Pour son premier film, le belge Michael R. Roskam s’attaque au trafic d’hormones en milieu agricole. Un film qui aura définitivement envoyé Matthias Schoenaerts dans la cours des grands.

Jacky est issu d’une importante famille d’agriculteurs et d’engraisseurs du sud du Limbourg. A 33 ans, il apparaît comme un être renfermé et imprévisible, parfois violent… Grâce à sa collaboration avec un vétérinaire corrompu, Jacky s’est forgé une belle place dans le milieu de la mafia des hormones. Alors qu’il est en passe de conclure un marché exclusif avec le plus puissant des trafiquants d’hormones de Flandre occidentale, un agent fédéral est assassiné. C’est le branle-bas de combat parmi les policiers. Les choses se compliquent pour Jacky et tandis que l’étau se resserre autour de lui, tout son passé, et ses lourds secrets, ressurgissent…

Longtemps critiqué pour sa lenteur et son manque d’originalité, le cinéma belge semble pourtant en belle et grande forme, et ce surtout depuis quelques années (L’Enfant en 2005, Dikkenek en 2006, La Merditude des Choses et Mr. Nobody en 2009, etc.). En proposant une intrigue “mafieuse” dans le contexte original du trafic d’hormones, Bullhead confirme clairement cette tendance.

Si Bullhead met du temps à se mettre en place (le contexte agricole n’aidant absolument pas à s’investir dans l’histoire) il se revellera au fil des minutes de plus en plus poignant et des plus hypnotisants.

Si l’on est étranger à la vie des agriculteurs flamants et leur trafic d’hormones dans le milieu de l’élevage bovin, on devient très vite fasciné par le personnage principal : Jacky. Derrière ce prénom un peu léger se cache un homme, une bête. Sous sa carcasse et ses muscles, on découvre un homme qui a perdu toute humanité. On comprend alors que c’est cet homme qui va porter le film et c’est son histoire que Bullhead va raconter. Le trafic d’hormones bovines n’est alors plus qu’un pretexte.

D’abord effrayé par ce physique hors norme et cette brutalité inquiétante, on va petit à petit se prendre d’affection pour Jacky au fur et à mesure que son histoire va nous être comptée. Pourquoi cet homme prend-il des hormones ? D’ou vient sa colère ? Ces questions vont finir par trouver des réponses dès lors que l’on découvre au travers d’un magnifique et bouleversant flash back un évenement qui aura à jamais changer  sa vie. Là on est sidéré par la violence des images et leur cruauté. Dès lors on restera cloué à notre siège, incapable de quitter l’écran du regard. Le réalisateur enchaine les coups pour nous mettre définitivement K.O grâce à un final d’une puissance émotionnelle folle.


Force est de constater que ce Bullhead n’aurait pas été le même sans l’interprétation massive de Matthias Schoenaerts. Sans en faire des tonnes, l’acteur marque les esprits par son charisme et sa prestance juste incroyable. A la fois brute effrayante et simple homme en détresse, Mathias Schoenaerts porte tout sur ses épaules. Héros bestial dont le mal être crève l’écran, Mathias Schoenaerts prouve encore une fois l’étendu de son potentiel. L’acteur belge est en train de frapper un grand coup dans le cinéma francophone.

En vidéo depuis Septembre chez Ad Vitam, Bullhead est incontestablement le film à voir cette année. Dôté d’une très belle édition BR (Interviews et Courts Metrages) on ne pourrait que vous conseiller de vous conseiller ce thriller sombre, poignant et terriblement fascinant. Un film qui ne vous laissera pas indifférant.

M.

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Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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