Présenté en compétition officielle à Cannes, Des Hommes sans loi signe le grand retour derrière la caméra de John Hillcoat. Retour sur un film magistralement maitrisé à mi chemin entre le Western et le film de gangsters.

1931. Au cœur de l’Amérique en pleine Prohibition, dans le comté de Franklin en Virginie, état célèbre pour sa production d’alcool de contrebande, les trois frères Bondurant sont des trafiquants notoires : Jack, le plus jeune, ambitieux et impulsif, veut transformer la petite affaire familiale en trafic d’envergure. Il rêve de beaux costumes, d’armes, et espère impressionner la sublime Bertha… Howard, le cadet, est le bagarreur de la famille. Loyal, son bon sens se dissout régulièrement dans l’alcool qu’il ne sait pas refuser… Forrest, l’aîné, fait figure de chef et reste déterminé à protéger sa famille des nouvelles règles qu’impose un nouveau monde économique. Lorsque Maggie débarque fuyant Chicago, il la prend aussi sous sa protection. Seuls contre une police corrompue, une justice arbitraire et des gangsters rivaux, les trois frères écrivent leur légende : une lutte pour rester sur leur propre chemin, au cours de la première grande ruée vers l’or du crime.

Librement adapté du roman fictif de Matt Bondurant, Pour quelques gouttes d’alcool, Des Hommes sans loi a bien failli ne jamais voir le jour. Projet débuté en 2008, le réalisateur de The Proposition et de La Route a du mal à convaincre les studios. Trop “rural” et surtout débarqué en pleine crise économique, les financements manquaient pour concrétiser le projet. Fort heureusement, John Hillcoat n’a pas cédé aux diverses pressions et nous propose 4 années plus tard le film qu’il voulait réaliser.

John Hillcoat semble avoir une prédisposition à réaliser des Westers. Après The Proposition et La Route, le réalisateur choisit une nouvelle fois des décors ruraux pour nous raconter une histoire. Cette fois-ci, il s’agira de contrebande d’alcool en pleine prohibition dans une petite ville de Virginie où la corruption de la police fait rage. Bien inspiré, John Hillcoat fait alors petit à petit basculer son western vers un film de gangsters. La force Des hommes sans loi résidera alors dans cette capacité à jongler continuellement entre ces deux genres qui finissent par se compléter à la perfection.

Au delà d’un palpitant film de gangsters (une scène de fusillades sur le pont devrait marquer tous les esprits!), Des hommes sans loi va s’attarder sur les notions de famille et de responsabilité envers ses proches. John Hillcoat va faire graviter son film autour de trois frères au tempérament bien différents et aux rapports de force qui les unissent. Du grand frère matriarche et patriarche au plus jeune plus timoré mais admiratif en passant par le cadet en peine à de nombreux démons, Des hommes sans loi met en lumière l’amitié fraternelle et propose une réflexion sur les rapports de force, et surtout sur la difficulté de trouver sa place même au sein de sa propre famille.

Dans la pure tradition du film de gangsters le réalisateur australien exploitera le thème du sentiment d’immortalité que possède les frères Bondurant. Comme les hors-la loi et les gangsters des années 30, les frères Bondurant se pensent invincibles. Sans arrêt ils flirtent avec la mort mais pensent que rien ne peut leur arriver. Forrest, véritable force de la nature, pense qu’il peut remporter la bataille de l’immortalité. John Hillcoat au delà de ce thème veut nous transmettre l’idée que les gangsters sont éternels et qu’ils sont des  mythes qu’on peine à voir disparaitre.

John Hillcoat parvient également à donner un rôle fort à une femme. Dans un monde dominé par les hommes, c’est une femme qui va s’avérer être le personnage le plus fort. Maggie, complexe et grave, vient donner à Des hommes sans loi un côté très romantique et très charnel. A elle seule, elle vient illuminer le film de sa présence solaire, tantôt forte tête invinssible tantôt chaleureuse et profondément émouvante. L’histoire d’amour presque impossible entre Forrest et Maggie, tous deux abimés par la vie, vient apporter au film un petit supplément d’âme.

Des hommes sans loi n’aurait sans doute pas été le même sans ce casting en tout point parfait. Si l’on avait aucun doute sur le talent de Tom Hardy, de Jessica Chastain et de Guy Pearce, on émettait certaines réserves sur la présence de Shia LaBeouf sur l’affiche. Pour la première fois, l’acteur parvient à convaincre sans agacer. Dans Des hommes sans loi il interprète le plus jeune des frères Bondurant en plein apprentissage de la vie qui devient petit à petit adulte. Shia LaBeouf est saisissant et passe pendant deux heures par toutes les émotions !

Avec une mise en scène légère et aérienne (John Hillcoat laisse les images parler d’elles-même), une photo magnifique et une bande originale superbe, Des hommes sans loi fait parti de ces petits bijoux qui en plus d’être véritablement divertissant n’en sont pas moins intelligents. Bien sur on est encore loin des classiques et Des hommes sans loi n’entrera sans doute pas dans la mémoire collective mais le contrat de départ est pleinement rempli. A la prochaine Mr. Hillcoat.

M.

Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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