Après le choc Hunger, Steeve McQueen revient avec Shame. Un portrait aussi inquiétant que fascinant d’un homme dont l’addiction au sex lui empêche tout rapport normaux avec les femmes  et le plonge dans une solitude écrasante. Et si Steeve McQueeen avait trouvé la recette pour nous scotcher systématiquement dans notre fauteuil ?

Le film aborde de manière très frontale la question d’une addiction sexuelle, celle de Brandon, trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Quand sa soeur Sissy arrive sans prévenir à NY et s’installe dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie..

Toutes les addictions ont leur place au cinéma. Et si l’alcool et la drogue sont souvent à l’origine de nombreux films, il en loin d’être le cas pour une autre addiction, plus rare, plus honteuse : le sexe. On savait que Steeve McQueen avait des corones et que depuis Hunger rien ne pouvait l’arrêter mais son travail sur Shame mérite tous les bravos ! Alors que le sujet pouvait facilement basculer du côté de la farce, Steeve McQueen parvient à parler d’addiction au sexe comme une toute autre drogue. Une addiction fatale qui fait du mal, beaucoup. Une maladie aussi grave que n’importe quelle autre et dont il est très difficile de guérir.

Steeve McQueen ne livre pourtant pas toutes les clefs au début et nous dresse le portrait d’un homme presque lambda qui a une vie sexuelle, un travail, une sœur. Puis, petit à petit, les masturbations dans les toilettes publiques, les vidéos pornos regardées au travail et les aventures d’une minute commencent à nous faire comprendre les choses : Brandon est malade et sa maladie l’handicape grandement. Une souffrance montrée de la manière la plus crue et la plus exempte d’artifices qui met en lumière la solitude d’un homme aussi détestable qu’attachant, aussi froid que pathétique, aussi dangereux que fragile.

Là où Steeve McQueen fait des merveilles c’est dans sa manière de filmer tout, de tout montrer (On en parle du sexe de Fassbender ? ) et cela sans jamais sombrer dans la vulgarité. Les rapports sexuels sont filmés, ils sont froids, violents, dépourvus de sentiments, pourtant, ils ne seront jamais vulgaires. Le sexe n’étant encore une fois qu’une addiction comme une autre et non plus une connexion charnelle entre deux êtres. Il n’y a dans le sexe plus rien d’envieux. Simplement un besoin animal à assouvir continuellement pour éviter le manque et la douleur qui l’accompagne.

Steeve McQueen ne laisse pas beaucoup le spectateur respirer. Alors que l’arrivée de la sœur (aussi névrosée soit dit en pensant) nous avait annoncé un début de guérison pour Brandon, le réalisateur en décide autrement en allant encore plus loin dans un final glacial et sans espoir. Les 30 dernières minutes ne seront autres que la plongée en enfer de Brandon qui prouve que jamais il ne pourra guérir. Un final malsain, dur et hypnotisant dans lequel on découvre avec horreur jusqu’où Brandon peut sombrer …

Impossible de parler de Shame sans parler de Michael Fassbender qui livre une prestation hallucinante où il se met complètement à nu (sans jeu de mots !) et campe avec une conviction et un courage sans nom ce prédateur sexuel malade. Une prestation toute en justesse et en nuance qui aurait du lui valoir un Oscar mais Hollywood n’était peut être pas encore prêt … A ses côtés Carey Mulligan est aussi incroyable. Après la révélation Drive, Carey prouve encore une fois qu’elle est une actrice qu’il faudra suivre et joue avec une candeur agaçante cette sœur névrosée. On retiendra surtout cette scène magnifique où avec une immense émotion elle interprète New York New York. Jamais cette chanson ne nous aura paru si grave. D’ailleurs la BO qui accompagne Shame va dans ce registre et apporte aux propos une dimension plus profonde, plus grave.

Du côté du Blu-Ray pas grand-chose à reprocher tant l’image et le son rendent parfaitement les émotions ressenties au cinéma. Niveau bonus, on aurait aimé plus de choses même si une interview inédite du réalisateur et de son acteur principal est présente et se révèle très intéressante.

Avec Shame, Steeve McQueen confirme qu’il est l’un des grands metteurs en scène d’aujourd’hui capable de donner une approche presque métaphysique à des images dépourvus de sentiments. Et au-delà de cette addiction, c’est la solitude extrême d’un homme qui est montrée et qui nous laissera sans voix. Un choc !

M.

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