Après le poétique My Bluebery Night en 2007, Wong Kar-Wai est de retour en 2013 avec The Grandmaster. Un film sur les origines du Kung-Fu histoire de vérifier si le réalisateur chinois est vraiment le maître !

The_GrandMaster_1Chine, 1936. Ip Man, maître légendaire de Wing Chun (un des divers styles de kung-fu) et futur mentor de Bruce Lee, mène une vie prospère à Foshan où il partage son temps entre sa famille et les arts-martiaux. C’est à ce moment que le Grand maître Baosen, à la tête de l’Ordre des Arts Martiaux Chinois, cherche son successeur. Pour sa cérémonie d’adieux, il se rend à Foshan, avec sa fille Gong Er, elle-même maître du style Ba Gua et la seule à connaître la figure mortelle des 64 mains. Lors de cette cérémonie, Ip Man affronte les grand maîtres du Sud et fait alors la connaissance de Gong Er en qui il trouve son égal. Très vite l’admiration laisse place au désir et dévoile une histoire d’amour impossible. Peu de temps après, le Grand maître Baosen est assassiné par l’un de ses disciples, puis, entre 1937 et 1945, l’occupation japonaise plonge le pays dans le chaos. Divisions et complots naissent alors au sein des différentes écoles d’arts martiaux, poussant Ip Man et Gong Er à prendre des décisions qui changeront leur vie à jamais…

Après nous avoir complètement emporté avec In The Mood for Love puis 2046, on doit dire qu’on avait placé Wonk Kar-Wai très très haut dans notre estime. Si on avait été quelque peu déçu par My Blueberry Night, on était quand même bien emballé par ce nouveau projet. Même si on est pas amateur de Kung-Fu (ni de sport de combat d’ailleurs sauf quand il y a Tom Hardy au casting) les premières images d’une rare beauté nous avaient vendu The Grandmaster comme l’un des grands films de 2013.

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Et seulement quelques minutes après nous être plongé dans le film on se dit que notre intuition était bonne. Un plan juste sublime sous la pluie où les coups partent, le sol tremble et nous restons sans voix face à ce qui se trame devant nous. The Grandmaster est bien une fresque de Kung-Fu où vont s’affronter quatre maîtres à l’occasion d’un tournoi pour succéder au Grand maître Baosen. Pas besoin alors d’être amateur du genre pour en prendre plein les yeux. Les combats, orchestrés comme des balets, vous scotcherons à votre siège et vous feront vous demander quand pour la dernière fois vous avez vu quelque chose de si beau au cinéma. Le combat sur le quai de la gare par exemple pourra à lui seul valoir une place au panthéon des scènes de cinéma d’une beauté à vous couper le souffle.

Derrière la beauté de ces images se cachent quand même bien plus qu’un film qui mise tout sur son esthétisme. Et derrière ces combats, Wonk Kar-Wai décide de nous livrer une chronique humaine d’une puissance inouïe sur la vie de son héros, Ip-Man. De la famille détruite par la Guerre à la volonté de faire renaitre l’art martial en passant par une somptueuse histoire d’amour non consommée, The Grandmaster devient passionnant quand il s’intéresse vraiment à l’homme avant le maitre d’armes. Wong Kar-Wai semble bien être le Maître quand il nous immisce dans le ford intérieur de ses personnages. On est alors sonné et on accuse les coups avant de plier à la verticale.

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Fidèle à lui même et à ses habitudes, Wong Kar-Wai ne lésinera pas sur les ellipses. Une construction narrative assez décousue qui mixe passé et présent et change d’angles de vue pourra alors dérouter et laisser sur la route certains spectateurs non initiés. Il est alors très facile quand on ne connait pas l’histoire de Chine de se perdre entre deux combats, entre deux récits, et de ne plus savoir vraiment qui est qui ou qui est où. Et même si la perdition est fascinante et qu’elle laisse planer sur le film des dizaines de mystères, on se dit qu’un petit retour dans les salles de cinéma s’impose histoire de tout saisir.

Loin du pur film du Kung-Fu auquel on s’attendait, The Grandmaster se révèle être un très grand film. Une fresque intimiste sur des personnages passionnants qui cherchent à donner un nouveau sens à leur vie. Grandiose !

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Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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