Depuis leur premier album “Forty Love”, le duo Housse de Racket avait un peu disparu de la scène française. Les voilà de retour avec Alesia, leur très surprenant mais très réussi nouvel album. C’est dans une ambiance bien sympathique que 2muchPoney a rencontré Pierre et Victor pour parler de tout sauf de Tennis! Rencontre…

Quel regard portez vous sur « Forty Love », votre premier album sorti en 2008 ?
Victor : On est toujours aussi fiers de ce disque et on sait pourquoi on l’a fait et comment on l’a fait. Il y a une certaine évolution dans le son aujourd’hui. C’est un album très honnête et cela correspondait à notre volonté de faire un « concept album » dans la tradition des années 70 comme Bowie ou Gainsbourg qui étaient nos principales influences pour ce disque. Le premier disque est un concentré de toutes nos influences, on a essayé de tout recracher. On est conscient de ses faiblesses mais on adore ce disque.

Vous vous sentiez comme « prisonniers » du succès de « Oh Yeah » véritable tube populaire ?
Pierre : C’est mieux d’avoir un morceau que les gens connaissent plutôt que pas du tout. On est arrivés en même temps que des groupes comme les BB Brunes, que l’on respecte beaucoup, mais on a une dizaine d’années de plus, et on se sentait pas du tout dans cette mouvance là. Même notre public était différent. C’est vrai qu’on pouvait sentir un certain décalage entre « Oh Yeah » et d’autres titres de l’album comme « Virage » qui sonnait beaucoup plus psychédélique. On l’a bien cherché aussi quelque part ! On peut pas s’en plaindre !  En plus on a composé ce morceau assez tard par rapport aux autres et on le trouvait assez cool, mais on a plutôt été surpris de ce succès.
Victor : Et puis « Oh Yeah » rien que par son nom, est très positif, sonne très pop. L’image d’un truc assez léger.
Pierre : c’est certain que ça nous a ouvert des portes plus que ça nous en a fermé.
Victor : mais c’est vrai qu’avec ce morceau on a vite eut une image, il y a eut certains malentendus. On avait envi de dire  que Housse de Racket ce n’était pas que « Oh Yeah ». Et les gens le découvraient en concert, et j’espère qu’ils le découvriront encore plus avec ce nouvel album. C’est tout le paradoxe d’avoir un titre très en avant par rapport à d’autres un peu moins.

« Alesia » est finalement un album en rupture avec « Forty  Love ». C’était une volonté pour vous ?
Victor : Pas tellement une volonté en fait. Un deuxième album n’est pas un deuxième groupe. C’est les mêmes composantes mais pas mélangées de la même manière. On a compris plein de trucs en tournant à fond à l’étranger. Depuis « Forty Love » on a  compris pleins de choses. Pour cet album les compositions étaient beaucoup plus cohérentes et réalisées sur une période beaucoup plus courte. Il y a une rupture c’est évident.
Pierre : mais on ne se disait pas qu’on voulait faire cet album dans un esprit de revanche. C’était une évolution tout à fait naturelle. On a commencé à enregistrer ce disque pendant la tournée de « Forty Love » sans avoir vraiment le temps. On est parti une semaine dans le sud de la France avec aucune matière, rien. Cette semaine là c’est « Alesia » qui est sorti mais peut être que la semaine suivante ça aurait été autre chose. C’est instantané, comme un « moment » de Pierre et Victor.

Vous pensez qu’il vous ressemble un peu plus cet album finalement ?
Victor : il ressemble plus au moment où il va sortir. Forty Love nous ressemblait quand on était jeune, et plus vraiment au moment de sa sortie. On avait déjà envi d’autre chose. Et là ça nous ressemble un peu plus aujourd’hui. Mais depuis notre première démo, il y a toujours eut un truc très atmosphérique et psychédélique dans notre musique et qui se ressent pas du tout sur « Oh Yeah ». Mais c’est tout le paradoxe de notre groupe, on aime aussi la pop. Il nous semble intéressant de mélanger les deux : de la musique un peu plus libre et de la musique pop.

Pourquoi  avoir choisi de nommer votre album “Alesia” ?
Pierre : On trouve que c’est un très beau mot. Alesia a pleins de symboles pour nous. Il y a un truc autour de la France et l’identité française. Sans que ce soit patriotique. On a beaucoup tourné à l’étranger et on a peut être eu une autre vision de la France depuis l’étranger. Ce n’est ni un hommage ni une critique de la France. Alesia est aussi très poétique, c’est une célèbre défaite pour nous, mais pour les étrangers c’est juste un beau prénom féminin.
Victor : la défaite est très romantique d’une manière générale, c’est cette idée là qui s’en dégage. Sans aucun jugement.

