Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs , Adieu Berthe a fait soufflé un vent de fraicheur sur la Croisette. Malgré un casting grand public, l’humour des frères Podalydès aurait pourtant pu en dérouter plus d’un. Retour sur un enterrement pas vraiment comme les autres.

Mémé is dead. Berthe n’est plus. Armand avait “un peu” oublié sa grand-mère… Pharmacien, il travaille avec sa femme Hélène à Chatou. Dans un tiroir de médicaments, Armand cache ses accessoires de magie car il prépare en secret un tour pour l’anniversaire de la fille… de son amante Alix. Et mémé dans tout ça ? On l’enterre ou on l’incinère ? Qui était Berthe ?

Avec un titre pareil et la présence des frères Podalydès devant et derrière la caméra, on attendait pas grand chose de ce film. Un film qui parle de mort et de vieilles personnes ne nous parlait pas non plus, plus que ça. Pourtant, il ne nous faudra pas longtemps pour nous rendre compte qu’Adieu Berthe navigue dans une autre dimension. Très vite on découvre que le film de Bruno Podalydès ne parlera pas de mort mais de vie, d’amour et de désir. Là on peut embarquer pour le voyage les yeux fermés et profiter pendant une heure quarante de la très belle fable qui se prépare.

Adieu Berthe se distinguera déjà par un humour cynique et noir absolument tordant. Bruno Podalydès se moque de la mort et tourne en dérision tous ses symboles. Le “commerce” de la mort est alors pointé du doigt et sévèrement moqué que ce soit de la recherche d’une entreprise funéraire sur internet à la solution “Toilettes” pardon “Twilight” proposé par l’une d’elle.  Tout dans Adieu Berthe est réuni pour nous montrer la mascarade ridicule liée au décès qui est aujourd’hui un commerce comme un autre. Là les situations drôles s’enchainent, le comique de situation voit le jour et on rit beaucoup devant le spectacle livré par un Denis Podalydès fidèle à lui-même.

Derrière cet humour omniprésent se cache pourtant de nombreuses autres choses. D’abord une réflexion sur la vie et le temps qui passe. Sur les amours présents ou passés. Sur la vie qu’on vit et celle qu’on voudrait vivre. Sur les choix. Armand est pharmacien, père de famille, mari et responsable. Il est aussi magicien et amoureux fou de sa maitresse. Armand est un héros perdu, coincé entre ses obligations familiales et professionnelles et son cœur qui le pousserait vers d’autres inspirations. Bruno Podalydès nous dit que rien n’est facile et que dans la vie on ne fait pas toujours ce que l’on veut. Adieu Berthe devient alors le portrait d’un homme qui voit dans le décès de sa grand mère un compte à rebours de sa propre vie.

Alors qu’on nous avait narré les vertus humoristiques d‘Adieu Berthe, on n’est alors sidéré devant la poésie et la puissance émotionnelle qui s’en dégage. Loin d’être un film léger et facile, Adieu Berthe se révélera au final bien plus marquant et plus beau que prévu. D’un Armand qui n’arrive pas à se décider, à une épouse fidèle et aimante qui ne peut pas renoncer en passant par un fils qui ne croit plus en son père, il y a dans ce Adieu Berthe beaucoup de tendresse et de véritables réflexions sur le couple et la famille. C’est lorsqu’on rendra visite à la maison de retraite de Berthe qu’on prendra une sacrée claque. De la découverte d’une chambre qu’on a jamais connu ornée d’objets et de photos, à la lecture de correspondances entre une jeune fille et son amant magicien, Adieu Berthe se révèlera des plus émouvants. On prend alors conscience qu’une vieille dame a eu une vie un jour, qu’elle a aimé et souffert, qu’elle a été une femme. On pense alors à nous, à nos grands-parents et on espère qu’ils ont eu la vie qu’ils ont voulu. Tout devient alors magique et cette scène finale pleine de vie résume à elle seule ce que devrait être la vie.

Porté par des acteurs complétement saisissants (Valérie Lermercier, Denis Podalydès mais aussi Pierre Arditi qui apparait seulement deux fois) ce Adieu Berthe est une réussite totale. Drôle, intelligent, décalé, respectueux, fantasque, poétique et émouvant, Adieu Berthe est un tour d’illusionniste : on ne cherche pas le truc, on y croit et puis c’est tout.

M.

Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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