A quelques jours de la sortie en France de Summer, on a posé quelques questions à Alanté Kavaïté, la réalisatrice du très poétique Summer.

Summer

Quelles ont été vos influences ?

 

Je n’ai pas un film à donner comme modèle pour « Summer », mais le travail du cinéaste plasticien Gus Van Sant m’intéresse beaucoup. Je lui rends hommage dans la scène de la douche. D’une manière plus générale, mes influences viennent surtout des années 60-70, en particulier du cinéma japonais. C’était l’époque d’une grande liberté formelle, d’expérimentations et d’une certaine croyance en la force de l’image qui s’est un peu perdue aujourd’hui.

 

Faire appel à JB Dunckel était-ce en quelque sorte un hommage au « Virgin Suicides » de Sofia Coppola ? 

 

J’avais beaucoup aimé la BO de « Virgin Suicides », mais surtout, j’ai été totalement hypnotisée par le travail d’Air sur le film d’Erik Skjoldbjærg « Pioneer », coproduit par mon producteur. Il y a dans cette BO une profondeur et une noirceur en plus du côté planant, que je n’avais pas entendu jusqu’alors. JB est venu voir mon film en cours de montage et il m’a raconté qu’il était venu dire « non », car trop occupé, mais que finalement le film l’a attrapé. Ce qu’il avait à faire n’était pas facile parce que j’avais déjà accumulé pas mal de musiques existantes et il fallait trouver une harmonie d’ensemble, ce qu’il a magnifiquement réussi.

 

Dans votre vie, êtes-vous plutôt Sangaïlé ou Austé ?

 

 Je suis probablement quelque part entre les deux, mais adolescente, j’étais plutôt sangaïlesque. Citadine comme elle, d’une famille similaire… Surtout concernant mes centres intérêt, l’odeur de kérosène m’attirait davantage que le parfum des défilés de mode. D’ailleurs au-delà des personnages, c’est assez étrange comment aujourd’hui l’actrice elle-même Julija Steponaityté fait écho à moi à 20 ans. Elle étudie aux Beaux-Arts, comme moi, elle fait de la photo et elle est dans une même sorte de réflexion sur sa place entre les Arts Plastiques et le cinéma.

 

D’ailleurs, pourquoi avoir choisi de raconter le point de vue de Sangaïlé plutôt que celui d’Austé ?

 

Parce que c’est elle qui se transforme. Même si Austé change également grâce à cette rencontre, c’est Sangaïlé qui n’est plus du tout la même 2 ans après. De plus, cinématographiquement parlant, se mettre dans peau d’une angoissée, ressentir le vertige, puis s’ouvrir petit à petit et gagner en assurance et en liberté étaient des défis très intéressants.

 

« Summer » est construit en diptyque opposant continuellement les 2 héroïnes. Ne croyez vous pas que deux univers peuvent se rencontrer parfois ? 

 

Exactement. Deux univers opposés peuvent parfois se rencontrer et déteindre l’un sur l’autre. J’ai constamment travaillé par contrastes. Je joue avec la symétrie, avec le fait que l’une est un miroir inversé de l’autre, l’une devient ainsi le révélateur des défauts et des contradictions de l’autre. J’ai imaginé Austé comme le contraire de Sangaïlé. Et c’est parce qu’elle est à l’opposé d’elle qu’Austé peut la surprendre, la bousculer et lui donner l’impulsion d’agir.

 

Cela explique aussi le choix de deux filles comme personnages principaux. Evacuer la question du genre m’a paru indispensable pour concentrer le récit sur l’être humain en construction qui est au cœur de cette histoire. Pourquoi Sangaïlé qui apparemment a tout pour elle est-elle figée par ses peurs et comment se fait-il qu’Austé, la moins privilégiée, est totalement libre ?

 

 L’esthétisme du film est un élément essentiel à son histoire. Avez-vous d’abord réfléchi au fond ou à la forme ? 

 

En ce qui me concerne, ça va toujours ensemble. D’abord, j’ai eu envie de faire un film lumineux, léger et pop sur l’adolescence, tout en traitant des éléments plus sombres liés à cet âge. En quelque sorte, le film que j’aurais voulu voir quand j’avais 17 ans. Et comme à cet âge on a encore du mal à mettre les mots sur les choses qu’on ressent et sur beaucoup de choses tout court, il était évident dès les début de l’écriture que ça allait être un film impressionniste, basé sur les sensations, les émotions plutôt que sur des rebondissements narratifs.

 

Comment le film a-t-il été accueilli dans votre pays ?

 

Il sortira en salles le 21 août et sa sortie est très attendue, puisqu’il a eu la Grue d’Argent (l’équivalent des César en Lituanie) du meilleur film, meilleure actrice pour Julija et meilleur décor. Il a été montré deux fois au festival de Kino Pavasaris à Vilnius où l’accueil a été très chaleureux. Je pense que l’envie de piloter un avion de manière plus ou moins consciente est partagée par tous dans ce pays qui a rapport presqu’obsessionnel au ciel.

 

 Avez-vous déjà d’autres projets ? 

 

J’en ai deux en France, dont un à Paris. Entre mon premier film « Ecoute le Temps » et « Summer », j’en ai eu un autre sur lequel j’avais passé beaucoup de temps et qui finalement n’a pas pu se faire. D’où cette nécessité aujourd’hui d’avancer sur deux projets en parallèle, car la vraie vie se passe sur un plateau de tournage.

 

Summer de Alanté Kavaïté en salle le 29 juillet 2015. 

 

Merci à Alanté pour cette interview accordé et à Léa et Ophélie de Cartel. 

 

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