Trois ans après Inglorious Bastards, le retour de Quentin Tarantino était guetté comme le messie. D’autant plus lorsque l’on apprenait que celui-ci préparait un Western, genre qu’il vénère et qu’il exploite depuis ses tous débuts. L’attente aura-t-elle était justifiée ? Django est-il le nouveau film référence de Tarantino ?

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs.
Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, dont il fut séparé à cause du commerce des esclaves…
Lorsque Django et Schultz arrivent dans l’immense plantation du puissant Calvin Candie, ils éveillent les soupçons de Stephen, un esclave qui sert Candie et a toute sa confiance. Le moindre de leurs mouvements est désormais épié par une dangereuse organisation de plus en plus proche… Si Django et Schultz veulent espérer s’enfuir avec Broomhilda, ils vont devoir choisir entre l’indépendance et la solidarité, entre le sacrifice et la survie…

Dès le début du film on sait déjà que l’on est devant quelque chose de grand. Une apparition de Christophe Waltz et le tour est joué. En pleine forêt on fait la connaissance de ce dentiste original dirons-nous et quelques minutes plus tard de Django. La scène est géniale tant elle est fluide et déjà si bien orchestrée et nous annonce le meilleur pour la suite.  Déjà, les dialogues claquent comme des coups de fouet, la répartie du Dr Schultz est juste jouissive et les premiers coups de pistolet sont déjà donnés. La chorégraphie Tarantino est en marche !

Si Django Unchained se démarquera par son écriture, c’est surtout par le traitement de nombreux thèmes qu’il prendra vraiment son envol. Déjà, par sa volonté de dénoncer une époque, une Amérique sauvage à la veille de la guerre de Sécession dans laquelle l’esclavage est naturel et les nègres considérés comme du bétail. Quentin Tarantino ne veut pas de cette histoire et décide de faire de son Django un héros romanesque, intelligent et déterminé. Dans son histoire, Quentin Tarantino considère que la perversité vient des blancs (cette scène incroyable dans laquelle Schultz oblige Django à tuer un gangster devant son fils) et qu’ils sont seuls responsables de la révolte noire. Les blancs n’ont alors pas le beau rôle dans cette histoire et sont tous montrés du doigt pour leur vice et leur manque d’humanité. Quentin Tarantino se rit de l’histoire Américaine et  va à l’encontre du bien pensant en transformant son nègre en cavalier, en valet, en expert, en tueur à gages et en finalement nous racontant son histoire et celle de personne d’autre !

Au delà d’une violente critique de l’esclavage et de la traite des noirs (le personnage de Stephen est sans doute le pire être humain rencontré dans le film) Django Unchained dépeint une formidable histoire d’amitié entre deux hommes qui n’auraient jamais du être amis. Dès que le Dr Schultz délivre et prend sous son aile Django, le duo ne se quitte plus pour notre plus grand plaisir. Pour la première fois dans sa filmographie, Quentin Tarantino nous parle d’amitié au sens noble et nous fait vivre une aventure humaine saisissante et assez émouvante. La complicité et la confiance unissant Schultz et Django est aussi surprenante qu’elle marquera considérablement le film. Une histoire d’amitié sans frontières entre l’homme blanc et le nègre, entre le tueur à gage et le jadis esclave, qui fera tomber toutes les barrières.

Si Quentin Tarantino développe sa palette, impossible de nier l’impact de son cinéma sur Django Unchained. Il y a du Kill Bill, du Pulp Fiction, du Reservoir Dogs dans chacune de ses scènes et on reconnaît la signature Tarantino dans la mise en scène. Les plans sont d’une beauté à en pleurer et pour une fois le réalisateur ne joue pas trop avec ses jouets préférés. Ainsi il laisse tomber les zooms/dézooms au profil de plans plus larges mais toujours aussi impressionnants. Là où tout Tarantino prendra son sens c’est dans les scènes de violence hallucinante qui peuplent Django Unchained. Pour le coup on prend un véritable plaisir coupable à voir les murs se couvrir de sang, les cervelles exploser, et les coups portés de plus en plus nombreux. Toujours aussi exigeant sur ses scènes de violence exacerbée, Quentin Tarantino se fait vraiment plaisir avec Django et son plaisir est contagieux ! Ici, la règle du « Œil pour œil, dent pour dent » si chère au réalisateur est bien sur conservée et aucune issue pacifique n’est jamais envisagée. On prend alors un pied énorme devant ce spectacle de destruction et de vengeance incontrolable. La palme revenant bien sur aux scènes se passant à Candieland dans le dernier tiers dont on ne vous en dira pas plus.

