Quand le réalisateur allemand le plus audacieux de sa génération s’attaque au complexe d’œdipe cela donne un film profondément moderne, fascinant et très troublant.

Le jeune Peter purge une peine de dix ans pour le meurtre d’un patron de café. Il raconte son histoire au psychologue de la prison. Peter est attentionné, généreux, serviable, mais timide et écrasé par ses parents. Il ne cesse de vouloir acheter aux autres l’amour qui lui a été refusé dans son enfance. Chaque jour, il couvre ceux qu’il aime de nouveaux cadeaux, malgré les soucis financiers grandissants…

Sorti au cinéma pour la première fois en 2011, Je veux seulement que vous m’aimiez n’est pas vraiment un inédit de Fassbinder dans la mesure où il avait déjà été diffusé à la télévision en 1976.

Rainer Werner Fassbinder est considéré comme le cinéaste le plus audacieux de sa génération. Influenceur du cinéma d’Ozon ou encore de celui de Fatih Akin, Fassbinder fait parti de ces grands réalisateurs à avoir contribuer au renouveau du cinéma Allemand.

Ce qui frappe d’abord dans Je Veux seulement que vous m’aimiez c’est sa grande modernité. Presque 30 ans après sa réalisation, le film n’a pas pris une ride et le sujet reste profondément d’actualité. Peter, un ouvrier modèle, va céder à la tentation des crédits. Pour combler un cruel manque d’amour, il va offrir à sa femme la vie dont elle rêve. Malgré les heures supplémentaires, l’aide de ses parents, Peter ne voit pas le bout du tunnel et va s’endetter. Au début par nécessité vitale, puis par pulsions incontrôlables. Croulant sous les dettes, il n’aura plus d’autres issues que le meurtre. La descente aux enfers du héros est magistrale et d’une intensité incroyable. On sent le schéma dramatique s’installer et on se dit très vite que l’issue ne peut pas être favorable.

Loin d’être un héros particulièrement attachant, on ne peut être que désolé pour lui. Même s’il est d’une froideur à pâlir, le début du film nous plonge dans la jeunesse de Peter et nous aide à comprendre mieux le personnage et ses troubles. Le titre plus qu’évocateur résume à lui seul le sentiment du protagoniste. Enfant mal-aimé, cherchant toujours l’affection de sa mère et le respect de son père, Peter ira même construire une maison à ses parents pour attirer leur attention et espérer enfin leur amour. Suite à ce traumatisme il va vouloir acheter l’amour des autres et en particulier celui de son épouse. La solitude de Peter est alors des plus angoissantes et des plus tristes. Et on se prend d’affection pour lui, on éprouve une grande pitié envers ce malheureux qui voulait juste que l’on l’aime un peu…

Construit comme un gigantesque puzzle, Je veux Seulement que vous m’aimiez détonne par sa mise en scène incroyablement maitrisée. Le déroulement narratif du film est interrompu par des flashbacks troublants. Petit à petit on assemble les pièces, rapproche les différentes histoires pour déceler les origines de la folie de Peter. Le schéma linéaire classique vole alors en éclat et nous immerge au plus profond de l’inconscient de cet ouvrier malheureux.

Et pour comprendre un peu plus le film et son origine, un très beau documentaire de Robert Fischer est présent dans les bonus du DVD : De l’amour et des contraintes. Au delà du simple making-off, on en apprend plus sur Je veux seulement que vous m’aimiez, son réalisateur et surtout sa proximité avec Peter. Un héros qui apparait plus que jamais comme un reflet de Fassbinder qui aurait puisé dans son histoire personnelle pour écrire ce film. Troublant.

Carlotta fait du bien au cinéma en éditant ce drame romanesque dans une édition Blu-Ray en tout point parfaite ! Bouleversant, fascinant et profondément moderne, Je Veux seulement que vous m’aimiez marquera les esprits longtemps après le générique final.

M.

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