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Interview de Jarry : Rencontre atypique avec l’humoriste !

Après avoir assisté au spectacle Jarry Atypique, nous avons eu la chance de rencontrer l’artiste (et son chien Youpi) pour lui poser des questions sur lui, son passé et son avenir. Une rencontre qui s’est avéré passionnante, drôle…et émouvante.

Jarry Youpi

Ton parcours avant d’être humoriste ?

J’ai la chance d’être né dans un petit village de l’est de la France que personne ne connaît.  Ce genre de village où il y a 500 habitants dont 480 de plus de 60 ans… J’étais donc amené à partir très vite. Toute ma famille est viticulteur, j’étais destiné à l’être aussi mais depuis tout petit je rêvais d’autre chose : le chant, la danse, le théâtre. Mais j’ai fait des études classiques, j’ai travaillé, même si le théâtre a toujours été au cœur de ma vie. Je m’occupais d’élèves en grande difficulté dans les lycées professionnels. J’ai beaucoup utilisé le théâtre pour apprendre à ces élèves à manier le français, leur donner envie d’écrire. Un jour j’entends parler d’une audition à Paris, et je me suis lancé par envie de quitter cette vie. Et j’ai été pris.

Mais mon arrivée à Paris ce fut un « Indien dans la ville ». Je me rends compte qu’ici il y a des blacks, des gays, des asiatiques, des gens qui s’habillent bizarrement, etc. J’ai 21 ans mais je me prends une claque de vie. Je disais bonjour à tout le monde, personne ne me répondait ! De fil en aiguilles je rencontre des metteurs en scène puis passe l’audition pour le film de Didier Bourdon : « Bambou ». A la fin de l’essai, Didier me dit qu’il ne me veut pas comme figurant sur une journée, mais qu’il veut que je joue son meilleur ami pendant 20 jours de tournage. Durant ce tournage, il me répétait qu’il me trouvait drôle et en parallèle je faisais de la danse hip-hop et je jouais aussi dans des pièces de théâtre classiques. Mais c’est Didier Bourdon qui m’a dit « Tu devrais faire de l’humour », et un jour j’ai écrit le sketch des majorettes. Rozon le lit, le voit et me propose d’aller le jouer à Montréal pour le festival « Juste pour Rire ». Quand j’en reviens, je sais que c’est ce que je veux faire.

Mais cette semaine-là, j’ai un rendez-vous chez Pôle Emploi qui me propose une formation de boucher… Ce conseiller Pôle emploi me dit «  On est amené à faire 7 métiers dans notre vie, donc il ne faut pas chipoter ». Mon spectacle était né. Je me suis noté tous les métiers que je ne me serais pas vu faire. J’ai appelé des personnes qui exerçaient ces métiers pour leur demander de les tester pendant quelques jours. Je me suis retrouvé face à des situations cocasses dont j’ai eu envie de parler. Car c’est en testant ces métiers que j’ai cassé des clichés que j’avais moi aussi sur certaines professions. Ça correspond à qui je suis. Je sais qu’en me regardant les gens se disent « Ohlala il est extravagant, féminin, c’est qu’un gros PD ! » mais je veux leur montrer qu’il y a autre chose derrière les apparences à chaque fois. Je crois que le défi de chacun aujourd’hui, c’est d’aller vers les gens qui nous sont le plus opposés, car on se ressemble trop. Et pourtant, en sortant de mon spectacle les gens me disent « c’est drôle je me suis reconnu ». C’est normal, on a tous eu des galères, on a tous subi des moments durs et d’autres plus légers. Concentrons-nous plus sur ce qui nous rapproche que sur ce qui nous divise !

Voilà, promis je ferai plus court sur les autres réponses ! (rires)

Tes inspirations ? 

2 choses : les enfants pour leur regard sur le monde avec leur naïveté, et mes propres réactions. J’ai trop de réactions qui ne sont pas adaptées à l’endroit où je suis… Je n’ai pas peur de mes émotions, mais ça surprend toujours les gens. Le quotidien, la bêtise humaine sont aussi des sources d’inspiration qui me font rire ou m’énerve. Tu vois, c’était court cette réponse !

C’est quoi l’avenir pour toi ?

