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[Ciné] Rencontre avec Matt Ross pour Captain Fantastic

Il y a quelques semaines, nous avons eu la chance d’interviewer Matt Ross, le réalisateur du film Captain Fantastic qui a été notre coup de coeur du mois, voire de l’année. Lors d’une table ronde avec nos amis de Bulle de culture et CinéClubMovies nous avons donc posé nos nombreuses questions à un homme chaleureux, curieux, bavard et tout simplement passionnant. Du cinéma indépendant aux films Marvel en passant par son enfance particulière, ses méthodes de tournage et la politique américaine, le réalisateur nous livre ses secrets et se confie sur ce qu’il pense de la société d’aujourd’hui:

Vous avez un style bien à vous et reconnaissable, surtout dans vos scènes d’ouverture et de fermeture de film. D’où vous vient ce style cinématographique ?

M.R: Je ne sais pas… Les scènes d’ouverture et de fermeture sont primordiales dans un film. Dans ces scènes on ne s’inspire pas vraiment de ce que les autres ont fait mais on se tourne plutôt vers son histoire. On se demande « qu’est-ce qui est important dans la journée de celui que je filme ? ». La scène de fin doit faire écho à celle du début pour clore le tout. J’aime l’idée d’ouvrir et fermer des portes avec un film, même si à la fin j’aime laisser le doute sur une autre porte qui s’ouvre. Ce n’est ni heureux ni triste ces moments là, c’est simplement une réflexion sur le film entier, sur la vie de ces personnages. En tout cas dans ce film, je savais exactement où je voulais aller dès le début !

Est-ce que c’était dur d’écrire des personnages comme celui de Viggo Mortensen sans qu’il paraisse moralisateur ou au contraire le faire passer pour une mauvaise personne ?

M.R: Non, c’était mon intention d’ailleurs qu’il soit ni l’un ni l’autre ou en tout cas pas de façon claire. Je préfère les films où il n’y a pas de vrai héros avec un profil tranché. Ce sont des films plus complexes et proches de la réalité. C’est aussi plus dramatique ! On croit comprendre un personnage et d’un coup il vous surprend ou vous déçoit et il vous parait encore plus humain. C’était ce que je souhaitais avec Jack, qu’on se pose des questions sur cet homme et ce qu’il fait, sans pouvoir le cerner tout de suite. Il y a beaucoup de gens comme Jack dans la vraie vie. Ils souhaitent toujours faire au mieux, même si ça ne ressemble pas à ce que nous ferions. Ça ne veut pas dire que c’est mieux ou moins bien… J’ai montré 3 types d’Amérique dans mon film: dans la nature, en banlieue/ville et dans les quartiers riches. Mais tous son fondamentalement humains et intelligents. Il n’y a personne au-dessus d’un autre.

Parlons religion, comme dans le film ! Vous vous y moquez gentiment des chrétiens… avez-vous grandi en tant que tel ?

M.R: Non ma mère est bouddhiste. Mais je n’ai pas été élevé dans un cadre religieux précis. J’ai été à l’église parfois et à plein de cérémonies religieuses différentes. Par contre, contrairement à ce que certains ont vu ou dit, mon film n’est pas anti-chrétien ! Je voulais juste montrer qu’aux Etats-Unis il n’y a pas de séparation entre l’église et l’état. Je ne vois pas de politicien français parler de son amour sans faille pour Jésus Christ. Ils l’aiment peut-être mais n’en parlent pas pour gagner une élection. Chez nous, vous ne pouvez pas être président si vous n’êtes pas fondamentalement chrétien. C’est triste, car le mythe américain raconte que vous pouvez être ce que vous voulez aux USA, dans ce melting pot ouvert à tous. La réalité, c’est que seuls ceux qui aiment Jésus Christ peuvent réussir et être représentés. C’est une tragédie… Mon film parle juste d’enfants qui ont compris ce problème et qui rejettent cette façon d’agir pour prouver que c’est stupide et dangereux.

