A 77 ans, le réalisateur de l’Exorciste revient avec un thriller inclassable qui a mis K.O la critique à sa sortie en septembre. Un rattrapage s’imposait alors pour savoir qui est vraiment ce Joe.

Chris, 22 ans, minable dealer de son état, doit trouver 6 000 dollars ou on ne donnera pas cher de sa peau. Une lueur d’espoir germe dans son esprit lorsque se présente à lui une arnaque à l’assurance vie. Celle que sa crapule de mère a contractée pour 50 000 dollars.
Mais qui va se charger du sale boulot ?
Killer Joe est appelé à la rescousse. Flic le jour, tueur à gages la nuit, il pourrait être la solution au problème. Seul hic : il se fait payer d’avance, ce qui n’est clairement pas une option pour Chris qui n’a pas un sou en poche. Chris tente de négocier mais Killer Joe refuse d’aller plus loin. Il a des principes…jusqu’à ce qu’il rencontre Dottie, la charmante sœur de Chris.
Alors Killer Joe veut bien qu’on le paye sur le fric de l’assurance si on le laisse jouer avec Dottie.

Il y a des films comme ça qui ne vous laissent pas indifférents tant ils sont atypiques et complètement aux antipodes de ce que l’on voit habituellement. C’est très clairement ce qu’il se passera avec Killer Joe que l’on a regardé sans vraiment savoir à quelle sauce nous serions mangé. Retour sur un film à part.

William Friedkin plante son décors dans un texas paumé dans lequel personne ne voudrait s’installer. Ici, les petits trafics sont la seule occupation, les familles sont carrément barrées et les malfrats les seuls à tirer les ficelles. William Friedkin nous dépeint alors une Amérique bien sombre dans laquelle plus rien n’a d’importance quand il s’agit d’argent. C’est sur cette situation de chaos que le réalisateur décide de centrer son film. On est alors frappé par la violence des images, par la pauvreté environnante et par le niveau de vie de chacun des protagonistes qui sembl lutter pour s’en sortir. Rarement l’Amérique aura été si peu séduisante.

Le réalisateur prend son temps pour poser les bases de son intrigue et pour nous faire connaitre ses personnages. Ainsi on découvre tour à tour une galérie de personnages haut en couleur qui va du fils naif et looser au père manquant à son devoir en passant par la soeur barrée et la belle-mère vulgaire. Ainsi, et petit à petit, on comprend que le plan est voué à l’échec et qu’à un moment ou à un autre la situation se retournera forcément contre cette famille de loosers de bas étage. Si le rythme est lent on comprend que cette introduction est nécessaire pour mieux appréhender la suite.

La suite ? On commence à la sentir quand Killer Joe prend Dottie comme caution de son paiement et “s’amuse” avec. Là, Killer Joe que l’on trouvait déjà grave prend alors des tournures de film pervers, malsain dont on commence à entrevoir l’issue dramatique. Tout le film repose alors bien sur les épaules de l’imprévisible Killer Joe génial Matthew McConaughey qui tire perpetuellement sur la corde entre le psychopathe obsédé sexuel et le professionnel qui gère son bout de gras. Killer Joe, ce maitre, qui va mettre la famille Smith à ses pieds et leur prouver une bonne fois pour toute que ce sont des gens bêtes et qu’ils méritent leur mésaventure.

Si on peut voir certaines longueur dans les 2 premiers tiers du film, William Friedkin saura mettre tout le monde d’accord dans un dernier tiers absolument insoutenable. Pendant trente minutes, et dès que Killer Joe est rentré dans la caravane qui fait office de maison à la famille Smith, on est sans voix face à la facilité du réalisateur à nous tenir en haleine et à maintenir un niveau de tension complètement allucinante. On sait que les choses vont dégénérer mais on ignore encore comment. Puis c’est un festival, un déferlement d’une violence sans nom dans laquelle tous les coups sont permis et où le bien pensant n’a absolument plus sa place. Rarement on avait vu un final aussi outrancier à la limite du regardable tant il est dérangeant. On est sous le choc, en apnée lorsqu’enfin le générique apparait. Il est alors évident qu’on ne mangera plus de poulets fris avant un bon bou de temps …

Avec Killer Joe, William Friedkin nous dresse le cruel portrait d’une Amérique sans foi ni lois prête à tout pour de l’argent (donner sa soeur, tuer sa mère …) aussi arrogante qu’ignorante et candide. Un film d’une violence rare dont le final outrancier risque d’entrer au panthéon des fins inoubliables. Un vrai choc !

M.

Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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