Cannes 2012 : Jour 5

Il est 7heures Marine s’éveille ! Les yeux picotent légèrement suite à la soirée de la veille et une envie d’appuyer indéfiniment sur la touche “rappel” de mon reveil me traverse l’esprit. Avec beaucoup de courage et de détermination je sors de mon lit et me prépare pour affronter le très attendu film de l’autrichien Haneke. Première séance “Presse” de 08h30 du festival et premier constat : à cette heure ci la salle est pleine à craquer ! Je m’assois au balcon luttant contre l’envie de dormir déjà en espérant que Michael Haneke ne m’achèvera pas complétement. Assez lent dans sa mise en scène et son schéma narratif, il faut se laisser porter pour apprécier Amour. Accepter le postulat de départ, le côté très peu romancé du film et la manière dont les acteurs jouent très peu la comédie. Une fois ceci fait, Amour ne vous lâchera pas d’une semelle. Michael Haneke donne une très belle définition de l’amour dans un film où les protagonistes (un couple de retraités) vont s’aimer et se respecter jusqu’à la fin. Un huit clos aussi émouvant que passionnant où un climat de danger omniprésent va s’installer petit à petit. Ajouter à cela une interprétation parfaite des comédiens (Jean Louis Trintignant en meilleur interprète masculin ?) et une réflexion sur l’accompagnement dans la maladie et Amour vous prendra aux tripes. L’amour avec un grand A se filme et se raconte de la plus douce et la plus grave des manières. Un film dont la présence au palmarès de dimanche ne fait aucun doute !

Après ce premier choc matinal, il faut enchainer avec un autre film très attendu du côté d’un certain regard cette fois ci. Confession d’un siècle rassemble des foules et en arrivant 1h30 avant la projection j’ai un doute sur la faisabilité d’assister à la projection. Finalement, ca passera pour moi et pénètre dans la salle avant que le ciel n’implose. Dehors c’est la tempête, le ciel est bas, le tonnerre gronde, les éclairs fendent le ciel et un vent digne de Take Shelter fait trembler palmiers sur la Croisette. Heureusement pour moi je suis au chaud en compagnie de Peter Doherty et de Charlotte Gainsbourg pour cette adaptation libre des nouvelles d’Alfred de Musset. Enfin heuresement ne sera pas l’adjectif adéquate vu qu’après réflexion j’aurais mille fois préféré me promener sous cet orage que de regarder une fois de plus Confession d’un enfant du siècle ! Plat, mal interprété, sans enjeux et sans réel intérêt, le film de Sylvie Verheyde (Stella) est complétement à coté de la plaque. Peter Doherty est un supplice sans nom mauvais acteur de A à Z face à une Charlotte Gainsbourg qui n’a jamais été aussi peu en vie ! Sylvie Verheyde veut nous parler d’amour mais le manque total de passion entre les deux amants est une aberration. Personne ne semble y croire et se contente de réciter un texte (très mauvais dialogue soit dit en passant) qui n’a ni queue ni tête. Les sentiments ne grandissent jamais, les personnages n’évoluent pas et tournent un rond dans une mise en scène grotesque. Face à cet affligeant spectacle on se dit qu’Alfred de Musset doit se retourner dans sa tombe et on se demande bien comment ce genre de film peut se faire financer et atterrir dans une compétition canoise … Une honte pour le cinéma qui me sortira de mes gonds et me fera regretter le temps où j’aimais les Baby Shambles !

Fin de journée après cette catastrophe sans nom puisque je ferais l’impasse sur La Chasse qui ne semble laisser personne indifférent (chef d’œuvre ou escroquerie mettez-vous d’accord !). Après le peu de sommeil de la nuit dernière j’ai besoin de dormir, et d’écrire un peu vu le retard accumulé.

Cannes 2012 : Jour 6

Aujourd’hui la journée s’annonce particulièrement bonne ayant assuré la veille une montée des marches pour le Resnais. Une longue nuit de sommeil m’est alors permise et je peux enfin me reposer un peu. Il pleut toujours à Cannes et le cinéma est plus que jamais une activité conseillée ! A peine arriver que je parviens à trouver une invitation pour le film de Hong Sangsoo en séance unique. Séance unique qui signifie présence de l’équipe du film c’est-à-dire entre autre Isabelle Hupert. Montée des marches sous la pluie et sous un parapluie qui se fera très rapidement. Les festivaliers courant pour se réfugier à l’intérieur du palais. Assise en mezzanine je peux regarder les invités s’installer en Orchestre. Seul présent ce jour : PPDA qui arrive accompagné d’une très jeune fille … Puis en penchant un peu la tête je vois le jury prendre place. Diane Kruger et Ewan McGregor semblent être proches et attendent calmement le début du film. Nani Morreti arrivera à la cool juste avant le début de la séance. Isabelle Hupert et Hong Sangsoo arrivent enfin dans la salle et après quelques applaudissements le film peut commencer.

Avant de découvrir ce In Another Country on avait pas vraiment d’attente pensant simplement se réfugier de la pluie. Pourtant après 1h29 force est de constater que la surprise fut bonne. Une mise en scène ultra originale, une idée de départ des plus astucieuses donnent à In Another Country des allures de petit OVNI dans ce festival qui aura en plus eu le mérite de nous faire bien rire ! Isabelle Hupert est comme la veille chez Haneke très bien ainsi que l’ensemble du casting.