Justement, avez-vous eu des réactions violentes aux USA après les projections de votre film sur ce sujet que l’on sait sacré au pays de l’Oncle Sam ?

M.R: Pas en terme de critique non. Les gens qui sont concernés par ce genre de questions ne vont pas beaucoup au cinéma à mon avis (rires). Mais j’ai été au courant de certains mauvais retours oui. Déjà parce que quand j’assiste à des Q&A les gens me posent des questions là-dessus. Ensuite, parce qu’il y a les critiques de film. Après Sundance, j’ai arrêté de les lire car ce n’est pas bon pour ma santé ! Si vous aimez mon film je vais bien mais si on aime pas je pense tout de suite que vous avez raison et que j’ai fait un très mauvais film. Et je suis dévasté. Mais j’ai entendu et lu ce que les gens ont aimé et moins aimé dans mon film. MAIS il y a quelque chose qui s’appelle les réseaux sociaux… Twitter notamment. Après une projo, en festival, des centaines de tweets tombent et vous ne pouvez pas les ignorer. Je ne les cherche pas mais on m’a forwardé quelques tweets, très peu, en réaction à ce sujet là. Je pense que les gens ont compris mon intention. Tout le monde sait que mon personnage principal est plus du genre à donner une Bible, un Coran et une Torah à ses enfants et à les laisser choisir !

Ecrivez-vous selon vos acteurs et comment les préparez-vous avant de tourner ?

J’ écris toujours mes scripts pour être sûr que ça fonctionne si c’est écrit et joué tel quel. Et j’espère ensuite toujours que le jeu d’acteur fera la différence. Mais je ne peux pas espérer d’une actrice de 8 ans qu’elle me sorte une punchline qu’elle apportera d’elle-même. Dans le cas des enfants, j’ai tout écrit précisément comme je le voulais. Mais je ne veux jamais qu’on me livre une performance entre « action » et « coupez ». Du coup je n’éteins pas ma caméra. Je laisse tourner durant les dialogues et on teste plein de choses. Je n’ai pas de règle de tournage particulière, chacun gère comme il préfère.

Je prépare mes acteurs avant le film, jamais avant les scènes ! Je déteste dire à mes acteurs ce qu’ils doivent faire et comment juste avant de les faire tourner. Je préfère qu’ils me donnent leur version de leur personnage. Et au besoin je demande une autre version. J’aime ce que David Fincher dit à ce propos « Nous dépensons tellement d’argent et d’énergie à réunir tout le monde ici aujourd’hui, alors explorons tout ce qu’on peut explorer au maximum ».

Comment produit-on un film indépendant aujourd’hui ? Vous trouvez ça plus dur qu’avant ?

M.R: Je pense que le modèle de production des indépendants est viable mais que l’échelle de production a changé. Ce qui était un film à 10 millions de dollars doit se faire maintenant avec 2 millions de dollars. Le ciné indépendant est vibrant mais les gens qui le font ne gagnent pas d’argent. Et plus vous vieillissez, plus c’est dur de faire quelque chose qui ne vous fait pas vivre. Ce qui n’existe vraiment plus, c’est qu’à l’époque quand on faisait un film à 2 millions, les studios disaient « Génial, j’adore votre idée, vous voulez bien refaire le même film à 20 millions, qu’on vous donne, pour nous ? ». Aujourd’hui on n’évolue plus avec son film dans le ciné indé. SAUF…si vous faites un film Marvel. Jon Watts, Marc Webb…ils ont réussi car après leur film indé ils ont fait un Marvel. Le problème c’est si faire un film Marvel ne vous intéresse pas… Dans ce cas aujourd’hui vous vous tournez vers HBO, Amazon et Netflix qui vont vous laisser faire le film que vous voulez. En fait, la télé récupère tous les bons films et bons réalisateurs indépendants ! Prenez « Stranger things », c’est génial ! Et pourtant on dirait un vieux film de genre des années 80, découpé en épisodes. Beaucoup de gens autour de moi se tournent désormais vers la télé qui tient les promesses que le cinéma tenait dans les années 70. Car aujourd’hui les studios veulent qu’un film qui a coûté 1 million rapporte 1 milliard. Et qu’il soit adapté aussi bien pour les USA que pour l’Europe et le marché chinois par exemple. Du coup forcément, tous ces films finissent par se ressembler. Quand on fait des films pour tout le monde, on finit par les faire pour personne…

Mais si demain on vous donne 50 millions, vous continuez vraiment à faire du film indépendant ?

