Dans la liste des films qu’on attendait particulièrement à Cannes, il y avait une comédie musicale signée Jacques Audiard : Émilia Perez.

Le film va s’ouvrir sur le procès d’un homme accusé d’avoir tué son épouse. Rita, est avocate mais parce qu’elle est noire et femme, ne peut aspirer qu’à être dans l’ombre et écrire les plaidoiries que son boss pourra réciter au tribunal. Le chef d’un des cartels les plus dangereux du Mexique va lui proposer une affaire difficile à refuser qui pourrait changer leur vie à tout jamais. Lui se fait passer pour mort et devient Émilia Perez. Elle, peut désormais aspirer à la vie qu’elle a toujours voulue.

Emilia Perez : Photo Selena Gomez
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Et on arrêtera ici le résumé tant le film est délicieux à voir sans trop en savoir.

Il faut bien 15 minutes pour s’habituer à cet OVNI. Comme chez Demy, on raconte en chantant ce qu’on fait. Aussi, quand un rendez-vous dans une clinique se fait en chanson, on se dit qu’on est à deux pas de basculer dans la mauvaise blague. Pourtant, petit à petit, la mise en scène fait mouche. D’abord dans la rue, au cœur d’un marché où Zoé Saldana se demande ce qu’elle fait, puis dans une scène intime avec un chirurgien où les deux voix se confondent, chacun pour défendre son point de vue. Et à partir de là, on peut se plonger dedans et se laisser aller. Comme si Audiard nous mettait au défi. “Entrez si vous l’osez”. Et c’est finalement la naissance d’Emilia Perez qui servira de clé d’entrée dans une scène de retrouvaille inoubliable où tout s’éteint au restaurant pour ne mettre plus qu’en lumière deux femmes. Une idée de mise en scène sublime pour un scénario qui n’en finira plus de nous surprendre.

Le nouveau film d’Audiard est un film de femmes. Trois femmes. Emilia, d’abord, femme puissante sur le chemin de la rédemption, Rita, ensuite, l’avocate ambitieuse et Jessi, la veuve de Manitas, le chef de gang. Elles vont se croiser, lier des amitiés ou cohabiter. Les hommes étant relayés à leur condition d’hommes puissants et souvent dégueulasses. Elles vont donc se serrer les coudes pour avancer. Jacques Audiard joue les Almodovar et c’est absolument magnifique ! On n’avait pas vu un film d’Audiard aussi émouvant depuis… De Rouilles et d’Os ? Et puisqu’on en est à parler des actrices, il faut souligner les prestations hallucinantes des trois actrices. En tête, Zoé Saldana, qui porte le film sur la tête et les épaules. Elle a les scènes de danse les plus étourdissantes. À ses côtés, Karla Sofía Gascón, qui interprète Emilia Perez qui sera le personnage le plus touchant. Enfin, Selena Gomez éblouissante comme toujours. Malheureusement ici, elle a moins de scènes et donc un rôle un peu plus mineur que les deux autres. Pourtant, c’est elle qui a la meilleure chanson du film et qui sera à sa sortie un très probable banger ! Un prix d’interprétation collectif ne serait pas exclu mais on met notre main à couper, que Karla Sofía Gascón remportera la mise.

Emilia Perez: Zoe Saldana

On lit ici et là que le film tient du miracle. C’est vrai. Là où certains films sont ultra-lisibles et mettent tout le monde d’accord, Emilia Perez n’est pas de ce bois-là. C’est peut-être à cause de (ou grâce à) ce mélange de genres, de sujets, de tonalité que la magie opère. On croyait que ce n’était pas possible et il l’a fait. On est sidéré. Sidéré à l’idée que le film tienne si bien et que de ce chaos naisse la beauté. Et c’est sans doute pour cela que l’on aime encore plus.

Le cœur bat fort et les 2h15 de film ne semblent pas suffisantes tant on a envie de rester encore un peu dans ce film. D’être éblouies encore et encore par les numéros dansés et chantés. Car oui, il faut mentionner la BO superbe signée Camille et Clément Ducol. Comme si pour une fois, la mise en scène et les chansons se mettaient au diapason. Et la fin du film sur une reprise de Brassens par une fanfare mexicaine nous aura foutu les poils !

Emilia Perez: Zoe Saldana, Karla Sofía Gascón

Emilia Perez est un coup de foudre. Et tant pis pour ses maladresses. L’essentiel est ailleurs. On n’a pas encore compris d’où mais c’est un sentiment merveilleux. Le jury sera-t-il tombé amoureux aussi ? Il est facile d’imaginer Greta Gerwig y voir une œuvre de cinéma folle. Réponse samedi prochain.

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Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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