’album fonctionne par diptyques, juxtaposant des souvenirs lumineux du passé avec la réalité sombre du présent.
Le travail de Jacob Phillips aux dessins est superbe, mêlant le lugubre à la beauté sauvage de la nature. On s’attache terriblement à ce père prêt à tout pour protéger son foyer, ce qui rend l’invasion des intrus d’autant plus poignante. Une histoire courte, sombre et poignante sur l’incapacité à dire adieu.

Ce qui se cache derrière les étoiles : un envol poétique et écologique
de Julien Josselin et Manon Dubreuil chez Glénat BD
On termine sur une note plus douce et aérienne avec Ce qui se cache derrière les étoiles, un roman graphique imaginé par le vidéaste Julien Josselin(Suricate, Golden Moustache) et illustré par Manon Dubreuil.
Dans un futur où les voyages interstellaires ont poussé l’humanité à déserter la Terre, Camille fait partie des rares jeunes à encore vivre sur la planète bleue. Pompiste pour vaisseaux de passage, cette jeune recrue passe ses journées au milieu de la ferraille mais ne rêve que d’une chose : devenir pilote et rejoindre les étoiles. Quand l’opportunité de passer le concours de la toute dernière école de pilotage se présente, c’est le moment de tenter le tout pour le tout, malgré le refus de sa “Mamm”.
Derrière ce scénario d’apprentissage touchant, Julien Josselin aborde avec beaucoup de finesse des sujets actuels comme l’épuisement des ressources, la quête d’identité et la peur de l’échec. Le personnage de Camille, comparé à un Kakapo (oiseau doté de grandes ailes mais incapable de voler), est immédiatement attachant.
Au dessin, Manon Dubreuil signe des planches tout en rondeur avec une mise en couleur réconfortante qui apporte un pep’s formidable à l’aventure. C’est un album lumineux, écologique et poétique qui rappelle qu’il faut toujours oser rêver en grand, même quand le sol semble se dérober sous nos pieds.
On referme la pile
Encore une belle sélection, et il m’en reste encore pas mal à vous faire découvrir dans les jours qui viennent. Et vous, quelles sont vos dernières BD coup de coeur ?
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