M.R: Si je peux faire ce que je veux comme je veux, oui ! Faire des films c’est une question de temps et d’argent. L’argent détermine le temps qu’on a pour en faire. Et le temps qu’on a détermine la qualité de ce qu’on fait. Prenez Inception, c’est un film artistique à 200 millions de dollars. Donc oui c’est possible de faire du ciné indé avec beaucoup d’argent ! Mais je ne pense pas que je ferai un Captain Fantastic version… Captain avec des supers pouvoirs (rire). En plus je trouve que les films de super-héros s’essoufflent. Même si Deadpool a montré qu’il peut y avoir des genres dans les genres. J’aime cette idée que demain on peut voir arriver des films d’horreur de super-héros par exemple. Tout ce que je sais c’est que je ne veux pas faire ce qui a déjà été fait et vu plein de fois. Pour l’instant, j’écris 3 choses en même temps et ce sont 3 films de « genre ».

Cela dit, prenez Star Wars, ça se réinvente toujours ! Parce que les studios sont aussi intelligents pour employer de bons réalisateurs innovants. J’ai hâte de voir ce que fera Rian Johnson. je serais partant pour faire un Star Wars bien entendu. Mais ce n’est pas du tout un but.

On se demandait: quelle est votre vision de la société actuelle vous qui avez grandi loin de la télévision alors que vous faites désormais partie de ce star system ? Est-ce que vous subissez tout cela ?

M.W: Je lutte beaucoup oui. Vous savez, je suis accro à mon portable. Alors comment enseigner à mes enfants à ne pas l’être ? Nous luttons tous pour trouver une juste balance et la modération. J’ai choisi de ne pas être sur les réseaux sociaux parce que je trouve que je suis déjà assez accro à Internet et que j’y passe trop de temps, je m’y perds. Mais je sais qu’il y a des choses incroyables sur les réseaux sociaux, dans le bon sens. C’est une vraie fenêtre sur le monde. Plus que la presse. Tout ceci est en fait un ensemble d’outils, de moyens. A nous de décider ensuite ce qu’on fait de ces outils… Un couteau est un outil. Qui peut faire de belles choses et nous permettre de nous nourrir mais qu’on peut choisir d’utiliser autrement.

J’autorise mon fils de 9 ans à jouer aux jeux vidéo car je pense que certains jeux développent l’imagination avec des décors et des histoires incroyables. Mais je ne l’autorise pas à jouer à des jeux qui se résument à tuer bêtement des gens. Idem pour l’information. Mon fils m’a demandé récemment ce qu’était ISIS. Je lui ai expliqué clairement. Mais je n’ai pas à lui montrer des vidéos de décapitation pour ça. Oui, tout est vraiment question de modération selon moi. Il faut aussi un peu de tout. Un peu de lecture, aller jouer dehors, se renseigner sur internet, vivre avec son temps, utiliser le meilleur de tout… Ne faire que jouer aux jeux vidéo c’est mal, mais ne faire que vivre dans les bois loin de tout aussi. Il faut confronter nos enfants à la vie réelle avec tout ce qu’elle offre. C’est juste qu’il faut beaucoup de volonté pour le faire dans la mesure du raisonnable !

Et c’est ainsi que s’achèvera cette rencontre passionnante avec un passionné, qui aura été faite avant que le public du Festival de Deauville consacre le film et lui offre plusieurs prix, dont celui du public, amplement mérité selon nous !

Alors si ce n’est pas encore fait, foncez voir ce Captain Fantastic que Mars Distribution nous offre dans les salles de ciné en ce moment.

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