Après Edith Piaf et Serge Gainsbourg, le cinéma décide de porter le mythe Claude François sur grand écran. Florent-Emilio Siri s’y colle et signe un très grand film porté par un Jérémie Renier transcendé et transcendant. Un biopic moderne qui fait du bien au cinéma français.

Cloclo, c’est le destin tragique d’une icône de la chanson française décédée à l’âge de 39 ans, qui plus de trente ans après sa disparition continue de fasciner. Star adulée et business man, bête de scène et pro du marketing avant l’heure, machine à tubes et patron de presse, mais aussi père de famille et homme à femmes…
Cloclo ou le portrait d’un homme complexe, multiple ; toujours pressé, profondément moderne et prêt à tout pour se faire aimer.

La Bande-Annonce nous avait promis quelque chose de grand, de très grand. Et après les 2h30 que durent le film, on se dit qu’on ne s’était pas trompé une seule seconde et que ce Cloclo là va nous marquer à vie ! Outre la ressemblance physique évidente, Jérémie Renier incarne (ou devrait-on dire habite) un Claude François plus en vie que jamais. Il est l’évidence du film et nous fera nous demander vraiment à quoi ressemble le “vrai” Claude. Un bluffant tour de magie.

Florent-Emilio Siri décide de nous raconter la vie de Claude François. Non pas la vie fantasmée mais sa véritable vie. Ses bons comme ses mauvais côtés. Il lève ainsi le voile sur bon nombre de mystères et dévoile une personnalité finalement assez méconnue. Pour comprendre l’homme tourmenté, violent, jaloux, perfectionniste  et exigeant, le réalisateur remonte le temps et explore intelligemment l’enfance de la future idole des jeunes. On apprend ainsi beaucoup sur sa vie en Egypte, sur ses origines italiennes, sur sa relation fusionnelle avec sa mère et chaotique avec son père. A travers cette introduction on voit les premiers traumatismes et le désir déjà d’être reconnu par ses proches. Claude François c’est un gamin qui cherchera éternellement à rendre son père fier. Florent-Emilio Siri l’a compris et exploite avec une grâce folle cette relation qui a volé en éclat quand le fils décide de choisir une carrière artistique. La scène dans laquelle Claude rêve du sourire de son père quand il lui fait écouter Comme d’habitude est d’une beauté fragile et montre à quel point la reconnaissance du père était essentielle pour Claude. Une figure paternelle manquante qui l’empêchera à jamais de grandir et de devenir père à son tour.

Dans Cloclo on découvre un autre Claude François. On oublie le chanteur à minettes adorateur de paillettes et de tenues farfelues et on se penche sur l’homme. Très vite on apprend qu’il est emprunt à des crises. Sa jalousie maladive (dans ses relations amoureuses et dans la réussite des autres), son exigence absurde et son côté très mégalo sont enfin révélés au grand jour et feront passer Cloclo pour un maniaque dérangé obsédé par sa carrière et par son image. Quand on a toujours connu vu Claude François comme un chanteur pop, c’est sur ça surprend un peu ! On voit ainsi la face cachée de l’homme qui essayait d’être parfait. On découvre le père absent, préférant cacher un de ses deux enfants pour ne pas salir son image de séducteur. L’homme qui enchaine les conquêtes qu’il choisit souvent parmi les fans, incapable de s’engager. Un homme finalement profondément égoïste, méchant et cruel. En parallèle on découvre aussi l’homme brisé par une famille bancale et des relations amoureuses désastreuses. L’homme qui ne supporte plus les mensonges de sa mère criblée de dettes de jeux, le manque d’amour des femmes et la difficile reconnaissance de ses pairs. Un homme accablé de chagrin, peu sur de lui, au bord du gouffre au départ de France Gall et qui cherche toujours de la fierté dans les yeux des autres. Un homme passionné, excessif toujours et auto-destructeur. Un portrait ainsi très complet de l’homme mystérieux qu’était Claude François qu’on découvre photographe de charme, directeur de sa propre maison de disque, rédacteur en chef de magazines, producteur, et homme d’affaire avant tout. Un touche à tout brillant capable de mener dix projets à la fois et qui savait mener sa carrière comme personne. Un homme profondément moderne qui avait une dizaine d’années d’avance sur son époque.

Florent-Emilio Siri réussi à réaliser un biopic extrêmement moderne grâce à une mise en scène sublime et des plans séquences carrément déments ! Pendant près de 2h30 les scènes se suivent et ne se ressemblent jamais. Les pas de danses de Jérémie Renier claquent sous les tambours, les chansons passent très très bien (même pour les non-fans) et les décors sont époustouflants. Certaines scènes marqueront à jamais notre esprit et Florent-Emilio Siri prouve qu’il est très habile derrière une caméra. Un film qui ne manque pas une seconde de rythme mais qui n’oublie pas de se pencher sur l’essentiel. On a ainsi l’impression de voir un biopic sur Mick Jagger alors que Claude François n’a jamais touché ni à l’alcool ni à la drogue. Carrément Rock !

Jusqu’à la dernière minute on espère que la fin ne sera pas la même. Maisquand on voit la date fatidique du 11 Mars 1978 s’inscrire en bas de l’écran on se dit qu’on va malheureusement arriver à la même conclusion. Cette scène sous la douche est une pure merveille et Florent-Emilio Siri créait un climat d’une tension inouïe en jouant un peu avec les nerfs des spectateurs…

Impossible de parler de Cloclo sans mentionner l’immense performance de Jérémie Renier qui signe bien évidemment le plus grand rôle de sa carrière. Au delà de la ressemblance physique, il a su intégrer les gestes, mimiques, dictions de Claude et réalise aussi une prouesse inoubliable en tant que danseur. Jérémie Renier a ressuscité Claude François et l’habite si bien qu’il nous ait impossible de dissocier les deux hommes. A ses côtés, hors Benoit Magimel, méconnaissable en Paul Lederman, Siri décide de s’entourer d’acteurs méconnus sans doute pour éviter au spectateur de se demander tout le film “ha oui lui dans quoi d’autre il a joué lui déjà?”.  Aucune possibilité de sortir alors du film. On est alors scotché, fasciné et irrésistiblement passionné par ce destin hors norme.

L’édition Blu-Ray est carrément bluffante. L’image, le son (clair, puissant, précis) et le rendu est proche de la perfection. On a rarement sous les yeux un Blu-Ray d’une telle qualité ! Tout l’art de la mise en scène de Florent-Emilio Siri peut alors exulter.

Côté bonus une mise en lumière sur la préparation de Jérémie Renier comme on pouvait s’y attendre est bien présente. Un Making-Off et des commentaires du réalisateur seront aussi présents. De même qu’une très intéressante série d’entretiens de personnalités qui ont approchés Claude François. Pour finir, une interview inédite et illustrée de Claude François viendront clôturer cette édition  Blu-Ray magistrale. De plus, le Blu-Ray est accompagné du DVD de film en version longue où vous trouverez entre autre  l’incendie du moulin ou la fusillade sur l’autoroute. De quoi alimenter un peu plus le mythe Cloclo.

Grâce à Florent-Emilio Siri et à Jérémie Renier, Cloclo est revenu de parmi les morts !  Ils nous proposent une fresque inoubliable sur la vie personnelle et artistique de l’idole des jeunes foudroyée en plein succès. Un film brillant, inspiré et très intelligent qui n’a jamais rendu Cloclo aussi moderne ! Un Blu-Ray à posséder absolument !

M.

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Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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