Si la durée nous faisait un peu peur (2h44 quand même) force est de constater que Quentin Tarantino a très bien su exploiter et équilibrer tout ce temps mis à sa disposition. Découpé en trois grandes parties (la rencontre entre Schultz et Django, la conversion de Django en tueur à gages et la découverte de Candieland) Django Unchained ne sera jamais ennuyeux ou lourd et verra ses 2h44 défiler sans que jamais on ne regarde sa montre ou qu’on trouve le temps long. Quentin Tarantino réussit à maintenir du très grand cinéma pendant toute la durée de son film, fait très rare en général.

Django Unchained n’aurait pas été le même sans son casting parfait sur toute la ligne. Christoph Waltz en haut de la liste bien sur qui comme à son habitude accapare l’écran dès qu’il ouvre la bouche. Là où on est surpris par contre c’est par la prestance à l’écran de Jamie Foxx que l’on n’attendait pas à un tel niveau. Il crève l’écran par sa fierté et son désir de liberté et parvient à faire mieux qu’« exister » face à un Christoph Waltz impeccable. Le duo fonctionne si bien que lorsque Leonardo DiCaprio arrive, il a du mal à s’imposer à l’écran. Enfin pas pour très longtemps tant son personnage arrogant et agaçant finira par redresser l’équilibre. Quentin Tarantino a pris le temps de donner de la consistante à chacun de ses personnages et ca se voit ! Dicaprio, Waltz, Foxx et même L.Jackson peuvent remercier le réalisateur d’un tel cadeau !

Pendant 2h44 Django Unchained est un spectacle, une comédie humaine satirique qui fait passer les blancs pour des idiots assoiffés d’argent dont l’humanité est constamment remise en cause. Django est une chorégraphie où la vengeance est l’ultime réponse et où la rédemption n’a pas encore sa place. Le film n’en ressort pas moins fun (bien au contraire) et vient redorer le blason de Quentin Tarantino. Il y a eu Pulp Fiction dans les années 90, il y aura Django dans les années 2000. Dieu que 2013 commence bien …

M.

Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

Comments

  1. Hum hum …

    1 : Django Unchained un western ?

    NON : un western c’est chaud, ça transpire, ça se déroule dans le sud-ouest des US (Cali, Nevada, Colorado, Nouveau-Mexique) ce sont des poses lancinantes, des duels de colts, une photo jaunâtre voire orange, des gros plans sur des regards qui tuent, des musiques stridentes !
    Ici qu’avons-nous ?
    Un film contemporain de la ruée vers l’or, qui se déroule dans les états du sud-est des US avec une photo, des costumes, des décors arc-en-ciel et tape-à l’oeil.
    Où sont les codes du western que les illustres réalisateurs dont QT se réclame ont mis toute leur carrière à affiner ?
    Un exemple : la scène du saloon : celui-ci est vide et son tenancier est une poule mouillée.
    Autre exemple : une partie du film se déroule donc au Texas, soit … mais en plein hiver !

    2. Une parfaite illustration de la maîtrise de la narration par QT ?

    NON : comme toujours chez QT le film est séquencé en chapitres ou parties, parfois doubles, parfois bien plus nombreuses (Kill Bill en étant la plus juste illustration).
    C’est mieux pour l’histoire, certes, mais encore faut-il avoir un plan équilibré qui se répond.
    Ici qu’avons-nous ?

    Un film bancal, complètement déséquilibré, tant au niveau de la qualité que de la qualité.

    D’ailleurs, la première partie dont on peut s’interroger sur la durée originelle (n’était-ce qu’une introduction, voire un prologue) se révèle être l’aspect le plus intéressant et juste du film, frôlant l’excellence, tandis que la seconde n’est qu’une succession de tableaux sans liant avec une interminable conclusion tout à fait absurde et irréaliste (alors oui QT a comme qualité première de rendre acceptable l’absurde mais là il se trouve dans la caricature de son propre travail ; Inglorious Basterds empruntait déjà fortement ce chemin sinueux).

