Après le très décevant Australia (pour rester poli) Baz Luhrmann redoublait d’ambition en proposant son adaptation du roman culte de Francis Scott Fitzgerald, : Gatsby le Magnifique.  Avec son casting hollywoodien et sa bande-annonce alléchante, on attendait cette ouverture de Cannes 2013 avec une impatience folle.

Gatsby_LE_Magnifique_1Printemps 1922. L’époque est propice au relâchement des mœurs, à l’essor du jazz et à l’enrichissement des contrebandiers d’alcool… Apprenti écrivain, Nick Carraway quitte la région du Middle-West pour s’installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il vit désormais entouré d’un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby, qui s’étourdit en fêtes mondaines, et de sa cousine Daisy et de son mari volage, Tom Buchanan, issu de sang noble. C’est ainsi que Nick se retrouve au cœur du monde fascinant des milliardaires, de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges. Témoin privilégié de son temps, il se met à écrire une histoire où se mêlent des amours impossibles, des rêves d’absolu et des tragédies ravageuses et, chemin faisant, nous tend un miroir où se reflètent notre époque moderne et ses combats.

Premier constat à faire : Baz Luhrmann semble complètement décomplexé et fait enfin tout ce qu’il désire ! Ne cherchez pas ici de la pudicité ou une certaine retenue, le réalisateur australien ne retient plus les chevaux. On plonge alors dans un univers baroque et rococo dans lequel tout sera désinhibé et totalement poussé à son paroxysme. Si vous avez peur du too much, Gatsby devrait fortement vous déplaire. Et on doit avouer que, nous aussi, on a eu peur après quelques minutes puisque les couleurs, les effets de style (beaucoup trop nombreux) nous auront piqué les yeux donnant au film des allures de vrai-faux documentaire.

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Fort heureusement, le film bascule petit à petit vers autre chose ; les paillettes et le champagne qui coulent à flot ne sont alors plus qu’un prétexte pour  raconter la plus poignante des histoires. L’histoire d’un homme (époustouflant Leonardo DiCaprio) dont l’amour pour une femme l’a poussé à toutes les folies dans l’ultime but de la retrouver. À partir de là, et devant l’ampleur romanesque du film, impossible de rester de marbre. À moitié fou, colérique, et profondément dépressif, on se prend d’affection pour cet héros qui tente de tromper l’ennui en organisant les fêtes les plus chères, sorties tout droit de notre imagination. La solitude de l’homme et son état mental nous sautant alors immédiatement aux yeux et Gatsby peut alors commencer à nous prendre aux tripes et à refermer son piège.

Oui car sous ses allures de film ultra léché et très riche visuellement, Gatsby nous parle d’amour. D’un amour puissant, sauvage, entre deux amants séparés par la vie. Baz Luhrmann n’allant pas dans la facilité et nous expliquant que le véritable amour, bien qu’il existe, ne doit pas toujours être honoré envers et contre tout. Que tout ne doit pas être sacrifié en son nom et qu’il ne faut pas se réfugier derrière lui. Alors qu’on était habitué à des histoires d’amants maudits, on découvre là qu’il y a plus fort que l’amour et qu’il est parfois difficile de faire ce choix-là.

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Si le fond est là, on aura quand même quelques réserves sur la forme. Visuellement, on est loin de ce que la bande-annonce nous avait promis. Bien sûr, les scènes de fêtes vous décolleront la rétine mais, très souvent, on aura une bien drôle de sensation. Comme si tout le budget était passé dans les feux d’artifice et que le reste passait au second plan… Loin du film Bling-Bling auquel on s’attendait, Gatsby fait assez cheap, limite grotesque par moment à force de mélanger des effets de très mauvais goûts. On est loin, très loin, de la folie visuelle Moulin Rouge. On se rapproche un peu plus de la catastrophe visuelle Australia.