Dans ce nouvel album, vous chantez encore une fois en Anglais et en Français. Pourquoi ce choix de ne pas choisir?
Pierre : on a choisi de ne pas choisir car l’anglais est naturel pour nous, dans notre évolution. Et les morceaux s’y prêtaient.
Victor : on a fait des essais, on a enregistré dans les deux langues. Et la voix ne sonne pas pareil.
Pierre : on ne veut pas s’interdire quoi que ce soit. Comme Kraftwerk qui chante parfois en allemand parfois en japonais pour atteindre une certaine universalité. Mais on a voulu conserver le français car ça peut être une langue magnifique quand elle est bien employée. On ne sait pas si on a forcement  bien réussi mais le français est beau.
Victor : comme dans le titre « les hommes et les femmes », c’est une idée très belle. C’est pas possible de traduire, ça nous appartenait moins.
Pierre : tout comme « château » qui pour n’importe quel américain aura une signification. De même pour « Roman », « Empire », « Chorus », « Aquarium ». C’était vraiment un choix de ne pas choisir.
Victor : et on espère avoir fait un français international et non destiné uniquement aux français.

Pour Alesia, vous avez collaboré avec le producteur Philippe Zdar. Comment ça s’est passé?
Victor : c’est nous qui sommes allés le chercher. On le connaissant un peu car on avait des potes en commun : Cassius. Notre manager a réussi à le faire déplacer dans nos studios, il était débordé car c’était en 2008 à l’époque de Phoenix. Il était très demandé, son portable n’arrêtait pas de sonner. Il n’avait pas beaucoup de temps, on sentait qu’il était pressé, il était nerveux et impatient. On a joué 3 démos avec le plus de cœur qu’on pouvait et ça lui a plutôt plu. Il s’est prit au jeu et a plongé dans notre univers. C’était un vrai échange et j’espère qu’on lui a apporté autant que lui nous a apporté.
Pierre : C’était important qu’on lui joue les morceaux live la première fois, à 2, guitare- batterie. Beaucoup plus que s’il avait juste écouté nos morceaux. On a personnalisé le truc, et on a montré où on voulait aller. On avait le trac mais on était sûr de notre truc. Il a du le sentir.
Victor : la direction musicale était déjà là, on savait exactement ce qu’on voulait, quels genres de sons. La couleur de tout le disque était déjà là.
Pierre: et justement ces trois morceaux qu’on lui a joué, il nous a dit tout de suite ok, limite on paraît direct en studio ! Alors que pour nous c’était nos tous premiers morceaux et ça nous a donné de la confiance par la suite.
Victor : oui, une sorte de mètre étalon. Les morceaux devaient être au moins au même niveau que ceux là, et on s’est défoncés pour y arriver !
Pierre : ça a marché, et c’était une expérience musicale et humaine magnifique. Ça s’est terminé dans une émotion totale. Il ne voulait pas que notre musique triche, comme lui ne triche pas. S’il aime vraiment ton truc, il va le prendre dans ses bras, mais s’il déteste il te le dira. Il a cette exigence d’honnêteté.
Victor : On a toujours considéré la musique comme un voyage, et ce disque en entier est un grand voyage. On est pas le même avant et après je pense.

Ce côté épique dans votre musique, vous le ressentez ? Une sorte d’aventure au final…
Victor : oui. Je ne sais pas ce qui nous arrive mais depuis qu’on écrit de la musique, on a toujours eut ce côté très épique (rires). Toujours ce côté seul sur une montagne face à une horde de loups (rires). C’est ce qui nous touche, ça vient naturellement. Amplifié par Zdar qui s’est très pris au jeu, avec des sons très amples, futuristes et presque apocalyptiques.
Pierre : on est fan de cinéma, et il y a toujours eut un aspect narratif dans nos morceaux. Quand on était ados on recherchait ça. Quand on allait à la fnac chercher des disques et qu’on voyait qu’un morceau faisait 9 minutes, on se disait que ça avait l’air trop cool ! (rires). Genre c’est un vrai morceau quoi ! ça nous a toujours fasciné. Et on s’est bien trouvé musicalement.
Victor : oui, plus c’est long plus on se disait que c’était cool. Alors que pas du tout, parfois t’as des trucs de 9 minutes insupportables.
Pierre : et maintenant qu’on est dans la musique, on admire d’autant plus des morceaux comme les Beatles où tout est dit en 1 minutes 30. C’est encore plus dur, c’est une vraie science.

