Ce documentaire réalisé par Douglas Tirola met en lumière les méandres du monde du poker, trop sous-estimé et mal connu du grand public. Sous sa forme plutôt classique avec un montage énergique (presque trop puisque le rythme soutenu nous perd un peu parfois), « All In » est une vraie mine d’informations, et pas seulement pour les fans de poker. Il est intéressant de voir l’évolution d’une pratique sur plusieurs centaines d’années. Et c’est cela qui fait le charme de ce documentaire. Même s’il se répète souvent, surtout au début car on sent l’envie du réalisateur de montrer toutes ses célébrités pour accrocher les spectateurs, le propos du film reste fluide. Les différents intervenants apportent chacun leur savoir dans leur spécialité.

Un des nombreux intervenants du film.

Ainsi on apprend grâce à un fabricant de cartes que les jeux de cartes existaient depuis le 14e siècle mais qu’ils étaient réservés aux nobles qui pouvaient se permettre ces petites œuvres d’art faites maison. Et c’est l’invention de l’imprimerie et de ses capacités à produire en masse qui aida à la mondialisation du jeu de cartes, avec la création autour du 19e siècle de l’ancêtre du poker. Celui-ci sera surtout joué d’abord sur les bateaux qui arpentent le Mississippi avec des joueurs tous plus tricheurs les uns que les autres. Puis c’est au tour d’un historien de déclarer que la deuxième guerre mondiale aura fait beaucoup pour le poker puisque les milliers de soldats avaient des distributions de jeux de cartes qui leur permettaient de combler leurs larges périodes de temps mort. Et l’histoire continue, pour arriver de fil en aiguille à notre époque.

Des soldats américains jouent aux cartes en attendant le combat.

Ce dont parle « All-In », c’est moins du poker que de la symbolique que ce jeu partage avec les États-Unis. En effet, les liens entre les règles du jeu de poker et celles de la société américaine sont flagrants : tout le monde peut devenir quelqu’un, il faut se donner les moyens de réussir et savoir prendre des risques. C’est là toute la philosophie des pèlerins qui ont cru à une vie meilleure en Amérique et qui tout au long de l’histoire, à grand coup de génocides et d’esclavagisme, on construit une situation confortable en ayant finalement souvent parié sur des situations improbables pour construire leur patrimoine. Mais c’est peut être aussi cela qui dérange. Les histoires comme celle que le joueur professionnel Chris Moneymaker nous raconte, les paris depuis la jeune enfance, puis  son père et lui amassant des sommes astronomiques, pour ensuite tout perdre. Mais tout fini en happy ending puisqu’aujourd’hui Moneymaker est un des joueurs de poker les plus riches du monde. On jalouse ceux qui ont eu un peu trop de chance dans leur vie. Et puis non, le film nous explique que le poker, c’est aussi beaucoup de stratégie, de méthodes, de statistiques. C’est des rencontres, des émotions, de l’adrénaline, mais surtout la recherche d’un dépassement de soi.

Chris Moneymaker en plein tournoi en 2003, année où il est passé du statut de parfait inconnu à celui de symbole du rêve américain en remportant le WSOP (World Series of Poker).

Le documentaire nous parle de l’importance de l’image des joueurs. Celle-ci a construit le mythe autour du poker et, grâce aux films et à la TV, a donné envie à de nombreuses familles d’y jouer. Il est commun de faire des soirées jeux de cartes dans de nombreux foyers. C’est la démocratisation du jeu. Les premiers grands tournois sont médiatisés, et les premiers champions créent une image clichée du joueur de poker, cow-boy des temps nouveau, ou jeune adulte autiste, ils sont toujours en décalage avec la société. En plus de cela, les médias continuent de développer l’image du poker rattaché au milieu des gangsters, de la drogue, et de la prostitution.

Un des nombreux extraits de vieux films présentant une mauvaise image du joueur de poker.

Dans les années 90, de nombreuses salles de poker sont fermées pour diverses raisons (fraude, mauvaise image pour les jeunes…), et on imagine mal le concept de joueur de poker professionnel. Heureusement, l’arrivée de l’ordinateur et des appareils électroniques mobiles offre la possibilité aux gens de s’occuper en jouant aux jeux-vidéos, et le poker fait son grand retour. Il est le rêve américain, le symbole absolu du capitalisme. Le mouvement est aidé d’une nouvelle vague de films comme la bible « Rounders », qui donnent le sentiment aux joueurs de poker d’être reconnus. Mais ces films tournent toujours autour de la thématique de la triche alors que cet élément est presque inexistant dans la vie du quotidien des fans de poker. L’autre élément déclencheur de la frénésie poker est la création en 1995 d’une émission où, pour la première fois, on peut voir les mains des joueurs grâce à des caméras installées sur et dans la table. C’est la révolution pour les milliers de téléspectateurs qui peuvent enfin comprendre et assimiler les règles du jeu.

Matt Damon était le héros du film culte « The Rounders » et est lui-même amateur de poker.

Au niveau technique, il est usant de voir pendant 110 minutes une carte ou un jeton tous les 2 plans. Un sujet aussi ciblé ne permet malheureusement pas d’éviter les plans de coupe, mais il aurait peut-être mieux valu réduire les paraphrases pour éviter au spectateur l’indigestion. Les longues minutes qui expliquent la montée de Moneymaker dans le monde du poker sont intéressantes mais cassent le rythme global et allongent le film inutilement. Enfin, on regrette la fin un peu trop positive et l’absence de remise en question de ce rêve américain qui peut laisser de marbre en Europe.

Pour résumer, « All In » est documentaire un peu long mais digne d’intérêt qui réussit, après avoir prouvé le riche héritage du poker, à donner envie de commencer à y jouer, ou tout du moins à ne plus le regarder de haut et à mieux comprendre les amateurs de ce jeu de cartes si glamour.


Pour les curieux, vous pouvez visionner le film en streaming gratuit ici :

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