Malgré ce côté assez artificiel du film, on prendra quand même un petit coup derrière la nuque. D’abord parce que la BO nous emportera très loin (Young & Beautiful en background sonore une bonne partie du film est une petite merveille) et que l’histoire, à mi-chemin entre le drame romanesque et la recherche d’identité, nous transpercera le coeur. 2h20 qui passeront très bien et à une vitesse qu’on n’imaginait pas, le film étant parfaitement équilibré. La mise en scène aidant bien évidemment en ce sens.

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Pas encore au niveau d’un Roméo + Juliette ou d’un Moulin Rouge, Gatsby le Magnifique séduira par son fond et la retranscription efficace d’un roman très sombre. On aurait aimé plus de sobriété peut-être ou une meilleure utilisation de certains artifices pour en prendre définitivement plein les yeux. En tout cas, on sera sorti de là un peu bousculé, délicieusement séduit par ce Leo le Magnifique là.

Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

Comments

  1. My Little Discoveries Reply

    Je brûle d’impatience de voir ce film, d’autant que j’avais adoré le roman! Alors merci pour ce billet, qui rappelle mine de rien de ne pas mettre la barre trop haut ;)

    • Magali Ollivier Reply

      Ah j’adhère tout à fait à ton commentaire, j’ai adoré ce roman, lu 3 fois en anglais à la fac et aussi je pense qu’il faut se laisser prendre au jeu, à la magie du cinéma :)

  2. My Little Discoveries Reply

    Je brûle d’impatience de voir ce film, d’autant que j’avais adoré le roman! Alors merci pour ce billet, qui rappelle mine de rien de ne pas mettre la barre trop haut ;)

    • Magali Ollivier Reply

      Ah j’adhère tout à fait à ton commentaire, j’ai adoré ce roman, lu 3 fois en anglais à la fac et aussi je pense qu’il faut se laisser prendre au jeu, à la magie du cinéma :)

  3. Polly Perkins Reply

    moi j’ai adoré, inconditionnelle, je lui pardonne tout, le kitsch, le grotesque, le côté cartoon parfois, j’aime ce style inimitable, la musique complètement anachronique et les personnes délirants.

  4. Polly Perkins Reply

    moi j’ai adoré, inconditionnelle, je lui pardonne tout, le kitsch, le grotesque, le côté cartoon parfois, j’aime ce style inimitable, la musique complètement anachronique et les personnes délirants.

  5. Natacha ALEGRE Reply

    Je l’ai vu il y a deux jours et je ne sais toujours pas quoi en penser. j’hésite entre amour et déception.

  6. Natacha ALEGRE Reply

    Je l’ai vu il y a deux jours et je ne sais toujours pas quoi en penser. j’hésite entre amour et déception.

  7. Le blog de Lili Reply

    J’ai aimé l’aspect too much mais moins le fait de ne pas avoir été émue…

  8. disqus_SZC3rcB9dn Reply

    La musique, la musique, la musique est enivrante… Di Caprio aussi. Pour le reste, je trouve que l’esprit du roman est bien loin. Mais il fallait quand même oser ! Et si l’on peut regretter le côté “too much”, on ne peut pas dire que l’on s’ennuie…

  9. disqus_SZC3rcB9dn Reply

    La musique, la musique, la musique est enivrante… Di Caprio aussi. Pour le reste, je trouve que l’esprit du roman est bien loin. Mais il fallait quand même oser ! Et si l’on peut regretter le côté “too much”, on ne peut pas dire que l’on s’ennuie…

  10. C’est rigolo, j’aurais pensé que la forme l’aurait emporté sur le fond, mais apparemment, c’est l’inverse v:) ce qui finalement me fait plaisir :)j’ai très envie de voir le film, surtout pour le très grand Di Caprio :) bonne soirée et merci de ton avis :)

  11. ✿Ptite Bulle d'Elo✿ Reply

    C’est rigolo, j’aurais pensé que la forme l’aurait emporté sur le fond, mais apparemment, c’est l’inverse v:) ce qui finalement me fait plaisir :)j’ai très envie de voir le film, surtout pour le très grand Di Caprio :) bonne soirée et merci de ton avis :)

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