Et faire une bande originale un jour, c’est quelque chose qui vous intéresserait ?
Victor : je crois que c’est le fantasme de tous les groupes pop. Evidemment on adorerait être devant un écran avec trois synthés comme ça !(rires).
Pierre : on est fan d’Ennio Moricone, Carpenter, de la BO de Air de Virgin Suicide. C’est pas très original mais ça a fait notre éducation musicale. Il faut trouver le bon feeling, le bon projet, le bon film, on veut pas faire n’importe quoi.

Vous avez déjà beaucoup joué à l’étranger. Une tournée internationale pour Alesia est prévue?
Victor : oui, on a joué à Rome et en Angleterre. On va aller à Tokyo et Séoul, puis en Suède et en Norvège. Et normalement une tournée aux Etats Unis en 2012.
Pierre : Mais on veut pas zapper la France, on sera d’ailleurs à la Gaîté Lyrique le 20 octobre prochain.

Vous vous sentez proches de groupes actuels ?
Victor : on est admiratif du travail de Metronomy qui a une patte incroyable, un songwritting très moderne. Un  des trucs les plus dur pour un groupe je pense c’est de trouver son propre son, et Metronomy sont très forts pour ça, tout comme Phoenix d’ailleurs. On respecte beaucoup son travail.
Pierre : oui, dans nos contemporains je ne sais pas. On se sent très proches, même humainement de pleins de groupes, mais on se sent musicalement un peu seul dans notre créneau en chantant en français tout ça. Et je trouve ça bien.

Et justement, Yelle, qui chante en français avec un univers très particulier, vous en pensez quoi ?
Victor : on est très potes avec eux, c’est des amis. On respecte leur démarche pop à 100%. Ça doit être compliqué parfois pour eux.
Pierre : je pense que pour les français il y a une certaine incompréhension. Nous c’est des amis, ils nous ont aidé sur « Alesia », mais le fait de faire cette pop décomplexée, je trouve ça génial, c’est libre, assumé.
Victor : Mainstream pour nous c’est pas une insulte, même si en France on a l’impression que ça l’est. Pour nous Yelle c’est du mainstream de qualité, comme ça n’existe pas en France. Gros respect pour eux.
Pierre : oui et plus les années passent, plus on est conscient que c’est un travail de fou de faire un disque, donc on respecte le travail. Et Yelle fournissent un énorme travail. Sur scène c’est juste dément.
Victor : on a aussi découvert La Femme, on a joué avec eux. Et on a trouvé ça super. Un peu new wave, 80’s. Des petits mecs de 20 ans, ils sont super.

Si vous aviez les clefs d’un festival et qu’on vous proposait de faire la programmation, vous inviteriez qui?
Victor : alors c’est pas original, mais on est très fan de Justice avec leur univers total. Exactement ce qu’on a essayé de faire sur notre premier disque. Le line up idéal heu… ?
Pierre : il y aurait trop de monde… Stevie Wonder, Paul Mc Cartney, Prince. Voilà pour les têtes d’affiche (rires). Il y aurait Justice, Metronomy, Yelle, la clique de Sound Pellegrino  et tous nos amis.
Victor : Ah et aussi, Late of the Pier, on se demandait un peu ce qu’ils devenaient justement… On n’oublie bien sûr pas MGMT pour qui on a un énorme respect, avec leur 2e album qui est génial.  Et bien sûr Michael Jackson, je ne sais pas si vous connaissez ? (rires)

Vous écoutez quoi en ce moment ?
Victor : je me réveille un peu tard, mais je trouve le dernier album des Strokes très très bien. Les gens n’ont pas trop aimé, mais je le trouve super.
Pierre : moi depuis ce matin du David Bowie, la face B de « Low » qui est juste incroyable. Produit avec Brian Eno. C’est incroyable, on dirait du Ravel mélangé avec du Kraftwerk. Ah oui on aime beaucoup les vinyles !

Et le tennis dans tout ça ?
Victor : (rires) Tout le monde finit par ça en interview c’est fou ! C’est très beau le tennis, un sport extrêmement graphique ! Pierre joue, mais moi j’ai arrêté depuis 1989.
Pierre : on a fait une partie il y a des années, et c’était plutôt très… “drôle”.
M. & A.

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Comments

  1. Attention, non pas “Krav Werk” mais KRAFTWERK.
    De même pour Sound Pellegrino, pas “San Pellegrino”.
    Bonne interview sinon.

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