C’est l’Européen d’abord. Une salle mythique dans laquelle je serais encore plus proche des gens. Ensuite, tourner en province pour aller à la rencontre des gens, et pas que dans les grandes villes. Je veux aller à la découverte des réactions du public à mon spectacle en dehors de Paris, je n’ai pas peur qu’on me critique. Enfin, j’aimerai écrire un deuxième spectacle façon « Jarry à l’étranger ». J’adore voyager et comme forcément quand je vais au bout du monde j’y vais avec mes codes…j’ai déjà beaucoup d’anecdotes très drôles à raconter ! Par exemple au Maroc, quand j’ai vu que les mecs se tenaient tous la main je me suis dit que j’étais au Paradis. Mais en fait non…(rires) Ce serait aussi un moyen encore une fois de dire aux gens de ne pas avoir peur d’aller vers l’inconnu. Il ne faut jamais s’interdire d’être ce qu’on est et de vivre ce que l’on veut vivre.

Ton spectacle laisse beaucoup de place au dialogue avec le public, ce qui nourrit l’improvisation chaque soir. Est-ce que tu as déjà été confronté à des gens qui ont mal réagi à tes remarques durant le show ? Et comment fait-on si jamais le spectacle ne « prend pas » avec la salle ?

Premièrement : il y a très peu d’impro dans mon spectacle, tout est calibré, même quand ça semble être de l’impro. Ensuite, au sujet des gens que je choisis en « victime », j’ai la chance de pouvoir sentir facilement si avec eux je peux aller plus loin ou non. Ce qui fait que parfois quand je passe dans les rangées je saute des gens car je sens qu’ils ne sont pas à l’aise, et je respecte ça. Mais je veux aussi que les gens tremblent et se disent « Oh lala est-ce que ça va tomber sur moi ? », parce que cette insécurité est nécessaire. Un spectacle doit être une vraie aventure et une expérience inattendue à chaque fois ! Après tout un spectacle ça coûte cher alors on ne vient pas pour être passif et ne rien vivre. En plus j’estime, vu mon personnage, que j’ai de quoi me moquer des autres, vu comment je peux me moquer  de moi-même ! Ce qui est intéressant ce n’est pas ce qu’on dit, c’est l’intention qu’on y met derrière. Si je te dis que tu es une grosse pute mais que tu vois dans mes yeux que c’est faux et que c’est bourré d’affection, tu ne le prendras pas mal. Le public sait faire la différence, ils comprennent mon intention derrière.

C’est arrivé une seule fois qu’un spectateur réagisse mal. Enfin il avait mal pris ma sexualité surtout. Il est sorti en me traitant de sale PD. Mais j’étais juste content qu’il s’en aille en fait. Je n’accepte pas 3 choses : l’injustice, le manque de respect et la bêtise humaine. Donc je laisse partir les cons. Mais ça n’est jamais arrivé que mes blagues fassent un four en revanche. Si ça s’était produit, j’aurais très vite arrêté les interactions et blindé le spectacle pour être en « sécurité ».  Mon pari ce n’est pas de me moquer des autres, c’est de les faire rire en faisant passer un message, c’est ce qui fonctionne. La seule personne dont je me moque dans mon spectacle c’est moi !

Tu fais des références à Dragon Ball et Sailor Moon dans le spectacle. Quel est ton rapport avec les dessins animés japonais ?

J’A-DORE ça. Je suis un véritable fan de Miyazaki. C’est tout ce que j’aime. Des histoires pour adultes avec toute l’émotion de l’enfance. Je trouve les japonais beaucoup plus forts pour exprimer leurs émotions en film. Et Sailor moon…j’ai passé mon enfance à croire que j’avais des pouvoirs comme elle, et Dragon Ball vole !

Et pas les Chevaliers du Zodiaque ? Qui a été catalogué comme étant un « dessin animé adoré par la communauté gay »…

Ah oui ? Mais moi à l’époque je ne l’étais pas, c’est pour ça j’ai pas tous les codes ! Je n’ai su qu’à 24 ans que j’étais gay. Avant j’ai eu plein de copines, je les aimais. J’adore les corps de femmes d’ailleurs, je trouve ça magnifique. Mais je n’ai juste pas envie de leur faire l’amour tous les jours…

Tu es fan de Buster Keaton, pourquoi ?

Il a formé Chaplin. Ce que j’aime chez lui c’est que tout le monde se moquait de sa différence. Il était trop grand, pas assez beau et pourtant il a créé le mime, a inventé le rythme de la comédie, on lui doit tout. Il exprimait tout par le corps, j’ai beaucoup travaillé là-dessus en danse notamment. Pour moi on n’a pas fait mieux aujourd’hui que lui.

Tu aimerais refaire du cinéma ?