    Un mot, ensuite, sur les dialogues, la marque de fabrique du maître : le problème c’est qu’il y en a trop peu et que l’action a pris le pas sur les mots.

    Notons toutefois les nombreuses touches d’humour et d’ironie qui parsèment le récit (mention spéciale à Stephen).

    Enfin, un mot sur les acteurs : des mentions spéciales sont à décerner pour Waltz (mais a-t-il déjà déçu ?) et l’ensemble des “méchants” du film (Jackson, Johnson et Goggins sont terriblement justes) SAUF DiCaprio …

    QT avouait d’ailleurs avoir écrit le rôle pour quelqu’un de plus âgé et mature, et bien disons-le, cela crève l’écran !

    Le militant n°1 de Greenwich est dans le surjeu et l’excès constamment, ce que nous avons l’habitude de voir et d’apprécier chez QT, mais une nouvelle fois il souffre la critique de tomber dans la caricature.

    Notons qu’il s’agit de la deuxième erreur de casting de QT après Brad Pitt en Bastard apache ; céderait-il aux sirènes des producteurs qui voudraient lui imposer des acteurs bankable ?

    La délicieuse Kerry Washington n’est pas notée tellement son rôle n’est qu’un faire-valoir ; là encore, où sont les rôles féminins de qualité si caractéristiques à QT ?

    Finalement, nous voilà devant un western qui n’en est pas eux mais qui traite d’un sujet oublié du cinéma avec qualité mais insuffisance ; n’aurait-il pas mieux fallu de se concentrer là-dessus ?

    • J’ai pas vu Django Unchained, mais je ne peux pas m’empêcher de réagir à ça :

      “un western c’est chaud, ça transpire, ça se déroule dans le
      sud-ouest des US (Cali, Nevada, Colorado, Nouveau-Mexique) ce sont des
      poses lancinantes, des duels de colts, une photo jaunâtre voire orange,
      des gros plans sur des regards qui tuent, des musiques stridentes !”

      Quelle
      définition hyper limitée du western ! Et en plus ça exclut des
      chefs-d’oeuvre du genre, notamment tous les John Ford et plus
      généralement tous les westerns US classiques ! La seule définition
      neutre qu’on puisse donner à un western c’est : ça se passe fin 19ème,
      en Amérique. Ainsi, Autant en emporte le vent, c’est un western. Le
      Mécano de la Générale, c’est un western.

      Je veux bien que vous
      ayez pas aimé Django Unchained, mais attaquez-le sur un autre terrain
      que celui-ci. Ou alors commencez par étendre votre culture western
      au-delà des (géniaux) spaghettis de Leone.

      Gibet.

  2. Hum hum …

    1 : Django Unchained un western ?

    NON : un western c’est chaud, ça transpire, ça se déroule dans le sud-ouest des US (Cali, Nevada, Colorado, Nouveau-Mexique) ce sont des poses lancinantes, des duels de colts, une photo jaunâtre voire orange, des gros plans sur des regards qui tuent, des musiques stridentes !
    Ici qu’avons-nous ?
    Un film contemporain de la ruée vers l’or, qui se déroule dans les états du sud-est des US avec une photo, des costumes, des décors arc-en-ciel et tape-à l’oeil.
    Où sont les codes du western que les illustres réalisateurs dont QT se réclame ont mis toute leur carrière à affiner ?
    Un exemple : la scène du saloon : celui-ci est vide et son tenancier est une poule mouillée.
    Autre exemple : une partie du film se déroule donc au Texas, soit … mais en plein hiver !

    2. Une parfaite illustration de la maîtrise de la narration par QT ?

    NON : comme toujours chez QT le film est séquencé en chapitres ou parties, parfois doubles, parfois bien plus nombreuses (Kill Bill en étant la plus juste illustration).
    C’est mieux pour l’histoire, certes, mais encore faut-il avoir un plan équilibré qui se répond.
    Ici qu’avons-nous ?

    Un film bancal, complètement déséquilibré, tant au niveau de la qualité que de la qualité.

    D’ailleurs, la première partie dont on peut s’interroger sur la durée originelle (n’était-ce qu’une introduction, voire un prologue) se révèle être l’aspect le plus intéressant et juste du film, frôlant l’excellence, tandis que la seconde n’est qu’une succession de tableaux sans liant avec une interminable conclusion tout à fait absurde et irréaliste (alors oui QT a comme qualité première de rendre acceptable l’absurde mais là il se trouve dans la caricature de son propre travail ; Inglorious Basterds empruntait déjà fortement ce chemin sinueux).

