Pour son premier film distribué en France, Destin Cretton nous présente States of Grace. Une virée poignante dans un foyer pour adolescents directement inspirée de sa propre vie.

Sensible et déterminée, Grace est à la tête d’un foyer pour adolescents en difficulté. Parmi les jeunes membres de son équipe, diversement expérimentés, la solidarité et le bon esprit sont de mise. Jusqu’à l’arrivée soudaine d’une fille tourmentée qui ignore les règles du centre et renvoie Grace à sa propre adolescence… pas si lointaine.

Si sur le papier on était pas des plus convaincus, quelle fut la surprise quand on a découvert ce petit film à Deauville lors du Festival Américain de 2013. Un foyer pour adolescents en mal d’amour, un nouvel éducateur qui va devoir apprendre à gérer au quotidien… un monde qu’on connait peu mais dont la rengaine semble familière. Sans trop savoir pourquoi ni comment, le jeune réalisateur nous aura pris à froid. D’abord parce que si on s’attendait à une chronique sur des enfants instables, on ne s’attendait pas à voir les éducateurs aussi bancals et mal en point qu’eux. Et si tout ce petit monde nous parait sympathique et attachant, force est de constater que States of Grace sera l’histoire d’une seule personne, celle de Grace. Ce n’est pas pour rien que le titre français ne reprend pas le Short Term 12 original… Il faudra l’arrivée d’une nouvelle pensionnaire, encore plus troublée que les autres, pour percer le mystère de Grace. Là, on est complètement retourné, perdu et tellement en colère contre les coups bas de la vie.

Pour ne pas tout vous spoiler, on vous dira seulement que malgré son sujet et le mal-être qui plane sur tous ses protagonistes, States of Grace se révèlera lumineux et plein de vie. Entre une bataille d’eau inoubliable dans les couloirs et un enfant courant dans un jardin un drapeau américain autour du cou, on aura ressenti beaucoup de tendresse. States of Grace est alors un film des plus attachants, ce genre de petit bijou indé qui vient mettre tout le monde d’accord. Rares sont les films qui parviennent à nous faire passer par autant d’émotions, de la plus sombre à la plus lumineuse qui nous aura souvent donné envie de croire en la beauté des choses. States of Grace nous aura même donné un peu plus foi en la nature humaine. Admiratif devant ces gens dont le travail est au service des autres. Admiratif et reconnaissant envers ceux qui se battent au quotidien tout simplement par passion et par besoin de faire changer les choses.

Au delà de la mise en scène qui nous aura complètement subjugué, on retiendra le casting forcément prometteur qui nous aura permis d’assister à la naissance d’une future grande. Elle, c’est Brie Larson, pour beaucoup un visage qui nous rappelle vaguement quelque chose, pour d’autres, une parfaite inconnue révélée ici. Au premier plan, elle impose de sa présence et illumine le film. A l’aise dans toutes les couches de son personnage, Brie Larson, sublimée par sa fragilité, nous aura fait l’effet d’une bombe. Si on s’enflamme un peu, Hollywood en fait de même, en l’imaginant déjà comme le futur visage du cinéma US… Rien que ça !

Qui dit premier film, dit forcément défaut. Si on apprécie la pudeur et l’extreme délicat dosage du pathos, Destin Cretton se laisse parfois un peu emporté et se tourne vers la facilité et une surenchère des sentiments parfois dérangeante. On a parfois l’impression que tous les maux du monde se sont abattus sur ce pauvre foyer…

Bref, on gardera un excellent souvenir et des frissons encore présent à la fin du générique de fin. Surtout, on restera quand même sidéré par la fraicheur du film et l’aisance d’un réalisateur pour un début dans la cour des grands. Puissant, émouvant et vraiment prometteur.

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Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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