Grand gagnant de Sundance, on attendait beaucoup de ce Fruitvale Station. Le film de Ryan Coogler sera-t-il Le Bête du Sud Sauvage de 2013 ?

Le 1er janvier 2009 au matin, Oscar Grant, 22 ans, croise des agents de police dans la station de métro Fruitvale, San Francisco. Le film raconte les vingt quatre heures qui ont précédé cette rencontre.

S’il y a un film dont tout le monde attendait sa présentation en compétition, c’est bien Fruitvale Station. Le film de Ryan Coogler fait le tour des festivals et suscite des réactions soit complètement enthousiastes soit très mitigées. Pas de demi-mesure ici, mais un film à voir histoire de savoir si on adore ou si on déteste.

Inspiré d’un fait divers de 2009, Fruitvale Station raconte donc l’histoire d’Oscar Grant, un jeune papa qui cherche à se ranger après une adolescence agitée qui va perdre  tragiquementla vie dans la nuit du nouvel an. Histoire ultra-médiatisée, les images de cette cruelle injustice ont fait le tour du monde alors qu’une question demeure pour la justice : sagit-il d’un accident ou d’un homicide ?Trois ans plus tard, Ryan Coogler choisit de raconter cette histoire dans son premier film et de donner sa réponse.

Forcément quand on choisit un sujet si sensible et si fort, il est difficile de rester complètement insensible devant Fruitvale Station. Les 30 dernières minutes du film sont  d’une intensité rare et on redoute à chaque seconde le dénouement fatal. Le réalisateur prenant un malin plaisir à retarder l’assaut final. On sait que tout va s’enchainer, que tout va déraper mais on ignore encore quand et comment. Recroqueviller sur le siège on attend en serrant les dents. La folie et la haine des autres nous dégoutent et on est pas très fier d’être un être humain à ce moment précis…

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Si le film est si intense c’est sans doute grâce à l’introduction (un peu longue) que fait Ryan Coogler. On découvre un jeune homme sur le chemin de la rédemption mi ange, mi démon, qui a souffert autant qu’il a fait souffrir. On découvre un fils aimant, un papa adorable et joueur, un ami généreux et un fiancé attentionné. Forcément quand on passe une heure à découvrir un personnage si attachant, difficile de rester de marbre et de ne pas ressentir quelques frissons quand une petite fille vous balance un “Where’s my dady?” pour clôturer le film.

Pourtant, Ryan Coogler finira par agacer un peu tant il tombe dans la facilité et la surenchère. Déjà dans son portrait ultra flatteur d’un ex-taulard qui pourtant n’est pas tout blanc. On ne montrera que ses côtés attachants et sensibles et on oubliera la part sombre de l’homme. Pas de demi-mesure ici, juste la volonté d’appuyer sur la plaie. Derrière le message est limpide : “Voyez ce qu’à fait la Police. Voyez comment ils ont assassiné de sang froid un homme au grand coeur”. On aurait vraiment aimé plus de subtilité…

De même, difficile de ne pas reprocher à Fruitvale Station son côté militant. Ryan Coogler comme un Lee Daniels, prend partie et réalise un film assez clichés et raciste envers les blancs. On a vraiment l’impression que l’Amérique d’Obama cherche aujourd’hui à régler ses comptes avec son histoire. Si les blancs dans Fruitvale Station sont tous méchants, le propos est appuyé par certaines facilités assez inutiles (la carte d’anniversaire pour “blancs” par exemple…) qui rendent le film vraiment too much et trop engagé pour émouvoir totalement.

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Si l’assaut dans le métro est complètement passionnant, on pestera un peu sur la toute fin du film. Entre prières et appels à Dieu et discours très conformistes de la maman, Ryan Coogler plonge dans la facilité d’un pathos agaçant. Le réalisateur veut nous tirer les larmes et nous faire accepter son point de vue sans demi-mesure.

En se cachant derrière la violence et la force du fait divers, Ryan Coogler se repose un peu sur ses lauriers mais livre toutefois un premier film ambitieux et terriblement efficace. On aurait aimé plus de retenu pour un résultat plus saisissant.

Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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