Après des journées relativement calmes en termes d’affluence, la Croisette semble avoir retrouvé ses fidèles. Nous sommes nombreux ce matin en Lumière pour découvrir l’affiche de cette 74ᵉ édition : The French Dispatch de Wes Anderson. Il faut dire que le film du magicien américain était prêt depuis un an et attendait sagement sa montée des marches. Avec son casting cinq étoiles, son tournage à Angoulême et son sujet autour du journalisme, les ingrédients étaient réunis. Trois secondes du générique suffisent pour nous transporter dans l’univers féérique et enchanteur de Wes Anderson. Plan fixe. Plateau qui tourne. Des verres qu’on dépose. C’est virevoltant. On fait alors la connaissance d’une équipe de rédaction d’un journal américain publié en France. Chaque journaliste propose un sujet au rédacteur en chef et le film épouse alors la thématique présentée. The French Dispatch est un film à sketchs dans lequel chaque histoire est indépendante. Passé l’effet de style de la première, on se rend compte de la difficulté de l’exercice sur ce format : chaque tableau efface le suivant. Comme si Wes Anderson dessinait à la craie et que pour refaire un dessin, il devait effacer le précèdent. Et vue la quantité d’idées dans chaque tableau on peut s’avouer que c’est vraiment dommage. Qui dit film à sketchs dit aussi comparaison entre eux. Ici, c’est le tableau inaugural d’Owen Wilson qui nous aura le plus emballé. Suivi de l’histoire du peintre. Évidemment, on est chez Wes Anderson alors la mise en scène est magique, mais on aurait aimé un peu plus d’émotions et un peu plus de prise de risque. Côté casting, c’est un véritable défilé et il nous faudra deux pages pour tous les citer. Là aussi, même si on les adore tous, force est de constater que cette surenchère au casting nous sort un peu du film à force de se demander si on n’aurait pas raté un acteur dans un plan… Un Wes Anderson très Andersonien en somme qui ne marquera pas nos esprits comme l’ont pu le faire en leur temps une Famille Tenenbaum ou un Moonrise Kingdom. 

The French Dispatch : date, casting... Tout sur le prochain Wes Anderson

Le temps de feuilleter Gala Croisette et de faire le point sur les influenceuses qu’on ne connait pas qui ont monté les marches la veille, nous voici de retour en salle. Cette fois-ci, pour Un Héros d’Asghar Farhadi. Le genre de film qu’on a mis à 15 h 30 en montée officielle se disant qu’il n’attirait pas les foules. Et pourtant… 2 h plus tard, Farhadi, le conteur d’histoire a encore frappé. Un Héros raconte comment l’engrenage dans lequel tombe Rahim, déjà en prison pour une histoire de dettes qui ne sait plus qui écouter et quoi faire pour sauver sa peau. Le film raconte la manipulation des puissants sur la classe moyenne iranienne. La solidarité des plus faibles face aux dirigeants. Dans un drame où personne ne sort gagnant. C’est intelligent. Politique. Jamais misérabiliste. Donc élégant. Amir Jadidi est épatant dans ce rôle d’homme dépassé par les évènements à la recherche d’une deuxième chance. On pose une pièce sur la présence d‘un Héros au palmarès !

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En cette veille de 14 juillet, il y a donc du monde. Et pendant qu’Aline fait un triomphe à côté, nous sommes en Debussy pour découvrir le nouveau Desplechin : Tromperie. Le film raconte les aventures amoureuses de Philip (Roth) écrivain charismatique américain désormais installé à Londres. Dans sa vie, il y a sa femme mais surtout une Anglaise, plus jeune et plus libre. Ils vont s’aimer et se séparer dans une sorte de huis clos dans l’appartement de Philip. Il faut s’accrocher pour apprécier Tromperie. Desplechin change de registre et propose une approche plus verbale et plus pompeuse qu’à l’accoutumé. La mise en scène est sobre et élégante et les deux acteurs vraiment impressionnants même si on met du temps à croire au couple Podalydès / Seydoux. Un film qui aborde un peu trop un point de vue masculin. Difficile à accepter dans un Cannes très tourné vers les femmes. Reste des grandes scènes de dialogue habitées et des plans à tomber !

Tromperie: Léa Seydoux, Denis Podalydès

Il est 21 h 30 et il reste 15 petites minutes avant de découvrir Titane. Après une bande-annonce nébuleuse et des images qui ont déjà bien intégré nos yeux, c’est le moment où on se dit que le film peut-être un miracle comme un nanar. Et là il va falloir nous faire confiance, car on va rester vague pour ne pas vous gâcher la surprise. Titane est un concentré de tout. L’introduction au milieu d’un festival de voiture tout droit sorti de l’univers de Fast & Furious pose les bases : ouvrez grand les yeux, car vous ne verrez pas ça tous les jours. Il y aura du sang, du sexe, une imma(tri)culée conception, un changement de look, des retrouvailles, des pompiers, de la testostérone, une question de genre… Comme ça, ça sonne vraiment bizarre mais on vous assure que la géniale Julia Ducournau a bien rangé la chambre. Impossible de décoller le regard. Impossible de se retirer les images de la tête. Tout est là. Puissant. Hautement résistant aux jours et aux autres films. Agathe Rousselle est LA révélation du film (Un prix d’interprétation à la clef ne serrait pas volé pour un rôle qui évolue au fil du film en plein dans les questions sur le genre). Vincent Lindon est incroyable tout en puissance et en tendresse. On dit souvent que le deuxième long est le vrai test, Julia Ducournau l’a passé avec brio. Titane est hors catégorie ! Trop gros pour le jury ? Réponse samedi soir, mais nous on a presque envie d’y croire !

Le film “Titane” à Cannes et en salles : Julia Ducournau et Agathe  Rousselle sont les invitées des Matins d'été

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Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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