Avec un café et un muffin en guise de repas unique de la journée, il me faut enchainer. J’enfile les talons et fonce à la montée des marches. La pluie s’est arrêtée et la montée des marches peut enfin ressembler à quelque chose ! Ce soir tout le cinéma français se rassemble pour saluer la présence de Monsieur Alain Resnais en sélection officielle. D’ailleurs devant le casting impressionnant de Vous n’avez encore rien vu, on se dit que cette montée des marches là, à quand même de la gueule ! On s’étonne de l’absence d’Alain Resnais en bas des marches avec son équipe mais on est ravis de le voir en haut des marches attendant sagement en compagnie de Gilles Jacob. Courbé, Alain Resnais semble très affaibli … A son entrée dans la salle c’est un tonnerre d’applaudissement qui éclate. Une standing ovation comme une immense déclaration d’amour et de respect à ce grand monsieur de 90 ans monument du cinéma français. L’émotion est là et de voir Alain Resnais sourire comme un enfant de 5 ans devant cet accueil me donne mes premiers frissons.

Un drôle de film que ce Vous n’avez rien encore rien vu et pour le coup le titre ne nous avait pas menti ! Le film d’Alain Resnais est un petit bijoux bourré d’intelligence et de culots. Une idée originale incroyablement riche, une mise en scène sublime et inspirée feront de ce Vous n’avez encore rien vu le film le plus ambitieux et étonnant du festival. Le casting (Amalric encore et toujours au sommet) joue une partition parfaite et la prise de risque énorme. A 90 ans Alain Resnais prouve qu’il est peut etre le cinéaste français actuel le plus moderne et le plus jeune dans sa tête. On espère que cette énorme prise de risque sera récompensée et qu’Alain Resnais repartira enfin avec un « vrai » prix à Cannes. Et pourquoi pas la palme ? Dans la salle, une standing ovation durera de longue minute alors que sous mois en orchestre toute l’équipe est proche des larmes. C’est beau le cinéma parfois !

Après cette démonstration, j’ai rendez-vous avec Abbas Kiarostami (Copie-Conforme, La couleur de la cerise). Je monterais les marches derrière Jérémie Renier, Cloclo éternel, beau comme un dieux dans son smoking. Du monde sur le tapis rouge pour venir découvrir Like Someone In Love.

Après la claque Resnais, le Kiarostami paraitra un peu fade. Un film mignon sur une tendre relation entre une personne âgée et une prostituée mais sans réelle consistance et intérêt. Un film mineur qui vient terminer une journée bien chargée.

Demain, place aux choses sérieuses avec le Andrew Dominik (Réalisateur du génial Assassinat de Jesse James) et à la détente avec Ken Loach. Je ferais également un petit tour du côté d’un Certain Regard pour voir si Le Grand Soir est si grand que ça.

Cannes Jour 7

Encore trois films programmés aujourd’hui. Le soleil revient petit à petit alors que je fais la queue pour Le Grand soir film totalement barré réunissant pour la première fois Albert Dupontel et Benoit Poelvoorde par les créateurs de Groland. Du monde qui monte les marches sous la musique des Wampas. Dans la salle, l’équipe du film débarque sur la scène. Survolté Gustave Kervern fait du gringue au jury présent lui aussi en les menaçant de kidnapper leurs enfants si aucun prix ne lui revenait. Grosse ambiance pour commencer la projection.

Après 1h30 de rire quel kife ! Un vrai régal très original et totalement barré. Réunir Albert Dupontel et Benoit Poelvoorde en frères punk est sans aucun doute la meilleure idée du siècle ! Un film totalement foutraque, génialement bien foutu malgré quelques lacunes scénaristes. A la fin de la projection, standing ovation pendant 6mn alors que l’équipe du film grimpe sur les sièges et acclame le streep-tease de Kervern ! Un pur moment de plaisir.

Après ce joli moment de détente place à Andrew Dominik et à son Killing Them Softly très attendu. Pour la première fois en plein centre en Corbeille les conditions sont réunies pour passer une séance inoubliable. Malheureusement, je passerais complètement à côté du film. Long, lent, froid, sans personnage attachant ni enjeux, Killing Them Softly me laissera de glace. Bien sur, impossible de nier les qualités esthétiques du film et sa photo magnifique mais à part ça … Une énorme déception !

On finira la journée avec le nouveau Ken Loach. Montée des marches sympathiques derrière Tahar Rahim cette fois. Confortablement installée en orchestre juste à coté de l’équipe du film je n’attends rien de la Part des Anges à part de me divertir.

Divertissement il y aura mais cela s’arrêtera là. Ken Loach démarrait pourtant bien en filmant comme il sait si bien le faire une réalité sociale difficile. Après, il tombe totalement dans la comédie sympathique mais sans plus. Le scénario très original restera le grand intérêt du film et l’humour omniprésent un grand point positif. La salle a semble-t-elle beaucoup plus apprécié que moi …

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Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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