Oui, mais je ne veux pas qu’on me propose des rôles de gros gays tout le temps. Je sais faire autre chose… J’aimerais beaucoup tourner avec Foresti, Besson, le réalisateur de « Babysitting ». J’adorerais être dirigé par une femme sur un rôle un peu dur aussi, genre un toxicomane ou un mec violent. J’ai l’habitude de diriger et mettre en scène des gens, alors je rêve qu’on vienne me voir pour me dire « Voilà ce que je vois chez toi, et ce qu’on peut te faire faire ». Mais en France, on a du mal avec les étiquettes… Sauf Coluche qui y est allé par la force et a réussi à bousculer tout ça avec Tchao Pantin. Mais maintenant si tu as atteint un certain niveau de notoriété ça t’ouvre les portes car on sait que ton nom fera X millions d’entrées en salles peu importe tes compétences. C’est devenu de l’économie, c’est dommage…

Tu as fait du théâtre, de la mise en scène, de la télé, de l’humour…le but c’est de continuer ce mélange ou tu as une préférence pour l’un d’entre eux ?

Je n’ai pas trop de but dans ma vie si ce n’est d’être heureux. Je me demande si ça m’amuse et si ça me donne envie de me lever le matin et si j’en suis heureux, c’est tout bon. J’aimerais bien réaliser aussi…je suis hyperactif en fait je crois. J’ai toujours peur d’avoir du temps où je ne fais rien.

Dans tout ça, à quel moment est arrivée la mise en scène justement ?

Très tôt, j’ai fait de la danse hip-hop pendant 17 ans et je chorégraphiais l’ensemble. J’ai toujours été celui qui allait vers les autres pour leur dire « Je trouve que tu es capable de faire plein d’autres choses, tu devrais tester ça ». J’ai peur que les gens qui m’entourent passent à côté de leur vie. Je suis le genre d’ami horrible qui te regarde et te dit franchement « Toi tu vas pas bien en ce moment je le sais ». Je sais que c’est un luxe de penser comme ça, mais on ne vit qu’une fois et il faut en profiter.

Tu aimerais participer à une émission de télé-réalité ?

Tout le monde veut que je fasse « Danse avec les stars ». Ça me plairait ! Mais celle que j’adorerais faire c’est Koh Lanta. D’abord je vais perdre du poids. Ensuite je serais en slip toute la journée, et en plus je suis un vrai fan de plongée. Après j’aurais du mal à faire face à la méchanceté des gens je sais. Mais je fais déjà pas mal d’émissions de télé en tous genres, ça me plait beaucoup ! Cela dit si tu peux me pistonner pour Koh lanta, vraiment, je prends. Sinon j’attends que DALS me propose, surtout que Fauve est une très bonne amie, on a fait une vidéo tous les deux.

Que pensent les 488 personnes de ton village de ta réussite ?

Oh beaucoup sont déjà morts j’imagine ! (rires) Les gens me voient à la télé donc ils pensent que je suis riche. Je viens d’une famille très pudique, donc ma mère m’appelle parfois pour me dire « Pourquoi t’as enlevé ton pantalon à la télé encore, il y a la voisine qui est venu me voir, la honte ! ». Je pense que les gens sont contents. Quand j’étais petit j’étais très renfermé, à la limite de l’autisme jusqu’à mes 14 ans, les gens du village me voyaient comme ça, ils ne pensaient pas que j’y arriverais du coup. Je trouve ça terrible de penser ça en fait, même si je sais que c’est parce qu’ils s’inquiétaient aussi pour moi dans cette jungle parisienne.

D’où tiens-tu ta force et ton énergie sur scène ?

(Il fait une longue pause, ému) Ma force, c’est que j’ai la « chance » d’avoir vécu une histoire de vie assez dure. (Il fait de nouveau une pause) Quand j’avais 21 ans, mon père a été atteint d’une tumeur au cerveau et je l’ai accompagné jusqu’à la fin. J’ai eu la chance qu’il meure dans mes bras. Et quand tu vois pour la première fois un corps s’arrêter de respirer tu te dis que toi, tant que tu peux le faire, tu dois le faire à fond. Donc je respire, et je dis aux gens qu’ils doivent le faire. Car souvent, on oublie qu’on a l’essentiel : la vie. On peut faire des choix. Et mon énergie, elle est là.

Pardon j’ai cassé l’ambiance ! (rires)

Et c’est dans cette émotion et sur cette jolie morale que s’achève cette passionnante rencontre avec un artiste entier au talent encore incalculable.  Merci Jarry, et merci Way To Blue pour l’interview !

Jarry en spectacle à l’Européen jusqu’au 4 avril, les vendredis et samedis. A réserver ici

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