    Un mot, ensuite, sur les dialogues, la marque de fabrique du maître : le problème c’est qu’il y en a trop peu et que l’action a pris le pas sur les mots.

    Notons toutefois les nombreuses touches d’humour et d’ironie qui parsèment le récit (mention spéciale à Stephen).

    Enfin, un mot sur les acteurs : des mentions spéciales sont à décerner pour Waltz (mais a-t-il déjà déçu ?) et l’ensemble des “méchants” du film (Jackson, Johnson et Goggins sont terriblement justes) SAUF DiCaprio …

    QT avouait d’ailleurs avoir écrit le rôle pour quelqu’un de plus âgé et mature, et bien disons-le, cela crève l’écran !

    Le militant n°1 de Greenwich est dans le surjeu et l’excès constamment, ce que nous avons l’habitude de voir et d’apprécier chez QT, mais une nouvelle fois il souffre la critique de tomber dans la caricature.

    Notons qu’il s’agit de la deuxième erreur de casting de QT après Brad Pitt en Bastard apache ; céderait-il aux sirènes des producteurs qui voudraient lui imposer des acteurs bankable ?

    La délicieuse Kerry Washington n’est pas notée tellement son rôle n’est qu’un faire-valoir ; là encore, où sont les rôles féminins de qualité si caractéristiques à QT ?

    Finalement, nous voilà devant un western qui n’en est pas eux mais qui traite d’un sujet oublié du cinéma avec qualité mais insuffisance ; n’aurait-il pas mieux fallu de se concentrer là-dessus ?

    • J’ai pas vu Django Unchained, mais je ne peux pas m’empêcher de réagir à ça :

      “un western c’est chaud, ça transpire, ça se déroule dans le
      sud-ouest des US (Cali, Nevada, Colorado, Nouveau-Mexique) ce sont des
      poses lancinantes, des duels de colts, une photo jaunâtre voire orange,
      des gros plans sur des regards qui tuent, des musiques stridentes !”

      Quelle
      définition hyper limitée du western ! Et en plus ça exclut des
      chefs-d’oeuvre du genre, notamment tous les John Ford et plus
      généralement tous les westerns US classiques ! La seule définition
      neutre qu’on puisse donner à un western c’est : ça se passe fin 19ème,
      en Amérique. Ainsi, Autant en emporte le vent, c’est un western. Le
      Mécano de la Générale, c’est un western.

      Je veux bien que vous
      ayez pas aimé Django Unchained, mais attaquez-le sur un autre terrain
      que celui-ci. Ou alors commencez par étendre votre culture western
      au-delà des (géniaux) spaghettis de Leone.

      Gibet.

  3. Les amateurs de cartoon (et non de western) peuvent courir aller voir le film, pour les autres, ceux qui en ont marre qu’on leur vende de la soupe, restez chez vous.
    Une des rares critiques négatives du film : http://idiocratie2012.blogspot.fr/

  4. Les amateurs de cartoon (et non de western) peuvent courir aller voir le film, pour les autres, ceux qui en ont marre qu’on leur vende de la soupe, restez chez vous.
    Une des rares critiques négatives du film : http://idiocratie2012.blogspot.fr/

  5. tedsifflera3fois Reply

    Oscars du meilleur scénario original et du meilleur acteur dans un second rôle. Ce qui souligne deux des plus grandes qualités du film : une histoire originale menée de main de maître et des personnages secondaires savoureux. La musique et les dialogues font le reste. Dommage alors qu’on reste gêné par la façon qu’a Tarantino de régler ses comptes avec les injustices du passé. Ma critique : http://tedsifflera3fois.com/2013/02/25/django-unchained-critique/

  6. tedsifflera3fois Reply

    Oscars du meilleur scénario original et du meilleur acteur dans un second rôle. Ce qui souligne deux des plus grandes qualités du film : une histoire originale menée de main de maître et des personnages secondaires savoureux. La musique et les dialogues font le reste. Dommage alors qu’on reste gêné par la façon qu’a Tarantino de régler ses comptes avec les injustices du passé. Ma critique : http://tedsifflera3fois.com/2013/02/25/django-unchained-critique/

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